« The Good Sister », un mal si proche

« The Good Sister », un mal si proche

« The Good Sister », un mal si proche

« The Good Sister », un mal si proche

Au cinéma le 2 septembre 2026

Très proche de son frère aîné Sam, Rose est contactée par la police pour témoigner dans le cadre d'une enquête pour viol menée à son encontre. Une épreuve qui va la plonger dans une introspection douloureuse. Remise en question cauchemardesque, The Good Sister confronte le lien familial à la gravité d'une accusation dévastatrice. Centré sur une victime collatérale du crime, cette crise de conscience met à rude épreuve le sentiment de devoir et de culpabilité avec une grande justesse.

Rose (Marie Bloching) vit avec son frère aîné Sam (Anton Weil) qu’elle adore. Un jour, la jeune femme reçoit une lettre de convocation pour se rendre dans les locaux de la police car une femme accuse Sam de viol. Présente dans l’appartement lors des faits, Rose doit témoigner dans le cadre de l’enquête. Sous le choc, elle entame un long processus où se mêlent incompréhension, déni et culpabilité par procuration

The Good Sister © German Film and Television, Academy Berlin GmbH (DFFB), Arkanum Pictures et Nephilim Producciones - Memento Films

Être proche

En choisissant une relation entre un frère et une sœur, la cinéaste Sarah Miro Fischer appuie là où ça fait mal. Très complice avec son frère, Rose doit remettre en cause tout ce qu’elle sait de lui. Ce soutien sur lequel elle a toujours pu compter devient au yeux de la société un criminel potentiel, de quoi bouleverser la conception des liens familiaux. La situation est d’autant plus oppressante pour Rose qu’elle habite avec son frère dans une proximité jusque-là complice. Un mot qui pourrait prendre un tout autre sens face à l’accusation portée.

L’appartement comme la famille devient pour Rose un piège dont on ne peut s’extraire si facilement. Cette incapacité à couper les ponts est notamment illustrée par une fête d’anniversaire en l’honneur de Sam à laquelle Rose, encore sous le choc et derrière un sourire de façade, assiste quelques jours après avoir découvert de quoi son frère est accusé. Dans ces circonstances, la cellule familiale se transforme en celle d’une prison. Un lieu oppressant aux contours encore mal définis car le doute est présent dans l’esprit de Rose.

The Good Sister © German Film and Television, Academy Berlin GmbH (DFFB), Arkanum Pictures et Nephilim Producciones - Memento Films

Crise de confiance

Les ébats de Sam et sa victime supposée se déroulant hors caméra, The Good Sister insiste sur la perception de Rose qui entend des sons qui en soit ne prouvent rien. Alors que Rose se demande si ce frère qu’elle connaît si bien a pu vraiment commettre un tel acte, c’est toute leur relation qu’elle réévalue mais pas seulement. Sa crise de confiance s’étend pour interroger sa façon de voir son entourage et elle-même.

Si Rose ne peut se fier à son frère alors à qui peut-elle faire confiance ? Le film montre l’impact d’une telle épreuve à travers une inévitable remise en cause personnelle. Après s’être demandé si son frère est véritablement coupable, doute sur lequel le film ne joue pas longtemps, la jeune femme se demande si elle aussi aurait pu faire la même chose. Dans un jeu de miroir assez malsain, la jeune femme ira jusqu’à débuter une relation avec un inconnu pour tester sa propre limite à la violence.

Cette crise de confiance généralisée est d’autant plus violente que Rose n’est pas du genre à s’imposer. Plutôt dépendante des autres, elle se retrouve à devoir prendre une décision et non des moindres. Totalement perdue, sa nonchalance décrit parfaitement le coup de massue d’une telle révélation remettant en cause une partie importante de sa vie. Le sentiment de flottement qui plane sur The Good Sister pousse Rose à se (re)définir à l’aune de l’accusation, quitte à renaître sur les cendres de sa relation avec son frère.

The Good Sister © German Film and Television, Academy Berlin GmbH (DFFB), Arkanum Pictures et Nephilim Producciones - Memento Films

Croire ou soutenir

La déflagration qui percute Rose ne peut rester sans action de sa part. Centré sur elle, le film met en lumière le choix cornélien à réaliser entre soutenir son frère – en espérant qu’il soit vraiment innocent – ou croire la victime. Rose choisit assez rapidement son camp et, dans un geste de compassion très maladroit, entre en contact avec la victime. Une scène d’une grande justesse dans laquelle Rose ne sait pas quoi dire à celle qui accuse son frère. Peut-on s’excuser à la place de l’autre ? Le malaise qui plane montre bien l’inconfort et un certain sentiment d’impuissance face aux victimes.

À travers le prisme familial, The Good Sister interroge notre capacité supposée à repérer les agresseurs en puissance. En pointant du doigt le frère bien aimé, Sarah Miro Fischer, elle-même victime de violences sexuelles, revient sur l’idée encore trop répandue du violeur anonyme qui attend patiemment sa victime dans une ruelle sombre ou un parking désert.

L’un des enseignements du mouvement #MeToo est pourtant le côté systémique du phénomène des violences faites aux femmes. La parole libérée a pu démontrer que les auteurs des violences sont souvent des proches de leurs victimes et la famille peut se transformer un terrain miné.

The Good Sister © German Film and Television, Academy Berlin GmbH (DFFB), Arkanum Pictures et Nephilim Producciones - Memento Films

La proximité du mal

Pour la cinéaste, il est temps de s’intéresser aux auteurs de violence en reconnaissant qu’ils sont intégrés dans la société, au cœur des familles. Une représentation loin du « monstre », terme terrifiant mais aussi paradoxalement réconfortant car il permet de mettre à distance l’agresseur en lui retirant son humanité.

Le film invite à enfin faire ce constat dérangeant pour arrêter de reporter la responsabilité sur « les autres », une communauté fantasmée d’hommes violents qui n’existeraient pas dans notre entourage. Une prise de conscience qui permettrait selon la cinéaste de mieux accompagner les auteurs des violences pour prévenir, comprendre et changer leur comportement, et alléger le poids sur les épaules des victimes.

The Good Sister © German Film and Television, Academy Berlin GmbH (DFFB), Arkanum Pictures et Nephilim Producciones - Memento Films

Volontairement sur le fil, The Good Sister évite le thriller criminel en décalant son regard sur une victime collatérale, la sœur du violeur. Une façon de replacer le « monstre », d’une banalité affligeante, non plus hypothétiquement sous le lit ou dans le placard mais dans la chambre d’à côté où il vit à temps plein. Une proximité qui fait froid dans le dos et interroge la responsabilité de chacun et de la société dans la prévention des violences faites aux femmes.

> The Good Sister (Schwesterherz) réalisé par Sarah Miro Fischer, Allemagne, 2025 (1h36)

The Good Sister (Schwesterherz)

Date de sortie
2 septembre 2026
Durée
1h36
Réalisé par
Sarah Miro Fischer
Avec
Marie Bloching, Anton Weil, Proschat Madani, Laura Balzer, Jane Chirwa, Aram Tafreshian, David Vormweg
Pays
Allemagne

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