Le matin du 7 octobre 2023, Liat Beinin Atzili, une enseignante Israélo-Américaine, est enlevée avec son mari Aviv par le Hamas lors de l’attaque du kibboutz de Nir Oz. Quelques heures plus tard, ils se retrouvent captifs à Gaza, auprès de 250 autres otages dont douze sont, comme Liat, citoyens américains.
Passée la sidération, les proches de Liat se lancent dans une cruelle course contre la montre entre Israël et les États-Unis pour assurer leur retour. Coincée dans les rouages de la diplomatie internationale alors que la guerre se durcit de jour en jour, la famille tente de faire face. Tant bien que mal, ses membres essaient de ne pas laisser leurs divergences d’opinion sur le conflit compromettre la libération de Liat et d’Aviv.
L’attente et l’incertitude
L’onde de choc de l’attaque terroriste du 7 octobre qui a percuté Israël est auscultée dans ce documentaire à travers le prisme intime d’une famille qui se bat pour le retour de ses proches. Parent de la famille Atzili, le réalisateur Brandon Krameril avait séjourné vingt ans auparavant chez Yehuda et Chaya Beinin, les parents de Liat. Lorsqu’il apprend que leur fille et leur gendre sont parmi les otages du Hamas, le cinéaste décide avec son frère Lance, également documentariste, de suivre leur combat pour leur libération.
Loin des analyses des spécialistes sur les plateaux de télévision, des prises de position parfois opportunistes des politiques et du déchaînement anonyme et décomplexé des réseaux sociaux, Holding Liat chronique l’attente et l’insupportable incertitude de ces jours qui pèsent sur l’ensemble de la famille. Parcouru par le suspens de la conclusion de cette épreuve terrifiante, le documentaire offre un accès rare aux manœuvres pour la libération des otages à travers l’espoir intranquille des proches. Une situation qui met à l’épreuve les convictions de chacun.
C’est pas leur guerre
Personnage central dans le documentaire,Yehuda, le père de Liat, n’est pas du genre à garder pour lui ce qu’il pense. Accablé par l’enlèvement de sa fille, son implication pour sa libération ne cache pas le malaise qu’il ressent face à la politique du gouvernement israélien. Dès les premiers jours, ce père dévasté ne cesse de répéter qu’il souhaite rendre hommage à l’ouverture d’esprit et l’humanité de sa fille qui semble un héritage paternel. Un autocollant de soutien à Bernie Sanders sur sa voiture, Yehuda se dévoile comme un opposant à Benyamin Netanyahou, horrifié par sa politique en tant que Premier ministre d’Israël.
La violence du 7 octobre s’avère d’autant plus tragique et ironique alors que le profil de Yehuda se précise. En phase avec sa fille, le père de famille croit en une cohabitation pacifique que l’attaque terroriste vient a priori anéantir même s’il continue à soutenir qu’il faudra bien penser à l’après. Préoccupé par la réaction jusqu’au-boutiste de son gouvernement, Yehuda se retrouve tiraillé entre ses convictions et les relais politiques à activer, en Israël et aux États-Unis, pour espérer revoir sa fille vivante.
Papa outré
Pendant 54 jours, la caméra de Brandon Kramer suit les membres de la famille dans leurs démarches pour faire avancer leur cause. Alors qu’ils pensaient au départ que la nationalité américaine soit en faveur de Liat, c’est malheureusement le contraire qui se produit. L’enseignante est considérée comme une monnaie d’échange précieuse et n’est pas présente parmi les premiers otages libérés. Le drame exacerbe les différences de points de vue familiaux. Ainsi Netta Atzili, l’un des fils de Liat, d’autant plus traumatisé qu’il était sur les lieux le 7 octobre, soutient la riposte de l’armée israélienne malgré les risques pour les otages.
De son côté, Yehuda, fidèle à ses convictions, s’inquiète de cette démonstration de force. Holding Liat montre ce parcours sinueux qui mène Yehuda à Washington D.C. pour plaider la cause de sa fille et son gendre. Il se retrouve à devoir échanger avec des membres du Congrès américain qu’il méprise comme il le confie en aparté à sa fille Tal Beinin venue l’accompagner. Sa sidération lors de rassemblements de soutien aux otages avec des slogans très conservateurs et bellicistes illustre un engrenage politique qu’il ne maîtrise pas.
Au fil des jours, la caméra capte la sincérité désarmante du père et la multiplicité des points de vue au sein de la famille. Parmi les images fortes du documentaire, l’échange étonnant et émouvant entre Yehuda et Ahmed Mansour, militant et réalisateur palestinien, venu plaider pour un cessez-le-feu, dans les couloirs du Congrès américain. Les deux hommes se prennent dans les bras, chuchotant des mots de réconfort et leurs espoirs comme un aparté fraternel dans l’œil d’un cyclone de folie meurtrière.
La paix impossible ?
L’agacement du père de Liat résume la complexité d’un conflit qui se cristallise tragiquement le 7 octobre 2023. S’agit-il pour autant d’un point de non retour ? Le documentaire s’attarde sur la question en dévoilant l’après d’une conclusion douce amère pour la famille de Liat. Alors que certains membres de la famille se rangent derrière Netanyahou, d’autres continuent d’exprimer de l’empathie pour les Palestiniens et souhaitent la fin de cette violence insensée.
Plongée au cœur d’une famille meurtrie, le documentaire montre comment les convictions, prises en étau par le drame, peuvent se durcir mais aussi, de façon plus surprenantes, résister à la haine et conserver leur idéal de fraternité, malgré l’horreur. Alors que le corps du dernier otage a été rapatrié en Israël en janvier dernier et que l’embrasement du Moyen-Orient a depuis pris le relais de l’attention médiatique, Holding Liat livre une vision intime du conflit, partagée entre vengeance et un frêle espoir, d’autant plus saisissante qu’elle provient de victimes ayant subi le 7 octobre.
> Holding Liat, réalisé par Brandon Kramer, États-Unis, 2025 (1h37)