« Junk World », reprise de conscience

« Junk World », reprise de conscience

« Junk World », reprise de conscience

« Junk World », reprise de conscience

Au cinéma le 13 mai 2026

Pendant l'exploration d'une ville robotique souterraine, une équipe d'humains, clones et cyborgs menée par la commandante Tris est attaquée par des cyborgs rebelles. Plus de mille ans après les événements de Junk Head, Junk World est une nouvelle plongée étourdissante dans l'imaginaire foisonnant de Takahide Hori. Un nouveau récit interrogeant notre humanité au scénario plus complexe, servi par une animation en stop-motion épaulée par de nouvelles techniques mais qui conserve son charme artisanal.

Dans un futur lointain, la commandante Tris, humaine aux capacités augmentées, est assistée par Robin, un robot doté d’une intelligence artificielle organique, possédant le même niveau de conscience qu’un être humain. Tris a pour mission de diriger une  équipe d’humains, de clones et de Mulligans, des cyborgs artificiels, pour explorer Karpbar, une ville robotique souterraine où se sont déroulés des événements étranges.

Dans cette cité considérée comme abandonnée, l’enquête tourne court lorsque le groupe est pris en embuscade par des cyborgs Mulligans rebelles. Un soulèvement qui marque le début d’une aventure aux multiples rebondissements.

Junk World © Yamiken Co Ltd - UFO Distribution

Retour en terre inconnue

Décorateur d’intérieur avant de se lancer comme cinéaste autodidacte, Takahide Hori commence à réaliser des films en stop-motion 2009 en suivant les conseils de livres et via Internet. En 2013, il publie sur Youtube Junk Head 1, un court métrage de 30 minutes qui attire l’attention du public, des festivals et des producteurs. Sous le titre de Junk Head, le cinéaste livre en 2021 le premier long métrage qu’il annonce comme le premier volet d’une trilogie.

Œuvre ayant nécessité sept années de travail de la part d’une équipe réduite de trois personnes, Junk Head étonne et fascine pour son univers futuriste particulier entre humanité améliorée et robotique – lire notre critique. Avec une équipe cette fois-ci deux fois plus nombreuse, il a fallu « seulement » trois ans pour terminer Junk World.

Malgré son scénario plus complexe, ce nouveau film ne fait qu’évoquer une partie de l’imaginaire qui hante les pensées du cinéaste selon son propre aveu. Vu les rebondissements de cette épopée qui s’étend sur des centaines d’années, on n’ose imaginer l’étendue de ce qui trotte dans la tête de Takahide Hori.

Junk World © Yamiken Co Ltd - UFO Distribution

Stop motion 2.0

Pour Junk World, la méthode de production des indispensables figurines à animer image par image a évolué. Dans cette nouvelle aventure épique, fin de l’analogique et des prototypes en argile transformés avec des moules en plâtre en figurine unique. Les modèles ont été imprimés en 3D après avoir été créés sur ordinateur. Autre changement de taille, certaines figurines ont été animées en 3D plutôt que image par image.

Cette évolution permet de réduire le temps nécessaire donc les coûts de production, véritable nerf de la guerre pour un projet si ambitieux. A l’instar de Junk Head, Takahide Hori a dû découvrir en bon autodidacte les arcanes des effets spéciaux numériques et des imprimantes 3D. Un investissement qui s’avère rentable puisque la technique permet de multiplier les figurines et des tournages de plusieurs scènes en simultané pour gagner du temps.

Les effets spéciaux, surtout utilisés pour l’animation du vol d’un dirigeable ou des fonds de décors, ne viennent cependant pas polluer le charme du stop-motion dont le côté artisanal reste primordial. Les figurines restent d’ailleurs toutes peintes à la main. Avec l’appui de ces nouvelles techniques, Takahide Hori atteint un réalisme plus surprenant que pour le premier opus pour mieux nous entraîner dans son monde totalement fou.

Junk World © Yamiken Co Ltd - UFO Distribution

Toujours plus

Écrit juste après avoir terminé Junk Head et imaginé comme une histoire qui se suffit à elle-même, Junk World se déroule très précisément 1042 ans avant le premier opus. Son univers très inventif semble partiellement familier et continue pourtant d’étonner. Les spectateurs du premier opus vont retrouver l’ambiance si particulière de ce monde futuriste avec des humains imprégnés jusque dans leur chair par la robotique.

Contrairement au premier opus dans lequel les personnages parlent une langue imaginaire pour masquer le fait qu’il était trop coûteux de faire enregistrer plusieurs voix, la langue principale est ici le japonais. Un choix qui n’est pas seulement économique. L’intrigue du film est plus complexe et ce choix d’une véritable langue permet d’expliciter des nuances devenues indispensables. Une complexité qui touche également la structure même du film.

Junk World est moins linéaire que Junk Head : la scène de l’affrontement initial est rejouée selon les points de vue de différents personnages qui sont aussi plus nombreux et plus éclectiques dans leur représentation. La liste de ce casting imaginaire disponible sur le site officiel en japonais montre l’évolution par rapport au premier film. Avec une structure qui se complexifie à mesure que le temps est rejoué, Junk World ajoute au fur et à mesure des strates de compréhension des enjeux entre les protagonistes.

Junk World © Yamiken Co Ltd - UFO Distribution

Les adeptes de cet univers peuvent se réjouir, le troisième et dernier volet de la trilogie est déjà écrit. Située quelques années après Junk Head, cette suite est espérée d’ici quatre ans. En attendant, Takahide Hori met en vente les figurines de ce nouveau film sur un site de vente aux enchères pour financer le projet. Le prix à payer pour un artisanat indépendant. On lui souhaite de réaliser un jour de réaliser son rêve : ouvrir un musée avec toutes ces créatures, qu’elles soient d’argile ou imprimée en 3D.

Plus élaboré visuellement que son prédécesseur, Junk Head est aussi plus complexe dans ce qu’il raconte. Trop ? Ce n’est pas l’avis du cinéaste qui considère son film comme une invitation à se perdre dans les méandres de son univers étrange et à ressentir avant de comprendre. Toujours avec le fil conducteur d’une humanité remise en question, qu’elle soit clonée ou améliorée grâce à une robotique de plus en plus « intelligente ». Un sujet dès à présent d’actualité.

> Junk World réalisé par Takahide Hori, Japon, 2025 (1h45)

Junk World

Date de sortie
13 mai 2026
Durée
1h45
Réalisé par
Takahide Hori
Avec
Takahide Hori, Ikuya Idota, Atsuko Miyake
Pays
Japon

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