« Le chant des oliviers », trouver sa voix

« Le chant des oliviers », trouver sa voix

« Le chant des oliviers », trouver sa voix

« Le chant des oliviers », trouver sa voix

Au cinéma le 30 septembre 2026

Sur les routes de Malte pour découvrir les terrains légués par sa mère, Mar rencontre Nenu, gardien d'un chant traditionnel, qui met à l'épreuve son désir de quitter l'île. Road movie intergénérationnel qui a du coffre, Le chant des oliviers met en avant un chant ancestral maltais qui rythme ce périple dont la véritable destination est la (re)découverte de soi. Un voyage pétillant porté par deux acteurs - l'une professionnelle, l'autre amateur - qui dégagent le même charisme enchanteur.

Sur le point de quitter Malte pour une nouvelle vie, Mar (Michela Farrugia) hérite de terrains dont elle ignorait l’existence après la mort de sa mère. En conflit avec ses oncles et tantes sur leur vente, elle prend la route pour découvrir les trois lopins de terre qui doivent naturellement lui revenir. En parcourant l’île pour évaluer la valeur du legs, la jeune femme rencontre Nenu (Nenu Borg), un chanteur 80 ans, véritable vedette sur ses terres.

Gardien du chant għana, Nenu enchaîne les duels improvisés, ancêtres de la battle de rap, où chaque participant teste la résistance de son adversaire en lui envoyant des piques chantées. Charmé par Mar, le vieux chanteur accepte de l’aider en apportant sa connaissance des recoins de l’île pas toujours mis à jour sur le cadastre. Alors que les deux compagnons de route se découvrent, le désir de fuite de Mar passe au second plan.

Le chant des oliviers © Noruz Films - Pellikola - Solari Productions - Epicentre Films

Un lieu à soi

L’attachement à un lieu, et plus concrètement à une terre familiale dans le cas de Mar, est au cœur de ce périple sur les routes de Malte. Alex Camilleri commence l’écriture de ce nouveau film alors qu’il s’installe – temporairement pense-t-il – à Malte après avoir quitté New-York. Le cinéaste ressent alors le besoin d’avoir un lieu à lui, un endroit que l’on peut appeler maison. Le chant des oliviers confronte deux générations aux aspirations opposées : Mar qui aurait certainement déjà quitté Malte si cet héritage ne l’avait pas ralentie dans sa démarche et Nenu, imprégné des traditions de l’île, attaché à son chant comme un héritage oral ancestral.

Ce désir d’ailleurs de Mar est symptomatique de l’émigration importante sur l’île. Mais, pour le réalisateur qui l’a lui-même vécu, ces départs permettent de mieux revenir. Symbole de ce retour à la terre, Nenu qui a quitté Malte, se coupant définitivement d’une partie de sa famille, a fini par revenir. L’appel du foyer qui parcourt le film comme une force magnétique reste difficile à ignorer dans la constitution d’une identité. À moins qu’il s’agisse de se reconstruire comme Mar va le découvrir : refuser la fuite pour se retrouver et envisager la suite.

Le chant des oliviers © Noruz Films - Pellikola - Solari Productions - Epicentre Films

Għana style

Fasciné par les għannejja, les interprètes de ce chant, Alex Camilleri a pris son temps pour découvrir ce petit monde de passionnés. Souvent tournée en dérision par la culture maltaise dominante, cette pratique reste encore investie par des jeunes. Cette immersion dans cette tradition représentée dans le film par le spirtu pront, « l’esprit vif », un duel improvisé entre chant corse et bataille de rap décomplexée, lui a permis de découvrir Nenu « l-Brazz » Borg.

Le chanteur de 80 ans accepte alors de sortir de sa retraite pour le tournage après un silence d’environ 15 ans ! Au point que certains n’étaient pas sûrs qu’il soit encore en vie. Très respecté dans le milieu du għana, Nenu, novice devant une caméra, impressionne face à la magnifique Michela Farrugia qui lui donne la réplique. Le duo composé de deux fortes têtes aux fêlures prêtent à surgir à tout instant porte cette double quête de terres et d’équilibre.

Sur le tournage, le personnage s’est nourri du vécu de cet amateur qui a émigré en Australie avant de revenir à Malte pour faire vivre la tradition. Composé en trois chapitres, chacun portant le nom d’un des trois terrains dont Mar a hérité, Le chant des oliviers confronte la jeune femme au poids révélateur de l’héritage grâce à Nenu, dragueur invétéré, qui lui fait découvrir les vertus insoupçonnées d’un chant libérateur.

Le chant des oliviers © Noruz Films - Pellikola - Solari Productions - Epicentre Films

Tourner en rond

Au fur et à mesure du périple, Mar s’enfonce dans la campagne, sur les pas d’une histoire familiale qui résonne avec l’héritage musical porté par Nenu. Voyage multi sensoriel, Le chant des oliviers porte bien son titre français tant le son est intimement associé à une terre dont semble jaillir, selon le cinéaste, la voix gutturale du għana. Une terre par ailleurs malmenée. Si le cinéaste ne s’appesantit pas sur le sujet, un des terrains légués à Mar ne vaut plus rien car une mine s’est installée à proximité. L’aperçu d’une modernité qui côtoie – et souvent abime – l’île.

À mille lieues des grands espaces du road movie américain, Le chant des oliviers assume de tourner en rond sur la petite île de Malte au volant d’une voiture rose. Ironiquement, le décès de sa mère qui devait lui donner une occasion de quitter pour de bon Malte rattache Mar à la terre. Ou plutôt des terres qu’elle découvre et dont la valeur sentimentale équilibre peu à peu la valeur financière.

Si les personnages du film tournent en rond ce n’est pas le cas de ce périple qui s’ouvre paradoxalement à de nouveaux horizons lorsque Mar comprend que tout est désormais dans ses mains. Elle se risque alors à confronter Nenu dans un spirtu pront fort en émotions en le mettant face à ses responsabilités. La jeune femme comprend que son avenir est peut-être dans ce passé fait de chant surgissant d’une terre qui lui appartient désormais.

Le chant des oliviers © Noruz Films - Pellikola - Solari Productions - Epicentre Films

Road trip autant spatial que temporel, Le chant des oliviers est une lumineuse quête d’identité qui se nourrit des traditions pour avancer sur le bon chemin, qui n’a pas forcément besoin d’être nouveau. Un tour de piste enchanteur porté par le naturel flamboyant d’un chanteur faussement blasé et le charme magnétique d’une apprentie fugueuse qui découvre l’existence d’une autre voix.

> Le chant des oliviers (Zejtune) réalisé par Alex Camilleri, Malte – Allemagne – Qatar, 2025 (1h48)

Le chant des oliviers (Zejtune)

Date de sortie
30 septembre 2026
Durée
1h48
Réalisé par
Alex Camilleri
Avec
Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi, Frida Cauchi
Pays
Malte - Allemagne - Qatar

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