« En avant », le magicien deuil

« En avant », le magicien deuil

« En avant », le magicien deuil

« En avant », le magicien deuil

Au cinéma le 4 mars 2020

Dans l'espoir de revoir leur défunt père, Ian et son frère Barley, deux elfes adolescents, s'embarquent dans une quête magique trépidante. Tendre réflexion sur le deuil et la fraternité, En avant évolue dans un univers fantastique quelque peu brouillon contrebalancé par de furtifs moments d'émotions.

Dans la banlieue d’un monde imaginaire, Ian Lightfoot, jeune elfe peu sûr de lui et solitaire, vient tout juste d’avoir 16 ans. L’adolescent profite de ce cap pour se faire la promesse d’aller plus vers les autres. Son père, décédé avant sa naissance, est l’image fantasmée de l’homme qu’il veut devenir. Il aimerait pouvoir rencontrer ce modèle qui lui donnerait le courage de grandir. Et comme par magie, ce rêve est sur le point de se réaliser.

Le jour de son anniversaire, sa mère Laurel lui confie un bâton magique possédant le pouvoir de faire revenir son père, apprenti magicien à ses heures perdues, pour une journée. Malheureusement, le sort ne déroule pas vraiment comme prévu et le géniteur disparu n’apparaît qu’à moitié : des pieds à la taille uniquement. Ian et son intrépide frère aîné Barley embarquent alors dans une folle aventure pour dénicher une pierre merveilleuse afin de compléter le tour de magie et ce père à qui ils ont tant de choses à dire.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

En quête de soi

Nostalgique d’un père qu’il n’a jamais connu, Ian est un jeune elfe insécure qui fantasme un parent idéal auquel il voudrait ressembler. L’occasion de voir son père pendant une journée est la promesse inespérée de rentrer en contact avec ce fantôme obsédant, au-delà des anecdotes racontées par son frère ou sa mère.

Quête d’identité adolescente, En avant est surtout, dans la lignée directe de Coco (2017) — lire notre chronique —, une touchante exploration des liens familiaux. Auprès de son frère, Ian va découvrir qu’il possédait déjà en lui certaines réponses à son questionnement existentiel. La magie n’est au final dans cette histoire que l’élément déclencheur d’une quête finalement très personnelle.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

Freak show

Le monde imaginé pour ce 22ème film du studio Pixar est résolument fantastique et quelque peu déconcertant. Si Ian et sa famille sont des elfes qui font un penser à Shrek dans une teinte différente on trouve également dans cet univers rocambolesque : un policier centaure, des cyclopes et des licornes en mauvais état.

L’ambiance évoque aussi bien Harry Potter pour les tours de passe-passe sensationnels que les aventures périlleuses du célèbre Indiana Jones. La référence à un jeu de carte de type Magic prisé par le téméraire Barley complète cet inventaire où le fantastique côtoie la magie dans un brassage assez étonnant.

Aussi surprenante qu’utile pour la quête des deux adolescents, Manticore n’est autre qu’une lionne ailée avec une queue de scorpion. Pourquoi pas ! Mais cette profusion de créatures aux motivations pas toujours bien définies donne une impression confuse d’un fourre tout manquant de cohérence. Cette sensation se retrouve également dans la façon dont le thème de la magie — pourtant central dans l’intrigue — est évoqué.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

A kind of magic ?

En avant s’ouvre sur les paroles du défunt père expliquant qu’autrefois le monde était magique et que cette pratique s’est perdue au fil du temps. Pour illustrer ses propos, une scène illustre comment le sort permettant de créer la lumière devient obsolète avec l’invention de l’électricité. Retour au présent où des licornes dégénérées fouillent désormais dans les poubelles en menaçant les passants. La fin de la magie ne semble pas avoir amené que des bonnes choses.

La magie représente-t-elle une nature souillée par la technologie, la science, le progrès ? Une invitation à une certaine décroissance se cache-t-elle derrière l’évocation de cette magie éternelle ? Si En avant semble inviter à faire à nouveau place à la magie dans le monde, ce qu’elle incarne demeure résolument flou. La piste magique ne mène nulle part et semble surtout être un utile tour de passe-passe pour faire revenir — même à moitié — le père du monde des défunts.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

Brothers in harm

Même si Soul (2020), le prochain film signé Pete Docter — réalisateur de Là-haut (2009) et Vice-versa (2015) — attise toutes les curiosités, En avant a le mérite de proposer une histoire originale qui change des suites surfant sur les succès du studio. Même si certaines comme Toy Story 4 (2019) — lire notre chronique — ont su habilement prolonger la magie, Pixar cède désormais souvent à la facilité d’une franchise déjà établie depuis son rachat par le mastodonte Disney.

Réalisé par Dan Scanlon à qui avait été confié Monstres Academy (2013), En avant s’inspire de la relation du cinéaste avec son frère. Au fur et à mesure que la quête des deux frangins avance, l’attention se recentre sur la relation entre Ian, le frère effacé, Barley, le casse-cou qui n’a peur de rien. Cette aventure familiale — Laurel, la mère y prend part également — possède des moments touchants qui retranscrivent bien l’absence ressentie de façon différente par les deux frères.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

Réalité augmentée

La façon de communiquer des frères avec leur demi-papa réduit à une paire de jambes, la confession tardive de Barley sur ses souvenirs paternels et la prise de conscience du jeune Ian sur le vide qu’il tente de combler sont habilement évoqués et émouvants. Derrière ces moments sensibles, l’expérience personnelle du cinéaste ne semble jamais loin. Mais ce vécu très intime semble empêcher la création d’un univers totalement crédible.

Le rapport à la magie permettant de faire — presque — revenir le père décédé est un artifice qui ne semble pas totalement assumé dans ce monde fantastique où les elfes ont des peines de cœur finalement très humaines. La notion du temps — les deux adolescents ont seulement 24 heures pour faire apparaître le reste du corps de leur père — est aussi étrangement gérée. Ce compte à rebours pourtant créateur de suspens dans cette folle quête est étrangement sous exploité.

Onward Photo by Pixar - © 2019 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

En avant la diversité

Si En avant ne figure pas dans la liste des plus belles réussites de Pixar, le film de Dan Scanlon restera pourtant comme un jalon important dans l’histoire de la diversité au sein du studio légendaire. Disney a toujours pris soin de ne jamais répondre sur l’homosexualité supposée de la princesse Elsa dans La Reine des neiges, pourtant le studio assume avec ce film la présence d’un personnage — secondaire certes mais tout de même — explicitement homosexuelle.

Au détour d’une phrase, une femme policière cyclope évoque sa « petite amie » et les affres de l’éducation. Une lesbienne, en couple et maman. En une réflexion anodine le studio a brisé le plafond de verre de la représentation des gays dans ses films. Et la prochaine fois, le personnage sera peut-être même humain !

Hanté par un propos très personnel, En avant touche juste par moments mais déstabilise par son univers fantasmagorique usant d’une magie prétexte. Si son exploration du deuil et du lien fraternel arrive à émouvoir, la mécanique générale est un peu trop bancale pour en faire un Pixar qui marque réellement les esprits.

> En avant (Onward), réalisé par Dan Scanlon, États-Unis, 2019 (1h42)

En avant (Onward)

Date de sortie
4 mars 2020
Durée
1h42
Réalisé par
Dan Scanlon
Avec
Tom Holland, Chris Pratt, Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer, Mel Rodriguez
Pays
États-Unis