Les Haenyeo, un patrimoine vivant
L’installation prend pour point de départ les Haenyeo, ces plongeuses en apnée qui, depuis plusieurs siècles, récoltent coquillages, algues, oursins ou encore ormeaux dans les eaux entourant l’île de Jeju. Travaillant sans bouteille d’oxygène, elles peuvent plonger plusieurs heures par jour et atteindre des profondeurs importantes, grâce à une maîtrise remarquable de leur respiration et de leur environnement.
Cette activité constitue bien plus qu’un métier puisqu’elle représente une véritable organisation sociale, dans laquelle les connaissances sont transmises entre générations. Les jeunes plongeuses apprennent progressivement les techniques de plongée, les règles de sécurité, les cycles des marées ou encore les zones de récolte auprès des plus expérimentées.
En 2016, cette tradition a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, en reconnaissance de sa valeur historique, culturelle et environnementale. Cette reconnaissance souligne également la fragilité de cette pratique, confrontée au vieillissement des plongeuses et aux profondes transformations économiques et écologiques qui touchent aujourd’hui l’île de Jeju.
Le son comme moyen de transmission
Plutôt que de présenter des objets liés à cette activité ou de diffuser un documentaire, Yo-E Ryou fait le choix d’une installation sonore. Les respirations des plongeuses, le bruit des vagues, les mouvements de l’eau ou encore les sons produits lors de leurs déplacements constituent la matière principale de l’œuvre.
Ce parti pris n’est pas anodin : le son permet de restituer des éléments qui échappent souvent aux dispositifs muséographiques classiques. La respiration, par exemple, est au cœur du travail des Haenyeo : elle conditionne leurs plongées, rythme leurs efforts et constitue un savoir transmis de manière essentiellement pratique.
L’installation rappelle ainsi que certains patrimoines ne peuvent être pleinement compris qu’à travers des objets exposés dans une vitrine. Ils reposent également sur des gestes, des pratiques corporelles ou des traditions orales qui nécessitent d’autres formes de médiation.
Une réflexion sur le patrimoine immatériel
Depuis plusieurs années, la notion de patrimoine ne se limite plus aux monuments ou aux œuvres d’art. Les savoir-faire, les traditions, les pratiques artisanales, la gastronomie ou encore les expressions culturelles occupent désormais une place importante dans les politiques de conservation.
Echoes of the Tides s’inscrit pleinement dans cette évolution. En mettant en avant une pratique vivante plutôt qu’une collection d’objets, l’exposition rappelle que la transmission culturelle passe aussi par des éléments difficilement matérialisables : une manière de respirer, d’observer la mer, d’interpréter les courants ou d’organiser le travail collectif.
L’installation montre ainsi que les musées peuvent contribuer à faire connaître ces patrimoines immatériels en renouvelant leurs modes de présentation. Le son devient ici un véritable outil de médiation, capable de compléter les approches plus traditionnelles de l’exposition.
Une nouvelle manière de concevoir l’expérience muséale
L’œuvre de Yo-E Ryou s’inscrit également dans une évolution plus large des pratiques muséales. De nombreux établissements cherchent aujourd’hui à proposer des expériences plus immersives, dans lesquelles le visiteur ne se contente plus d’observer des objets, mais mobilise plusieurs sens.
Dans Echoes of the Tides, le parcours est volontairement épuré. Il n’existe pas de narration linéaire ni de succession d’œuvres à découvrir. Chacun est invité à prendre le temps de s’installer, d’écouter et de construire sa propre expérience de l’installation.
Cette liberté de parcours modifie le rapport habituel à l’exposition. Le visiteur n’est plus uniquement lecteur d’un discours scientifique ou historique : il devient acteur de sa propre découverte, en portant attention aux différents paysages sonores qui composent l’œuvre.
Quand l’art contemporain dialogue avec l’ethnographie
Cette exposition illustre également la place croissante accordée aux artistes contemporains dans les musées consacrés aux cultures du monde. Plutôt que de proposer une approche strictement documentaire, le musée du quai Branly invite ici une artiste à porter un regard personnel sur une pratique culturelle.
L’installation ne cherche pas à remplacer les connaissances historiques ou anthropologiques sur les Haenyeo, elle les complète en proposant une autre manière de les appréhender, fondée sur la sensibilité et sur l’expérience d’écoute.
Ce dialogue entre création contemporaine et patrimoine constitue l’un des axes développés par le musée depuis plusieurs années. Il permet d’aborder les collections et les cultures représentées sous des formes nouvelles, tout en renouvelant les outils de médiation proposés aux visiteurs.
Une exposition qui questionne les formes de la mémoire
Au-delà de son intérêt artistique, Echoes of the Tides invite à réfléchir à une question plus large : comment conserver ce qui ne laisse pas nécessairement de traces matérielles ?
Les objets peuvent être restaurés, inventoriés et exposés. Les pratiques, les voix ou les gestes sont, en revanche, beaucoup plus difficiles à préserver. L’installation de Yo-E Ryou rappelle que ces éléments constituent pourtant une part essentielle du patrimoine culturel.
En faisant entendre les respirations des Haenyeo et les sons qui accompagnent leur quotidien, l’artiste propose une réflexion sur les différentes formes de mémoire et sur les moyens de transmettre un héritage vivant aux générations futures.
Une approche originale du patrimoine
Avec Echoes of the Tides, le musée du quai Branly propose une exposition qui s’éloigne des formats traditionnels tout en restant fidèle à sa mission de valorisation des cultures du monde. L’installation de Yo-E Ryou met en lumière une pratique reconnue pour son importance culturelle et montre comment le son peut devenir un véritable outil de transmission.
En associant création contemporaine, patrimoine immatériel et expérience sensorielle, cette exposition offre une approche originale de la médiation culturelle. Elle rappelle enfin que la mémoire d’une communauté ne se conserve pas uniquement dans les objets ou les textes, mais aussi dans les gestes, les pratiques et les savoirs qui continuent d’être transmis de génération en génération.
Infos pratiques :
Installation Echoes of the Tides
Du 11 mars 2026 au 2 février 2027
Musée du Quai Branly
Boîte à musique du Plateau de collections
37 Quai Branly
75007 Paris
Plein tarif : 14 €
Tarif réduit : 11 €
Horaires
Lundi : Fermé
Mardi, mercredi, vendredi, samedi, dimanche : 10h30-19h
Jeudi : 10h30-22h
