« Dites-lui que je l’aime », allo maman solo

« Dites-lui que je l’aime », allo maman solo

« Dites-lui que je l’aime », allo maman solo

« Dites-lui que je l’aime », allo maman solo

Au cinéma le 3 décembre 2025

Adaptation libre du livre éponyme de Clémentine Autain, Dites-lui que je l'aime de Romane Bohringer est un film essai intime sur la trace évanescente de deux mères disparues tragiquement après avoir abandonné leur progéniture. Une double réflexion en miroir sur la maternité, la solitude et le sentiment d'abandon, un peu foutraque dans sa forme, mais touchante dans sa volonté de faire la paix avec la blessure de mères à l'amour défaillant.

Lorsqu’elle découvre le livre Dites-lui que je l’aime de Clémentine Autain, Romane Bohringer est captivée par cette histoire tragique d’abandon qui résonne avec son propre vécu. L’actrice réalisatrice décide alors d’adapter le livre pour le cinéma sous la forme d’une fiction mais le projet évolue rapidement vers une forme hybride avec une part à l’auto fiction. Absorbée par le parallèle de son histoire avec celle du livre, Romane Bohringer est obligée de se confronter à son propre passé et cette mère qui l’a abandonnée quand elle avait neuf mois.

Dites-lui que je l'aime © Escazal Films - ARP Sélection

Sœurs d’abandon

Avant la publication de son livre, Clémentine Autain avait déjà fréquenté Romane Bohringer sur un plateau de tournage. La femme politique apparait dans L’Amour flou (2018), film qui met en scène la rupture de Romane Bohringer  avec Philippe Rebbot après 10 ans de relation. Un projet décliné en série en 2021, toujours avec la présence de Clémentine Autain au générique, preuve d’une confiance totale de la part de la femme politique.

Description d’une enfance meurtrie par les errements et finalement l’abandon d’une mère trop fragile, l’actrice Dominique Laffin disparue à seulement 33 ans, Dites-lui que je l’aime a eu un effet miroir sur Romane Bohringer. Troublée par les similitudes entre sa vie et le livre de Clémentine Autain, elle envisage d’adapter à l’écran cette histoire qui est aussi la sienne, dans un premier temps en tant que fiction. Fausse piste humoristique, le film montre une séquence de casting pour le rôle de Clémentine Autain à laquelle participent les actrices Céline Sallette, Julie Depardieu, Elsa Zylberstein et Dominique Frot.

Mais Romane Bohringer abandonne rapidement cette idée et convie Clémentine Autain à lire elle-même son texte dans le film. Une mise en scène minimaliste qui fait la part belle aux mots pour décrire une relation très complexe avec cette mère insaisissable. Pour la partie fiction, la jeune actrice Eva Yelmani incarne Dominique Laffin, la mère de Clémentine, même si elle ressemble plus physiquement à Marguerite Bourry, dite Maggy Bohringer, la mère de Romane, décédée à 36 ans. Entre fiction et documentaire, Dites-lui que je l’aime brouille les pistes entre ces deux mères qui fusionnent et deviennent à l’écran un symbole d’une maternité défaillante.

Dites-lui que je l'aime © Escazal Films - ARP Sélection

Se mettre en scène

Sujet très intime et sensible, Dites-lui que je l’aime est avant tout une histoire de confiance. Clémentine Autain confie son livre à Romane Bohringer qui l’adapte très librement en incluant son propre vécu. La femme politique accepte d’apparaître dans le film comme lectrice mais aussi d’être incarnée enfant. Une mise en scène protéiforme qui explore le traumatisme de l’abandon et la perte brutale d’un parent mais aussi – surtout – ses répercussions à l’âge adulte.

De son côté, la cinéaste se met également en scène. Moins présente dans la partie fiction, les scènes rejouées conservent la pudeur du hors champ, seule la main de Romane enfant est visible. Romane Bohringer sert de lien à l’ensemble et joue le rôle de confidente pour recueillir la parole de Clémentine Autain. Elle se confie aussi sur ce passé jamais vraiment digéré avec une grande part d’auto fiction. La cinéaste met notamment en scène des séances avec une psy (Josiane Stoleru) qui la pousse dans ses retranchements et révèle sa difficulté à gérer le sentiment d’abandon et l’injustice d’une mort brutale, même à l’âge adulte.

Dites-lui que je l'aime © Escazal Films - ARP Sélection

Enquête intime

Au fil des confidences, sous forme documentaire ou de fiction, Dominique et Maggy se dévoilent peu à peu, en tant que femmes mais aussi en tant que mères. Avec la drogue et l’alcool pour pallier la solitude, le parcours chaotique des deux femmes devient plus concret. Une histoire parcellaire qui n’a jamais été transmise, le destin en ayant décidé autrement. Expression du traumatisme d’avoir été délaissé, Dites-lui que je l’aime est aussi une enquête intime pour faire la paix avec les absentes.

Ainsi Romane Bohringer renoue avec des demi-frère et sœur et se replonge dans le livre 15 rounds de son père Richard Bohringer. Elle part à la recherche des images de sa mère, notamment son apparence furtive en tant que strip-teaseuse dans le film Neige (1981). Le processus de guérison du trauma passe par la confrontation avec ce qui était là devant ses yeux depuis le départ, à l’image d’un sac hérité de sa mère avec des lettres qu’elle n’a jamais eu le courage de déchiffrer. Pour Clémentine Autain, cet objet mémoriel était une malle avec des vérités qui attendaient elles aussi d’être révélées.

Dites-lui que je l'aime © Escazal Films - ARP Sélection

La mère sans l’amer

Quête d’une maternité spectrale, Dites-lui que je l’aime convoque les souvenirs pour tenter de se rapprocher de ces deux mères symbolisant le parent négligent qui abandonne sa progéniture. Une façon d’interroger la maternité et d’exorciser cette peur de ne pas être une bonne mère à son tour. Le spectre du traumatisme familial plane au-dessus du film comme une menace de ne pas savoir faire, par manque de modèle. Pour briser ce cercle, Romane Bohringer met en scène avec humour son fils Raoul, enquêteur sur la trace de cette grand-mère mystérieuse.

Travail sur la mémoire, le film oscille entre fiction et documentaire comme un exercice de réorganisation d’un passé trouble. Une façon de remuer les souvenirs pour faire le tri entre les faits enfouis ou arrangés et ceux qui se révèlent sous un autre jour. Il en ressort un courageux exercice d’empathie où les deux petites filles blessées, désormais adultes, tentent de comprendre les failles maternelles et de pardonner un abandon auquel la brutalité du destin n’a pas laissé de seconde chance.

Dites-lui que je l'aime © Escazal Films - ARP Sélection

Parfois brouillon dans son mélange des genres, Dites-lui que je l’aime dresse néanmoins un portrait tendre et tragique de femmes fragiles qui n’ont pas su prendre soin de leur enfant, incapables de prendre soin d’elle-même. Un récit d’abandon mais aussi d’amour et de pardon. Une reconstruction générationnelle qui trouvera un écho et apportera peut-être un peu d’apaisement dans les cœurs meurtris par l’absence la plus cruelle.

> Dites-lui que je l’aime, réalisé par Romane Bohringer, France, 2025 (1h32)

Dites-lui que je l'aime

Date de sortie
3 décembre 2025
Durée
1h32
Réalisé par
Romane Bohringer
Avec
Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Josiane Stoléru, Liliane Sanrey-Baud, Raoul Rebbot-Bohringer
Pays
France

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