Des vacances caniculaires touchent à leur fin pour Marouane (Hadrien Hussein), 17 ans, qui vit sa dernière nuit dans un camping des Landes avec ses parents et sa petite sœur Inès (Marguerite Demoustier). Alors qu’il s’est couché, l’adolescent change d’avis et sort de sa tente pour rejoindre une fête. Sur le chemin, il croise malheureusement pour lui Oscar (Noé Houssard) qui le harcèle. Le ton monte et Oscar chute accidentellement. Pris de panique, Marouane enfouit son corps dans le sable.
Le lendemain, alors que le départ de la famille est repoussé, Marouane angoisse à l’idée que le corps soit découvert. Entraîné par son ami Noé (Tristan Richard) dans des fêtes, Marouane tente de faire bonne figure mais son esprit est ailleurs. Son attention est cependant captée par la ravissante Giulia (Martina La Manna) qui ne semble pas indifférente à son charme.
L’été sera chaud pour les ados
Après un détour dans le monde de l’architecture avec L’inconnu de la Grand Arche (2025) – lire notre critique, Stéphane Demoustier revient explorer les rivages troubles de l’adolescence. À l’instar de La fille au bracelet (2019) avec son adolescente accusée du meurtre de sa meilleure amie – lire notre critique, le cinéaste confronte une nouvelle fois l’adolescence à la mort et plus précisément au crime. Cette fois-ci le spectateur n’est pas invité sur les bancs d’un tribunal pour se faire son opinion sur la culpabilité de la prévenue mais accompagne un coupable malgré lui, victime d’un accident dramatique.
Adapté du roman de Victor Jestin, La chaleur se déroule sous un soleil impitoyable qui ajoute de la confusion aux mauvaises décisions prises par Marouane. Cette chaleur qui pèse sur les épaules de l’adolescent et de ses amis est d’une actualité folle. Une menace d’autant plus anxiogène qu’il ne s’agit que du début d’un emballement mortifère dont nous sommes, à l’instar de Marouane, à la fois coupables collectivement et victimes individuellement. Pour Stéphane Demoustier, cette chaleur implacable résume parfaitement le contexte écologique, politique et économique qui pèse sur une jeunesse encore étourdie par le confinement imposé par la crise du COVID.
Entraîné malgré lui dans une errance coupable, Marouane est privé de son insouciance. La chaleur impose sa réflexion sur une sortie brutale et définitive de l’enfance. Victime d’une décision prise dans la panique, l’adolescent mutique ne peut que s’enfoncer dans l’erreur et nous entraîne avec lui sur un chemin sans issue. À son corps défendant – littéralement ce qui l’a mis dans cette situation, Marouane est le symbole d’une jeunesse déboussolée, condamnée par l’emballement climatique et dépossédée de son propre avenir.
Comme si de rien n’était
La chaleur est un thriller intimiste avec Marouane comme guide dans cette journée qui ne veut pas finir. Il y a une part de comédie dans ce départ du camping qui ne cesse d’être repoussé par les parents qui veulent en profiter encore un peu et rend intenable pour l’adolescent sa présence sur les lieux de son crime. Ces 36 heures sont filmées comme un supplice pour Marouane. Collée à l’ado, la caméra nous impose son errance hébétée et sa mauvaise conscience qui pèse lourd. Le suspens porte évidemment sur la possibilité pour Marouane de s’échapper du camping comme on s’échappe de prison avant la découverte du corps mais pas seulement.
L’aspect thriller est renforcé par une histoire de téléphone égaré mais le côté déroutant du film joue ironiquement sur sa capacité à nous faire vivre l’insoutenable inertie de Marouane. Piégé sur son lieu de vacances, ses déambulations dans un périmètre très limité semblent irréelles, d’autant plus que l’ado doit donner le change en se fondant dans les fêtes adolescentes insouciantes. Des festivités qui dépassent évidemment Marouane qui semble flotter dans cet univers rendu subtilement insaisissable par la réalisation et le travail sur le son.
Somnambule en plein cauchemar sous un soleil accablant, Marouane reste cependant un adolescent et, malgré ses préoccupations, une figure émerge. Giulia qui aurait selon les ragots flirté avec le malheureux Oscar semble s’intéresser à lui malgré – ou grâce à – son attitude distante. Un regard qui le sort de son errance coupable et lui permet d’échapper temporairement à une conscience aussi implacable que la chaleur. Un dernier – est-ce également le premier ? – flirt pour la route qui mène lui aussi, de façon bien plus agréable, résolument vers l’âge adulte.
« Thriller en tongs » comme le qualifie avec dérision Stéphane Demoustier, La chaleur capte notre attention en nous associant à son protagoniste dans une prison à ciel ouvert dont les barreaux sont constitués d’une culpabilité étouffante. Une belle allégorie de la fin de l’innocence, celle de Marouane mais aussi la nôtre face à un processus de réchauffement devenu incontrôlable. Ave Canicula, morituri te salutant !
> La chaleur, réalisé par Stéphane Demoustier, France – Italie, 2026 (1h32)