« Cocotte », poule sentimentale

« Cocotte », poule sentimentale

« Cocotte », poule sentimentale

« Cocotte », poule sentimentale

Au cinéma le 27 mai 2026

Une poule échappée d'un élevage industriel trouve refuge dans la cour d'un restaurant en ruine. Elle tente de défendre farouchement ses œufs pendant que les humains qui l'entourent affrontent leurs propres défis. Fable animalière avec une poule comme star principale, Cocotte remet habilement l'humain à sa place en le reléguant au second plan. Tendre et ironique, l'odyssée de la gallinacée invite à un changement de perspective déroutant sur les rapports de force qui font tourner le monde.

Noire comme du charbon parmi des congénères jaune soleil, le destin d’une poule née dans un élevage intensif débutait mal. Heureusement, le trépide animal échappe à son sort funeste pour partir à la découverte du monde extérieur. Après des mésaventures impliquant notamment un renard affamé, notre héroïne à plumes décide de reposer ses pattes dans un restaurant laissé à l’abandon.

Dans le poulailler qui l’a accueillie, notre poule tombe amoureuse et veille sur ses précieux œufs. Une production sans cesse récupérée de façon opportuniste par le propriétaire du restaurant (Yannis Kokiasmenos), peu concerné par sa fibre maternelle. En parallèle de son existence de gallinacée, les humains qui l’entourent vivent leurs vies. Un quotidien où il est question de trafic de migrants et de règlements de compte sanglants.

Cocotte © photo DOP Giorgos Karvelas - Pallas Film 2025 - Epicentre Films

Prise de bec

Cinéaste provocateur, György Pálfi s’est fait remarquer avec le provocant Taxidermie (2008) qui suit trois membres d’une même famille où se mélangent guerre, nourriture et l’art d’empailler les animaux. Tout un programme… Pour ce nouveau film, le cinéaste adopte un point de vue radical, celui d’une poule. Et pourquoi pas ? Il parait que l’on ne fait pas de neuf sans casser des œufs. Le récit est donc vécu à travers les yeux de l’animal qui ouvre une perspective inattendue sur notre humanité.

En choisissant une poule comme rôle principal, Cocotte interroge notre égocentrisme très humain qui nous convainc que nous dominons la Terre, à commencer par les autres animaux, catégorie à laquelle notre arrogance refuse de nous assigner. Et pourtant… Débutant avec les images malaisantes d’un élevage industriel, avec un clin d’œil à Metropolis (1927) et Les Temps modernes (1936), cette épopée nous remet à notre place, pas forcément enviable, de tortionnaires gloutons du règne animal. Sommes-nous vraiment plus importants que tout ce qui nous entoure ? Et en quoi sommes-nous si différents des autres animaux ?

Le confinement de la crise COVID et l’émergence récente de nouveaux virus inquiétants devraient pourtant nous faire réfléchir sur cette puissance toute relative interrogée dans le film. Construit avec malice comme une tragédie grecque antique de basse-cour, Cocotte relègue les actes humains en toile de fond. Un fil secondaire de l’histoire qui met en perspective notre responsabilité. Quelle place accorder à ces actes humains que l’on devine entre deux prises de bec ? Toute cette agitation très humaine est-elle bien sérieuse ? Le désir de maternité contrariée de votre héroïne s’entremêle ainsi avec les déboires du maître des lieux, empêtré dans le trafic de migrants fraîchement débarqués sur le sol grecque.

Cocotte © photo DOP Giorgos Karvelas - Pallas Film 2025 - Epicentre Films

Ça tourne, ma poule !

Défi de taille, György Pálfi a décidé de tourner avec de vrais animaux. Les effets spéciaux du film ne concernent que les décors et d’autres éléments venant perturber la tranquillité de notre héroïne. La star du film est à 100% naturelle, du bec jusqu’au bout des griffes, aucune image de synthèse ou d’IA. Ce choix audacieux permet de capter l’incroyable expressivité de cette poule à la prestation digne des plus grandes actrices. Enfin, ces poules.

Comme une actrice possède des doublures, la poule principale avait en effet des sosies sur le tournage. Au total, ce sont huit poules différentes qui démontrent leur talent devant la caméra, dont trois principales Feri, Anett, Nóra, sélectionnées pour leurs talents respectifs. Un turnover qui permet une continuité de tournage car la concentration d’une poule est d’environ 20 à 30 minutes. C’est peu, mais toujours plus qu’un humain à l’ère des réseaux sociaux.

Au détour d’un clin d’œil malicieux à ses illustres ancêtres les dinosaures, Cocotte nous invite à regarder de près le gallinacé souvent dénigré pour admirer sa prestance et son intensité inattendue. À l’instar de EO (2022) de Jerzy Skolimowski mettant en scène un âne en vadrouille, la fable de György Pálfi réussit à captiver avec un récit double, entre conte de fée, parabole et thriller, où les mésaventures d’une poule charismatique sur le devant de la scène mettent en perspective nos comportements (in)humains.

Cocotte © photo DOP Giorgos Karvelas - Pallas Film 2025 - Epicentre Films

Se faire plumer

Cocotte est parcouru par la thématique de la migration et de la destruction – le parcours de la poule et des migrants – entre nouveaux horizons et omelette. Le rapport de force est omniprésent dans ce conte défait de sa vision centré sur l’humain. Notre poule doit ainsi tenir tête héroïquement face aux siens et aux humains pour sauver ses œufs. Le trafic d’être humains qui se déroule en parallèle renforce cette réflexion sur ces rapports de domination qui font tourner notre monde.

Les trajectoires parallèles des deux récits, animalier et humain – car il faut bien les différencier ainsi – se croisent furtivement pour s’éloigner à nouveau et emprunter des destinées très différentes. Cocotte se déroule comme une véritable tragédie où la mise à distance des actes humains ne vient pas effacer pour autant notre responsabilité dans les malheurs du monde. Cette vision décalée, imposant une distance raisonnable, vient renforcer l’absurdité d’un monde mû par une violence latente.

En invitant le spectateur dans sa basse-cour, Cocotte réussit à captiver et attendrir par un récit porté par une poule à l’intensité dramatique insoupçonnée. De quoi donner envie de  se laisser pousser un bec et des plumes pour fuir les vicissitudes humaines qui se déroulent en dehors du poulailler.

> Cocotte (Hen), réalisé par György Pálfi, Allemagne – Grèce – Hongrie, 2025 (1h36)

Cocotte (Hen)

Date de sortie
27 mai 2026
Durée
1h36
Réalisé par
György Pálfi
Avec
les poules Eszti, Szandi, Feri, Enci, Eti, Enikő, Nóra, Anett et Yannis Kokiasmenos, Maria Diakopanagioti, Argyris Pantazaras, Eleni Apostolopoulou, Mahmod Bamerny, Antonis Tsiotsiopoulos Et Antonis Kafetzopoulos
Pays
Allemagne - Grèce - Hongrie

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