« Cosmos », leçon de contemplation

« Cosmos », leçon de contemplation

« Cosmos », leçon de contemplation

« Cosmos », leçon de contemplation

Au cinéma le 6 mai 2026

Homme maya en symbiose avec la nature. Leon va être chassé de ses terres lorsqu'il rencontre Lena, une riche femme de lettres provenant de Mexico. Malgré leur différence, une connexion profonde s'établit entre eux. Magnifique poème visuel invitant à la contemplation, Cosmos défie la temporalité du cinéma pour capter un rapprochement incongru dynamitant les clichés de sa promesse scénaristique. Un moment suspendu précieux, entre culture moderne et croyance maya ancestrale, qui épouse le rythme de la nature pour célébrer l'acceptation de la finitude.

Dans un village isolé du Yucatan, Leon (Andrés Catzín), gardien maya des secrets de la nature et des esprits, s’inquiète d’un projet de route qui menace son humble maison dans laquelle il vit seul. Alors que Leon cherche comment il pourrait s’opposer à cette expropriation brutale, il rencontre Lena (Ángela Molina), une riche citadine cultivée récemment arrivée de Mexico qui n’a plus très longtemps à vivre.

Peu à peu, les deux âmes solitaires se lient d’amitié. Lorsque sa maison est détruite, Leon emménage dans la vaste demeure de Lena et devient son jardinier. Le duo insolite entame alors un voyage qui interroge leurs convictions profondes face à la mort.

Cosmos © Close-Up Films - Nour Films - Cinevinay

Prendre le temps

Documentariste, Germinal Roaux a travaillé pendant plus de quinze ans comme photoreporteur. En 2009, il découvre une communauté maya lors d’un projet photographique au Yucatán. Le lien profond qu’il tisse avec eux sert d’inspiration pour ce nouveau film qui met en scène leur rapport particulier à la vie. Une philosophie qui passe par le contact avec la nature incarné par Leon dans le film et influence son aspect.

Pour le cinéaste, Cosmos est une sorte de manifeste. Il le considère comme un antidote à notre monde moderne, fébrile et ironiquement déconnecté de l’essentiel, hypnotisé par les sirènes du numérique omniprésent. Un parti pris résumé par cette déclaration du réalisateur : « Dans un monde saturé d’images et de bruit, offrir un espace de contemplation est presque devenu un acte politique. » Cette contemplation débute dès les premières minutes du film avec de longs plans séquences sur la modeste maison de Leon. Un de ces plans nous invite à sortir depuis l’intérieur de la fragile demeure à la découverte de la nature.

En imposant ce tempo contemplatif, Cosmos se calque sur la vie de Leon, en phase avec le rythme de la nature. Une temporalité où parfois il ne se passe rien de plus que le vent qui souffle et fait onduler l’herbe, à contre-courant du temps cinématographique qui semble parfois condamné à captiver par le montage et l’action soutenue. Ce parti pris nous renvoie à notre impatience de spectateur connecté et sur sollicité, il pose les bases d’un rythme essentiel pour la suite, calqué sur la cosmovision maya.

Cosmos © Close-Up Films - Nour Films - Cinevinay

L’espace d’un instant

Ce pari de la lenteur peut paraître risqué en ces temps d’immédiateté connectée et de troubles de l’attention mais Cosmos réussit à être contemplatif sans provoquer l’ennui. Une fois le tempo défini, l’action se met en place progressivement, à un rythme naturel qui fait écho au regard de documentariste du cinéaste. La première présence humaine à l’écran est celle de Leon qui rentre chez lui et s’empare d’une forme posée sur un pic. L’objet s’avère être un crâne humain à la provenance non expliquée. Seule la voix off d’une femme accompagnant le quotidien solitaire de Leon donne un indice sur l’identité du reste humain.

Un homme isolé avec un crâne posé sur sa table, quelque part dans un village du Yucatan, comme une réminiscence maya d’Hamlet qui impose la thématique à venir d’une finitude humaine universelle et irrémédiable. D’une durée de 2h30, Cosmos prend le temps de faire vivre les scènes et d’installer la rencontre entre Leon et Lena. Une volonté de prendre son temps qui passe par un regard naturaliste qui ne cherche pas à expliquer ce qui se passe à l’écran mais à permettre au spectateur de créer son film.

