« Les Dimanches », il était une foi

« Les Dimanches », il était une foi

« Les Dimanches », il était une foi

« Les Dimanches », il était une foi

Au cinéma le 11 février 2026

Ainara, lycéenne de 17 ans, annonce à sa famille qu'elle envisage d'embrasser la vocation de religieuse dans un couvent. Totalement inattendue, la révélation vient fissurer la cohésion familiale, ses proches divisés entre soutien et incompréhension. En parfait équilibre, Les Dimanches pose un regard d'une grande justesse sur un désir qui interroge la croyance personnelle et la religion en tant qu'institution. La mise en scène d'un appel religieux précoce qui est aussi un prétexte à l'étude minutieuse de la fragilité du cocon familial.

Brillante élève dans un lycée catholique, Ainara (Blanca Soroa), 17 ans, s’apprête à passer son bac et doit réfléchir à l’orientation de son parcours universitaire. À la surprise générale, la jeune fille annonce à sa famille son désir de participer à une période d’intégration dans un couvent. Une première étape indispensable vers une vie recluse de religieuse, à l’abri du tumulte du monde.

Si son père Iñaki (Miguel Garcés), préoccupé par d’autres soucis d’ordre financier, semble se laisser convaincre assez facilement par cette vocation qui prend tout le monde de court, Maite (Patricia López Arnaiz), sa tante, n’arrive pas à se résoudre à laisser Ainara s’enfermer dans un couvent. Elle imagine que son choix est motivé par un mal plus profond et que l’adolescente cherche dans le religieux le soutien qui lui manque parmi les siens.

Les Dimanches © Buenapinta media, Colosé producciones, Sayaka producciones, Encanta films, Think studio, Los desencuentros película, A.I.E0., Movistar plus+, Le Pacte

L’Annonce faite à Maite

La vocation soudaine décrite dans le film fait écho à celle dont a entendu parler la réalisatrice Alauda Ruiz de Azúa alors qu’elle avait une vingtaine d’années. À l’époque, cet engagement à l’aube d’une vie d’adulte a profondément marqué la cinéaste. Son incompréhension face à une vocation si précoce se retrouve dans le personnage de Maite qui vit le choix de sa nièce comme une erreur qu’elle regrettera. Le film contrebalance cependant ce jugement très tranché avec des visions plus compréhensives, offrant un équilibre précieux.

Avec une approche documentaire, Alauda Ruiz de Azúa a rencontré des jeunes filles engagées dans ce processus de « discernement » pour préparer le film. Une étape qui consiste à rejoindre un couvent pour déterminer la validité de leur vocation religieuse. Le parcours de Ainara s’inspire de ces jeunes filles déjà entrées au couvent ou sorties après y avoir vécu quelque temps. Si aucun personnage n’est réel, les situations sont toutes inspirées de trajectoires qui se répétaient au fil des entretiens. Des confessions de proches qui ont nourri le séisme familial qui vient secouer une tranquillité de façade.

Les Dimanches © Buenapinta media, Colosé producciones, Sayaka producciones, Encanta films, Think studio, Los desencuentros película, A.I.E0., Movistar plus+, Le Pacte

L’appel de Dieu

Pour expliquer cette vocation soudaine, l’adolescente révèle à ses proches que Dieu s’adresse à elle. Une déclaration fracassante diversement appréciée par ses proches. Curieux et amusé, Pablo (Juan Minujín), le compagnon de Maite, essaie de comprendre le fonctionnement de cette connexion divine avec un peu de second degré. Maite ne trouve pas que le sujet prête à rire. Horrifiée par un choix qui revient pour elle à gâcher sa vie, elle pense que le deuil douloureux de la mère de l’adolescente explique ce besoin soudain d’une spiritualité totale. Ainara ne serait-elle pas mieux sur le divan confortable d’un psy plutôt que sur le banc rudimentaire d’un couvent  ?

Sous pression, l’adolescente est au centre de tous les regards et de toutes les suppositions, pressée d’expliquer une vocation qu’elle peine à justifier avec des mots. Totalement désemparée, Maite redoute une dérive d’emprise de l’institution religieuse : l’idée qu’une religion est une secte qui a réussi n’est pas loin. La méfiance de la cinéaste, athée revendiquée, face à cette vocation précoce plane sur le film. Si le regard reste respectueux du choix de la jeune fille, la piste de l’intervention divine est mise à distance. Neutre, la réalisation reste les pieds sur Terre, loin des regards mystiques perdus dans le vide et des grands halos de lumière. L’image ne cherche pas à mystifier cette connexion supposée avec Dieu.

