Méchante, le nouveau Karine Sulpice : farce noire à la sauce chabrolienne

Méchante, le nouveau Karine Sulpice : farce noire à la sauce chabrolienne

Méchante, le nouveau Karine Sulpice : farce noire à la sauce chabrolienne

Méchante, le nouveau Karine Sulpice : farce noire à la sauce chabrolienne
Rentrée littéraire janvier 2026

6 janvier 2026

Une mort par empoisonnement, une coupable idéale, un procès à flux tendu : entre farce noire et chronique judiciaire, Karine Sulpice orchestre dans Méchante, son nouveau roman, un conte aussi cruel que décapant.

« Je ne suis pas celle que vous croyez.
Si j’avais pu demander une épitaphe, c’est ce que j’aurais fait inscrire sur ma tombe. Mais on ne s’offre guère ce genre de luxe par chez nous : un nom et deux dates, c’est déjà bien suffisant. »

La coupable idéale

Violette, la narratrice, vieille dame sans histoires, est morte. Une bête histoire d’ingestion d’omelette aux champignons vénéneux. Et même si, à ce qu’on raconte, elle n’avait plus toute sa tête, en tant que grande amatrice de champignons et ramasseuse hors pair, elle n’aurait jamais confondu le comestible du vénéneux.

Une proie faible et facile, donc. Et une coupable idéale : Bertille, son aide-ménagère — racontée par feu Violette elle-même. Discrète, rasoir, mollassonne, « conformiste, ô combien. La jupe tombe en dessous du genou, un poil trop longue ou un poil trop courte, quoi qu’il en soit d’une longueur qui ne va à personne. La veste est cintrée à la taille, mais encore faudrait-il qu’elle en ait une, de taille. »
Non, « le Diable ne s’habille pas qu’en Prada ».

Comment Bertille, épouse dévouée, discrète et sans histoire, aurait-elle pu se muer en terrible tueuse de vieille dame, dont la presse se fait les choux gras ? Avidité et convoitise : voilà de bien vilains défauts. Et il faut dire que Bertille a laissé des traces. Sur Internet, à la banque, et dans les mémoires de ceux qui se succèdent à la barre — voisins, psy — dont les témoignages l’accablent toujours davantage.

Lors d’un procès longuement dépeint par la plume acérée de Karine Sulpice, avocate de profession et fine connaisseuse du monde judiciaire, Bertille s’ingénie à crier son innocence. Et personne ne la croit. Si son cas n’était pas aussi désespéré, on pourrait presque croire qu’elle fait exprès de se saborder.
Rien ne va. Et son avocat, le mutique Merlin-Pottier, semble bien en peine d’inverser le cours des choses.

Savoureux témoignage du monde judiciaire

Après Les Bons Sentiments, premier roman paru en 2025 que nous avions aimé et chroniqué, Karine Sulpice revient chez Liana Lévi avec Méchante, confirmant son talent pour la mise en scène de situations sociales sous haute tension. Si l’on peut déplorer le mimétisme ascétique et les couleurs souvent rétives au regard des couvertures de la maison, le soin apporté à la sélection resserrée de son catalogue n’en reste pas moins remarquable — et trouve ici une illustration particulièrement réjouissante.

Méchante est un récit à l’humour grinçant et décapant, un conte cruel bien ficelé qui plonge dans la fabrique sociale du jugement — médiatique et judiciaire — avec un humour incisif et un sens du comique féroce. Avec Méchante, la violence du regard social est portée à son paroxysme et le procès, implacable et jubilatoire, nous régale. Méchante rappelle combien les récits judiciaires aiment les histoires simples — et comme certain·e·s y entrent trop facilement dans le rôle de coupable idéale.

Couverture du livre Méchante de Karine Sulpice

Méchante de Karine Sulpice

176 pages
Date de publication
22 janvier 2026
Éditeur
Liana Lévi
Page du livre sur le site de l’éditeur

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