Cette lenteur toute relative est indissociable du parti pris visuel du film. Sans surprise, Germinal Roaux continue à utiliser le noir et blanc comme pour tous ses films précédents. Une bichromie basique qui, au-delà du rendu visuel, est pour lui un format permettant au spectateur de faire une partie de travail, de « compléter » l’image par son regard. Dans le format historique resserré 1:33, le cinéaste cadre, souvent à distance, ses personnages intégrés dans un environnement, naturel ou d’habitation, qui les dépasse. C’est notamment le cas dans la grande demeure de Lena avec ses hauts plafonds. Une façon de se donner de l’espace pour capter au plus près le temps qui passe, dans un environnement naturaliste refusant les cadrages trop artificiels venant imposer une émotion au spectateur.

Cosmos © Close-Up Films - Nour Films - Cinevinay

Casting miroir

Avec cette maîtrise poétique de l’espace et du temps, Cosmos pose les bases de la rencontre entre Leon et Lena qui se croisent dans un premier temps dans une pharmacie de laquelle la vieille femme malade repart sans ses médicaments. Déjà la mort rôde. Mais le lien véritable se fait grâce à Bruno, le chien fugueur de Lena récupéré par Leon. Une façon de rappeler que la nature prédomine dans les rapport du film comme dans la vie, malgré notre intention de vouloir la soumettre à nos désirs.

La force du film repose notamment sur son casting. Andrés Catzín, sans aucune expérience cinématographique, n’avait même jamais vu de film de sa vie avant d’être devant une caméra. Il donne la réplique à la grande actrice espagnole Ángela Molina, vue notamment dans les films de Luis Buñuel et de Pedro Almodóvar. Une rencontre qui fait écho à celle de leurs personnages, opposés réunis par le hasard ou une providence bien inspirée.

Sur le papier, cette relation entre cet homme qui ne sait pas lire et une femme cultivée pourrait donner un film catastrophique plombé par la condescendance et une leçon de vie attendue. Mais Cosmos évite miraculeusement cet écueil notamment grâce à la confiance du cinéaste en son instinct et envers ses acteurs, particulièrement Andrés. Pour coller au mutisme naturel du personnage, une partie des dialogues prévus dans le scénario ont été abandonnés. Une économie de mots qui insuffle un réalisme documentaire à ce film sensible porté par la prestation magnétique de son interprète.

Cosmos © Close-Up Films - Nour Films - Cinevinay

Savoir partir

Cosmos est d’ailleurs moins une leçon de vie qu’une leçon de mort. Film cathartique, Germinal Roaux l’a pensé comme une façon de se réconcilier avec sa propre peur de la mort et le traumatisme de la disparition de son meilleur ami survenu dans un accident de la route alors qu’il avait vingt ans. Le film trouve un certain apaisement dans la cosmovision maya incarnée par Leon.

Malgré tout sa culture accumulée, Lena, ancienne professeure d’université, se retrouve désemparée devant sa propre finitude. Au contact de Leon, elle découvre l’acceptation spirituelle de la fin de toutes choses qui contraste avec son désir de tout analyser pour donner du sens. Pour Leon, humain et nature, visible et invisible, sont intimement liés et mettent à distance cette angoisse de la mort que ressent Lena alors que son heure approche.

Cosmos © Close-Up Films - Nour Films - Cinevinay

Cosmos ne raconte rien de plus que cette confrontation irrémédiable à la mort à travers un naturalisme lyrique qui accompagne doucement notre réflexion. Cette poésie essentielle est « notre dernière chance de respirer dans le bloc du réel. » selon Marceline Desbordes Valmore, poète chère au cinéaste. Et qui n’a pas besoin d’une grande respiration poétique dans ce monde anxiogène ?

> Cosmos, réalisé par Germinal Roaux, Suisse – France – Mexique, 2025 (2h32)

Affiche du film "Cosmos"

Cosmos

Date de sortie
6 mai 2026
Durée
2h32
Réalisé par
Germinal Roaux
Avec
Ángela Molina, Andrés Catzín
Pays
Suisse - France - Mexique

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