Clin d’œil malicieux à cette foi ancrée dans le réel, la chorale de l’école interprète la magnifique ballade Into my arms de Nick Cave dans laquelle le chanteur australien déclare ne pas croire un Dieu interventionniste ni aux anges. L’expression d’une spiritualité vécue de façon intime en dehors du dogme de l’institution qui fait écho au Hallelujah de Leonard Cohen récupéré par l’Église malgré des paroles plus ambigües qu’une simple litanie. Entre foi personnelle et institution religieuse. Les Dimanches traite avec justesse l’influence de l’environnement, familial et au-delà, sur l’évolution de la croyance. La question de l’influence, réelle ou supposée, est l’une des clés du film qui tente de comprendre les rouages d’une vocation et le rôle des institutions, notamment celui d’un État laïque face à des enseignements religieux où le dogme peut empiéter sur l’éducation.

Les Dimanches © Buenapinta media, Colosé producciones, Sayaka producciones, Encanta films, Think studio, Los desencuentros película, A.I.E0., Movistar plus+, Le Pacte

Ceci est mon sang

Après Lullaby (2022) évoquant le retour d’une mère dans la maison familiale en l’absence de son compagnon et la mini-série Querer (2024) sur le sujet tabou des viols conjugaux, Les Dimanches confirme l’obsession d’Alauda Ruiz de Azúa pour le cercle familial. La vocation est l’allumette qui vient embraser des rancœurs tenaces et fait éclater au grand jour les tensions, notamment entre Iñaki et sa sœur Maite. Devant une telle tempête familiale, l’institution religieuse paraît en effet un refuge protecteur pour Ainara, loin des liens du sang.

Le film est animé par la foi qui anime l’adolescente mais c’est bien sa perception par les différents membres de la famille et comment cette décision bouleverse les fragiles équilibres en place qui est au cœur du récit. Très vite, la question de l’acceptation se heurte à celle de la protection, l’enfermement au couvent devenant de façon ironique symbole d’émancipation pour l’adolescente. Avec ses personnages complexes, Les Dimanches met en avant les petites hypocrisies familiales. La caméra capte avec précision la fébrilité de ces repas du dimanche et autres célébrations familiales, simulacres d’une harmonie de façade qui se fissure aisément.

Les Dimanches © Buenapinta media, Colosé producciones, Sayaka producciones, Encanta films, Think studio, Los desencuentros película, A.I.E0., Movistar plus+, Le Pacte

Voies impénétrables

Sur le fil, Les Dimanches évite miraculeusement la simple confrontation directe entre la croyance et son rejet absolu. Face à la décision de sa nièce, Maite tente de comprendre ce qui anime son désir de devenir religieuse. Son intérêt cache l’idée de l’en dissuader mais reste cependant sincère, partagé entre inquiétude et volonté de protection. Le résultat est une réflexion complexe sur la vocation, un choix mis à mal par Ainara elle-même, émoustillée par un camarade de classe. Un désir adolescent peu compatible avec le vœu de chasteté qui se heurte, comme Maite, aux voies impénétrables du Seigneur.

Drame familial bousculé par la foi, Les Dimanches trouve le ton juste pour évoquer l’engouement et l’inquiétude face à un choix de vie radical. Un don de soi au mystique qui interroge l’institution religieuse mais surtout la cellule familiale, lieu de construction de l’individu appelé à faire ses propres choix… reste à savoir avec quel degré d’influence.

> Les Dimanches (Los Domingos), réalisé par Alauda Ruiz de Azúa, France – Espagne, 2026 (1h58)

Les Dimanches (Los Domingos)

Date de sortie
11 février 2026
Durée
1h58
Réalisé par
Alauda Ruiz de Azúa
Avec
Patricia López Arnaiz, Miguel Garcés, Juan Minujín, Mabel Rivera, Nagore Aramburu, Blanca Soroa
Pays
France - Espagne

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