Photographe indépendante reconnue, Lucile Langlois (Vimala Pons) quitte Paris en urgence lorsqu’elle découvre que sa mère Colette (Guilaine Londez) est malade. Elle est rejointe dans la maison de leur enfance par son frère Paul (Yoann Zimmer) accompagné de sa fille Mia (Jane Cosme van Handenhove). Ils découvrent sur place que leur mère, autrefois pétillante et entrepreneuse, est en réalité mourante.
Alors que leur père Bernard (Jean-Luc Piraux) semble totalement déconnecté de la situation, Lucile et Paul, alertés par des habitants du village qui assurent que leur mère leur doit de l’argent, plongent dans les papiers administratifs de leurs parents. Les secrets qu’ils découvrent donnent le vertige. Depuis des décennies, Colette vit à crédit, multipliant les prêts pour maintenir son commerce et sa vie personnelle à flot. Pire, elle a utilisé le nom de Lucile pour souscrire l’un de ces pièges financiers.
Histoire vraie
Réalisatrice de deux courts-métrages en Belgique, Catherine Cosme est plus connue en France pour son travail en tant que cheffe décoratrice, notamment pour L’inconnu de la Grande Arche (2025) de Stéphane Demoustier pour lequel elle a reçu le César 2025 des meilleurs décors – lire notre critique. Alors que la cinéaste travaillait sur un projet de long métrage nommé Bagarres, sa mère est décédée. Une disparition qui lui a donné envie de produire cinq ans plus tard un premier film qui soit plus personnel sur la thématique du surendettement comme secret honteux au sein d’une famille.
En racontant son histoire personnelle autour d’elle, Catherine Cosme récolte d’autres témoignages qui rendent son expérience malheureuse plus universelle qu’elle ne le pensait. Drame sur un deuil annoncé, Sauvons les meubles interroge la spirale infernale du crédit et la hantise du déclassement qui pousse des personnes vulnérables comme la mère de Lucile à cacher la vérité, voire à trahir leurs proches. Clin d’œil de la cinéaste, la présence au début du film de Benoît Hamon, défendeur du revenu universel, mesure considérée par Catherine Cosme comme une possibilité d’échapper à la spirale destructrice que peut devenir le crédit à la consommation. La maladie de Colette et sa disparition annoncée rend d’autant plus déchirante la question du pardon que sa fille peine à envisager.
50 nuances de prêts
Avec son titre décalé qui donne l’esprit du film, Sauvons les meubles fait écho au comportement des membres de la famille face à l’inévitable trépas de la matriarche, jusque-là véritable pilier de la petite famille. Il s’agit aussi de sauver la face. Du côté paternel, la stabilité n’est pas de mise. Père attachant, Bernard semble complètement à côté de la plaque. Entre inconscience et déni protecteur, ce père subtilement interprété par Jean-Luc Piraux ne semble pas pleinement réaliser la gravité de la situation financière et l’état de santé de sa femme.
La distension est également au cœur de la relation entre Lucile et Paul. Confrontés au réel, la sœur et le frère ont des avis divergents sur la porte de sortie idéale. La plus concernée reste Lucile qui se retrouve au cœur d’un dilemme insoluble, confrontée à une mère mourante qui a utilisé son nom sans son accord. Si elle ne veut pas se retrouver concernée par les errances financières de sa mère, Lucile doit se résoudre à porter plainte contre celle qui l’a mise au monde.
Là encore, le jeu sensible des deux actrices donne de l’ampleur à cette ultime confrontation entre ressentiment et réconciliation. Dans cette relation tendue, Nadège (Ophélie Bau), l’infirmière à domicile solaire qui prend soin de Colette et accompagne la famille dans ce moment difficile, agit comme un miroir pour Lucile. Rivale fantasmée, Nadège est une fille de substitution pour cette mère avec laquelle Lucie n’a jamais vraiment réussi à tisser de liens solides. L’ambiance crépusculaire et conflictuelle est l’occasion d’exprimer les non-dits d’une relation qui trouve sur le tard un apaisement à l’amiable.
Drame familial cathartique, Sauvons les meubles réussit à évoquer avec tact une situation entre rire et larmes dont l’absurdité n’enlève rien à l’émotion. Une liquidation sentimentale avant les adieux sur laquelle plane une colère sourde contre les organismes de crédit qui ciblent les plus vulnérables.
> Sauvons les meubles, réalisé par Catherine Cosme, Belgique – France – Suisse, 2025 (1h26)




