« Le Garçon qui faisait danser les collines », des raves plein la tête

« Le Garçon qui faisait danser les collines », des raves plein la tête

« Le Garçon qui faisait danser les collines », des raves plein la tête

« Le Garçon qui faisait danser les collines », des raves plein la tête

Au cinéma le 3 juin 2026

Dans les montagnes de Macédoine, Ahmet, 15 ans, veille sur les moutons de son père mais son rêve est de devenir un DJ reconnu tandis que son cœur bat de façon déraisonné pour une jeune fille déjà promise. À travers les espoirs d'un jeune berger, Le Garçon qui faisait danser les collines met en avant la communauté des Yörüks aux traditions bousculées par la modernité. Sur fond d'amour impossible, les revirements de ce coming of age bucolique et musical s'avèrent drôlement entrainants.

Quand il ne parcourt pas les champs en tracteur, Ahmet (Arif Jakup), 15 ans, est chargé d’un troupeau de moutons et veille sur son petit frère Naim (Agush Agushev) en l’absence de son père (Aksel Mehmet). Mais le véritable rêve de l’adolescent est de devenir un DJ parcourant le monde. Avec le système son bricolé sur le tracteur familial, Ahmet fait danser son frère et capte l’attention de la belle Aya (Dora Akan Zlatanova), une jeune fille de son âge qui n’a qu’un défaut à ses yeux : elle déjà promise en mariage à un autre.

Le Garçon qui faisait danser les collines © Cinemafutura - KMBO

Changement d’ère

La communauté en grande partie autonome des Yörüks mise en avant dans le film composée de bergers autrefois nomades qui se sont peu à peu sédentarisés est souvent comparée aux Amishs. Un parallèle un peu réducteur mais qui donne une idée de l’ambiance traditionnelle qui pèse sur les épaules du jeune Ahmet, dans un village isolé très loin de ses envies d’ailleurs. Son rêve semble d’autant plus inatteignable que la situation familiale est un frein à sa vocation.

De fait, Ahmet est un père de substitution pour son petit frère Naim, prenant en partie la charge mentale délaissée par un paternel déboussolé par la mort de sa femme. Un choc qui a plongé le jeune Naim dans le mutisme tandis que le père s’enferme dans une autorité sourde aux désirs de ses fils. Pour le réalisateur Georgi M. Unkovski, l’adolescence d’Ahmet est une façon de saisir comment la modernité s’infiltre dans cet univers de traditions. Un changement qui passe par les nouvelles technologies, notamment Internet, et permet à l’adolescent de se connecter au monde entier.

La ruralité macédonienne traitée dans le documentaire Tobacco Girl (2009) est ici mise en scène à travers la fiction avec un regard un peu nostalgique et amusé face à son ouverture vers le monde extérieur. Le décalage entre ruralité et mondialisme est symbolisé dans le film par une scène burlesque où Ahmet pourchasse ses moutons fugitifs dans une rave party se tenant dans un champ voisin. L’adolescent devient bien malgré lui un petit phénomène sur les réseaux sociaux où sa mésaventure est célébrée à coups de likes.

Le Garçon qui faisait danser les collines © Cinemafutura - KMBO

À sa place

Scène récurrente dans le film, un groupe de femmes réunies sous un arbre discutent avec humour du destin d’Ahmet et de sa famille. Au jeu du décalage entre tradition et modernité, ces séquences font écho au chœur du théâtre antique de la tragédie grecque. Le cinéaste compare également avec malice ces mères et grand-mères du village à Statler et Waldorf, les petits vieux acariâtres au balcon du Muppet Show, et aux caméras de surveillance modernes. Commères par excellence, ces femmes qui savent tout de la vie de la communauté font le parallèle avec les réseaux sociaux qui exposent Ahmet de façon inattendue.

Ne se sentant pas à sa place, le jeune pâtre est le mouton noir du troupeau que constitue le village. Ou, pour rendre hommage à sa passion, la fausse note qui ne trouve pas sa place dans la partition. Rythmé par la musique techno qui détonne dans les paysages bucoliques de la Macédoine du Nord, Le Garçon qui faisait danser les collines est le récit d’une jeunesse qui tente de trouver sa place. Entre tradition et modernité, la bande originale du film évite le cliché du folklore et réussit à mêler les rythmes traditionnels et les sons modernes qui l’attirent vers un nouvel horizon.

Le Garçon qui faisait danser les collines © Cinemafutura - KMBO

Le grand chambardement

Tourné avec des acteurs amateurs recrutés sur place, Le Garçon qui faisait danser les collines met en avant le charisme tout en douceur de son acteur principal, épaulé par un petit frère qui crève l’écran malgré le mutisme de son rôle. Oscillant entre comédie et tragédie, la romance contrariée d’Ahmet avec la solaire Aya donne envie de croire à un compromis permettant une fin heureuse. Cet équilibre fragile n’est pourtant pas évident à trouver au sein de la communauté.

La sonorisation de la mosquée est un symbole d’une modernité qui vient tout bousculer. Pour l’appel à la prière, le muezzin (Atila Klince) expérimente un système son et diffuse par erreur dans tout le village des tests détonants avec la tranquillité habituelle. Dans la communauté, la résistance au changement est incarnée notamment par le père d’Aya (Selpin Kerim) qui sort de scène la jeune fille alors qu’elle danse sur une musique à la modernité jugée de mauvais goût. Le courroux paternel augmentera encore lorsque sa fille osera défier le mariage arrangé qui l’attend entraînant un chaos tragi-comique dans tout le village.

Le Garçon qui faisait danser les collines © Cinemafutura - KMBO

Rythmé par un habile mélange musical faisant écho à sa thématique de confrontation entre tradition et modernité, Le Garçon qui faisait danser les collines est un récit à la simplicité touchante sur les espoirs d’une jeunesse connectée. Une fantaisie sur fond de techno balancée depuis un tracteur mettant en scène un DJ berger que l’on aurait pas imaginé dans nos rêves les plus fous. Raison de plus pour remercier Georgi M. Unkovski de l’avoir mis en images pour nous.

> Le Garçon qui faisait danser les collines (DJ Ahmet), réalisé par Georgi M. Unkovski, Macédoine du Nord – République Tchèque – Serbie – Croatie, 2025 (1h39)

Le Garçon qui faisait danser les collines (DJ Ahmet)

Date de sortie
3 juin 2026
Durée
1h39
Réalisé par
Georgi M. Unkovski
Avec
Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova, Aksel Mehmet, Selpin Kerim, Atila Klince
Pays
Macédoine du Nord - République Tchèque - Serbie - Croatie

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