Ester (Aňa Geislerová) élève seule son fils David (David Vodstrcil), un adolescent atteint de trisomie 21 et d’autisme. Invitée par un couple d’amis en Italie, la mère célibataire espère que cette pause estivale lui apportera un peu de répit. Mais après une crise de David qui saccage le salon des hôtes, Ester et son fils sont relégués dans une vieille caravane au fond du jardin.
Sur un coup de tête, Ester décide de prendre la route avec ce domicile temporaire. Lors de leur périple, ils sont rejoints par Zuza (Juliána Brutovská), une jeune routarde sans préjugés, qui embarque dans cette aventure sans destination définie. Squattant les terrains disponibles, le trio improbable se laisse porter et Ester apprend à jouir d’une liberté inédite.
Au-delà du réel
La justesse de Caravane tient au vécu de la réalisatrice tchèque Zuzana Kirchnerová dont le fils est atteint de trisomie 21 et a développé un autisme. Si le film ne se veut pas autobiographique, la situation d’Ester fait écho à ce que la cinéaste a vécu et à ce désir de fuir le carcan imposé à une mère d’un enfant handicapé. Un poids d’autant plus lourd à porter qu’elle doit élever son fils seule. Pour Ester, la décision de prendre la route au début du film est autant due à l’humiliation d’être mis à l’écart avec son fils dans une caravane qu’à une discussion du couple d’amis qui la plaignent derrière son dos.
Cette condescendance bienveillante est le déclic pour Ester qui se lance dans un road movie improvisé avec son fils. Comme si elle pouvait se détacher de son rôle de mère et d’aidante de chaque instant en prenant la route. Cette promesse d’un répit est au cœur du périple. La question est d’autant plus présente que le film ne cherche pas à édulcorer le poids du handicap. Comme une évidence, la cinéaste a confié le rôle du fils à un acteur neurodivergent. Avec une part d’improvisation inhérente à son handicap, le jeune acteur apporte au film une tension constante et difficilement contrôlable.
Autrement
La communication entre Ester et David qui ne parle pas, puis avec Zuza, doit alors trouver d’autres moyens d’expressions. La cinéaste ne souhaitait pas faire du fils un personnage « magique ou excentrique » selon ses mots. Lors de ses crises, David doit être cadré, parfois maîtrisé physiquement. Cette attention constante met le film sous tension et explique la soif de liberté de sa mère, à contre-courant de certaines représentations cinématographiques.
En 1996, Pascal Duquenne donne la réplique à Daniel Auteuil dans Le huitième jour de Jaco Van Dormael et tous deux sont célébrés à Cannes pour leurs interprétations. Plus récemment, le carton populaire de Un p’tit truc en plus (2024) d’Artus est un exemple de l’efficacité du rire pour dédramatiser la différence et prôner le vivre ensemble. Caravane met en scène un handicap qui ne peut utiliser l’humour verbal pour exprimer sa propre réalité. Un tableau plus aride de la neurodivergence mais qui n’en est pas moins touchant.
Itinéraire bis
La quête de la mère de famille est rendue possible par Zuza qui rejoint Ester et David dans leur virée à travers l’Italie. Personnage libre, la jeune femme est à la fois un modèle d’une féminité libérée pour Ester – Zuza est accompagnée de deux garçons lors de leur rencontre – et la promesse d’un répit lorsqu’elle prend le relais pour s’occuper de David.
Cette pause inespérée dans le rôle d’aidante est pour Ester une condition sine qua none pour découvrir sa propre liberté. Zuza est aussi une jeune femme séduisante qui rapelle que David est sur le point de devenir adulte. Mais cet éveil d’une sexualité adolescente reste un sujet périphérique, l’attention est avant tout portée sur la possibilité offerte à Ester d’avoir ses propres désirs.
Tout en restant très réaliste sur la responsabilité écrasante d’éduquer un enfant en situation de handicap, Caravane est parcouru d’une légèreté salvatrice. Un road trip sans but apparent qui trouve un point d’équilibre fragile entre l’amour maternel et ce besoin de respirer et de vivre pour soi, pour réussir à tenir la route.
> Caravane (Árva), réalisé par Zuzana Kirchnerová, Tchéquie – Slovaquie – Italie, 2025 (1h42)




