Mahnaz (Parinaz Izadyar), infirmière de 40 ans, travaille à l’hôpital où elle fréquente Hamid (Payman Maadi), un ambulancier charmeur qui s’arrange avec les médecins pour arrondir ses fins de mois sur le dos des patients qu’il transporte. Mère célibataire, Mahnaz élève seule son fils Aliyar (Sinan Mohebi) et sa fille Neda (Arshida Dorostkar) mais espère que son mariage prévu prochainement avec Hamid apportera un peu de stabilité familiale.
Lorsque le turbulent Aliyar est renvoyé de l’école, tout bascule avec un accident tragique qui endeuille la famille. Pour Mahnaz, plus rien ne sera comme avant. Dévastée, elle se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation et protéger ce qui reste de la cellule familiale.
Romance pour famille en recomposition
Remarqué pour La loi de Téhéran (2019), thriller sur fond de trafic de drogue, Saeed Roustaee s’est attiré les foudres du pouvoir iranien lors de la sortie de Leila et ses frères (2022) – lire notre critique. Le réalisateur a été condamné à 6 mois de prison et 5 ans d’interdiction de tournage au motif de « propagande contre le régime » pour ce film interdit en Iran. La peine a depuis été suspendue et, pour ce nouveau projet, Saeed Roustaee a obtenu l’autorisation officielle de tourner de la part du gouvernement. Une bénédiction que certains reprochent au cinéaste mais qui lui permet de continuer à créer dans un pays qui n’a cessé depuis de s’enfoncer dans une répression sanglante.
En vase clos sur la famille, le scénario de Woman and Child traite de questions intimes qui n’ont pas alerté les censeurs du pouvoir iranien. La première partie du film pourrait même passer pour une comédie familiale, portée par la malice du jeune Aliyar. Le garçon accepte de faire les devoirs de sa grand-mère (Fereshteh Sadr Orafaee) contre rémunération pour ensuite refiler la corvée à sa petite sœur Neda, évidemment pour une partie seulement du magot, avec en bonus ses propres devoirs. Une ambiance bon enfant règne dans ce foyer où vit également Mehri (Soha Niasti), la petite sœur de Mahnaz.
Drame d’une famille décomposée
Cette atmosphère enjouée au sein de la famille fait écho à la romance entre Mahnaz et Hamid qui se cachent derrière les rideaux de l’hôpital pour échanger des baisers comme deux adolescents en évoquant leur futur mariage. Mais quelques éléments posent déjà les bases du mensonge et de la dissimulation qui planent sur Woman and Child. Alors que Mahnaz doit rencontrer ses futurs beaux-parents, Hamid insiste pour qu’elle cache son statut de mère de deux enfants. De la même façon, les magouilles de l’ambulancier avec les médecins à l’hôpital annoncent une mentalité transactionnelle problématique.
Mais le point de bascule se situe avec le renvoi du turbulent Aliyar de son école. À force de provocation pour amuser ses petits camarades, le garçon a épuisé le directeur qui décide de lui donner une leçon avec cet exil forcé. Malheureusement, cette punition amène à un drame qui prend tout le monde de court. Le film bascule définitivement dans le drame et Mahnaz tente de trouver une responsabilité dans l’accident qui endeuille la famille. Et le sort semble s’acharner lorsque son petit ami lui annonce qu’il ne souhaite plus se marier. Le versatile Hamid a désormais une autre idée en tête : épouser Mehri, la petite sœur de sa promise.
Mère courage
Face à un deuil terrible et ce qu’elle considère comme une double trahison, Mahnaz fait le choix de surmonter sa peine et son égo pour sauver ceux qui peuvent encore l’être. Alors que le charmant Hamid montre un aspect plus inquiétant de sa personnalité, Woman and Child offre le portrait d’une résistante qui met entre parenthèses sa vie personnelle. Personnage ambigu, Mahnaz est menée par une soif de justice qui semble par moment alimentée par une vengeance pour panser une blessure d’égo.
Le combat de l’infirmière est-il celui d’une femme blessée en colère qui cherche à laver son honneur ou d’une mère qui cherche à protéger les siens ? Ces deux sentiments entremêlés cohabitent dans la confrontation qui l’oppose à Hamid et certains de ses proches. La prestation de Parinaz Izadyar, actrice multi facettes, porte ce drame familial très dense qu’elle illumine par son interprétation intense, sur le fil, entre colère et résignation. Un combat sacrificiel qui bascule du côté de l’apaisement dans un pays qui aurait plus que jamais besoin d’un tel répit pour reprendre son souffle.
Drame familial entremêlant deuil et trahison, Woman and Child n’a pas la puissance dénonciatrice de Leila et ses frères, film précédent du cinéaste, mais livre le portrait saisissant d’une femme qui affronte avec courage l’adversité au sein d’un cocon familial corrompu. Une ténacité qui fait écho aux espoirs réprimés dans le sang d’un pays qui n’en finit plus de se soulever pour ne récolter que peine et sidération.
> Woman and Child (Zan va bache), réalisé par Saeed Roustaee, Iran – France – Allemagne, 2025 (2h11)