Blanche Peyron et le Palais de la Femme, l’histoire d’un combat contre la précarité

Blanche Peyron et le Palais de la Femme, l’histoire d’un combat contre la précarité

Blanche Peyron et le Palais de la Femme, l’histoire d’un combat contre la précarité

Blanche Peyron et le Palais de la Femme, l’histoire d’un combat contre la précarité
Bande dessinée

14 octobre 2026

À dix-sept ans, Blanche Roussel rejoint l’Armée du Salut. Quarante ans plus tard, en 1926, elle ouvre avec son mari le Palais de la Femme pour accueillir celles que la précarité prive d'un toit. Dans leur bande-dessinée Blanche, une victorieuse, l'autrice Marie-Laure Marshall et l'illustrateur Christophe Girard retracent son étonnant parcours. Un combat hélas d'une actualité prégnante, alors que le refuge fête ses 100 ans. 

Blanche, une victorieuse : la foi, le beau et le combat

Une histoire, racontée dans une bande dessinée, se poursuit derrière les portes à tambour du 94 rue de Charonne. C’est au Palais de la Femme, à l’occasion de son centenaire, que j’ai assisté à la soirée de lancement de la bande dessinée Blanche, une victorieuse. L’autrice Marie-Laure Marshall et le dessinateur Christophe Girard y retracent le parcours de Blanche Peyron, qui contribua avec son mari à transformer ce vaste bâtiment parisien en foyer pour les femmes seules. Un lieu désormais géré par la Fondation de l’Armée du Salut, où vivent aujourd’hui une majorité de femmes, mais aussi des enfants et des hommes en grande précarité.

À dix-sept ans, choisir de s’engager

Blanche s’appelle encore Roussel lorsqu’elle pousse les portes de l’Armée du Salut. Fille de pasteur, issue d’un milieu privilégié, elle a dix-sept ans. À Glasgow, sa rencontre avec Catherine Booth-Clibborn lui ouvre la voie : une femme peut prêcher, prendre la parole en public et participer au développement d’un mouvement religieux et social. La foi de Blanche lui donne une direction ; l’Armée du Salut, un moyen d’agir.

L’aide qu’elle entend apporter s’adresse à chacun, quelles que soient ses origines et sa confession. Cette conviction prend un sens particulier dans cette France de la Belle-Epoque, où les bénéfices des progrès scientifiques et industriels sont loin d’être partagés par tous. Le scénario, nourri notamment des mémoires de Blanche, intitulées Sur le chemin qui monte, et de recherches dans les archives salutistes, suit cette vocation. La précision des lieux compte autant que le portrait de l’héroïne : elle permet de comprendre le monde dans lequel Blanche agit. Entre intérieur cossus et grisaille des quartiers populaires, le dessin de Christophe Girard fait circuler le lecteur dans ce Paris profondément inégal et installe la dureté d’une époque. Les annexes historiques prolongent ce travail documentaire et offrent des repères sur l’Armée du Salut et son développement en France.

L’album raconte aussi ce que cet engagement coûte. Aller dans la rue, porter l’uniforme, afficher sa foi expose aux moqueries et à l’hostilité, voire à la violence.

Un palais pour se reconstruire

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des femmes arrivent seules à Paris pour travailler et peinent à trouver un logement sûr. Blanche et son mari, Albin Peyron, lancent une souscription nationale pour acheter un vaste bâtiment vide rue de Charonne. Les dons réunis permettent d’y aménager quelque six cents chambres, avec des salles d’eau à chaque étage. Le Palais de la Femme est inauguré le 23 juin 1926. Son nom porte une ambition : à des femmes souvent stigmatisées, on propose un palais. Leur sécurité et leur confort méritent que l’on voie grand.

La bande dessinée restitue le travail nécessaire pour parvenir à cette ouverture. Il faut mobiliser des soutiens, convaincre des donateurs. Derrière Blanche apparaît une aventure collective, faite de sororité et de personnes qui donnent du temps, de l’argent et de l’énergie. C’est l’un des intérêts de cette histoire : rendre visible tout ce qui sépare une indignation d’un projet viable et durable.

Blanche en est convaincue : un toit ne suffit pas. Cette idée traverse l’action du Palais, jusque dans l’attention portée au cadre de vie, en faisant de la beauté une force de reconstruction. L’architecture, les fresques, les expositions et les projets artistiques participent à cette ambition : offrir aux personnes accueillies un environnement soigné, des occasions de créer, de rencontrer et de ressentir. Ce souci du beau donne une résonance particulière au portrait de Blanche, une élégante dont la sensibilité aux Arts rejoint une question toujours actuelle : quelle place laisse-t-on au plaisir, à la culture et à l’imagination dans la vie des personnes confrontées à la précarité ?

Lors de la soirée de lancement, la présentation des missions actuelles du Palais ramène cette histoire au présent. L’établissement ouvert par Blanche Peyron reste un lieu habité, qui accueille aujourd’hui majoritairement des femmes, mais aussi des enfants et des hommes en grande précarité. Il associe plusieurs dispositifs, dont un centre d’hébergement d’urgence et une résidence sociale de 173 studios. Blanche, une victorieuse rappelle ce qu’il a fallu d’audace pour le faire exister.

Blanche, une victorieuse. Naissance d'une armée contre la misère de Marie-Laure Marshall et Christophe Girard

144 pages
Date de publication
2 octobre 2026
Éditeur
Bibli'O
Page du livre sur le site de l’éditeur

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