"Asako I & II", romance copiée-collée

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Lorsque son premier grand amour disparaît subitement, Asako quitte Osaka pour refaire sa vie à Tokyo. Deux ans plus tard, elle tombe sous le charme d'un homme qui ressemble de façon troublante à son amant mystérieusement évaporé. Drame romantique ambigu, Asako I & II interroge avec subtilité le sentiment amoureux tout en flirtant avec les codes du fantastique sans jamais vraiment les assumer.

Asako (Erika Karata) vit une histoire d'amour passionnelle avec Baku (Masahiro Higashide), son premier petit copain, jusqu'au jour où celui-ci disparaît subitement sans laisser de traces. Déboussolée, la jeune femme décide de faire table rase de cette relation et quitte Osaka pour Tokyo. Deux ans plus tard, elle rencontre Ryohei, un jeune homme qui ressemble trait pour trait à Baku. Asako tombe de nouveau amoureuse et s'apprête à se marier avec le sosie de son premier amour malgré l'étrangeté de la situation. Alors que le bonheur semble enfin à portée de main, le fantôme de Baku ressurgit dans sa vie.

Asako I & II

Les mystères de l'amour

Après Senses (2015), film fleuve de plus de 5h ayant reçu un bel accueil critique, Ryûsuke Hamaguchi est de retour avec un nouveau long métrage adapté du livre Netemo sametemo de l'auteure Tomoka Shibasaki. En compétition lors du dernier festival de Cannes, Asako I & II relate la vie sentimentale mouvementée de la ravissante Asako, successivement dans les bras de deux hommes ayant comme point commun une étonnante ressemblance. Si la première partie du film interroge la reconstruction après la disparition inexpliquée et inexplicable de l'être aimé — Asako choisit de s'exiler dans une autre ville pour refaire sa vie —, l'histoire prend un tournant encore plus étrange lorsqu'elle se retrouve, deux ans plus tard, nez à nez avec un jeune homme qu'elle prend dans un premier temps pour Baku, son amoureux disparu. Perturbée par cette rencontre, Asako décide pourtant d'en savoir plus sur ce charmant sosie et découvre peu à peu Ryohei dont l'ouverture et l'optimisme tranche avec le côté mystérieux et renfermé de Baku. Tous deux incarnés par le même acteur — Masahiro Higashide, un fidèle des films de Kiyoshi Kurosawa, l'ancien professeur du réalisateur —, Baku et Ryohei ont chacun une attitude et un look qui leur est propre. Pour les différencier un peu plus, Ryohei parle le "kansai-ben" — un dialecte de la région de Kansein — alors que Baku parle le "hyojun-go" — le japonais standard — : une subtilité qui échappe à nos oreilles de spectateur français. Mais ce qui marque Asako c'est évidemment leur ressemblance physique. L'attirance d'Asako pour Ryohei renvoie le spectateur à ses propres inclinaisons lorsqu'il s'agit de choisir un partenaire qu'il soit sexuel ou amoureux. Asako I & II sème le trouble et pousse à s'interroger sur l'étrangeté de la situation avec une avalanche de questions liées à l'attirance amoureuse. Pour certaines personnes les partenaires qu'elles choisissent prouvent souvent de façon flagrante qu'elles s'attachent à un type de physique particulier mais la réflexion peut également s'étendre au choix de leur personnalité, voire des deux combinés. Le choix d'Asako de se mettre en couple avec Ryohei — grâce ou malgré son physique rappelant celui de Baku ? — nous renvoie à nos propres critères, qu'ils soient assumés, ou le plus souvent inconscients. Asako n'est-elle pas irrémédiablement attirée par une sorte d'idéal comme nous courrons tous après un partenaire fantasmé qui n'existe probablement pas ? Cette quête n'est-elle pas le fruit d'une construction abstraite héritée du premier amour ? Avec son jeu de miroir dérangeant, Ryûsuke Hamaguchi explore les mystérieux rouages de l'attraction amoureuse et il est difficile, en étant un tant soit peu honnête, de condamner l'inclinaison de la jeune femme, aussi étrange qu'elle puisse paraître.

Asako I & II

Un petit peu fantasque

Encore plus perturbant que sa disparition inexpliquée, le retour de Baku place Asako devant un choix cornélien. Le fantôme de l'ancien amant devenu mannequin est dans un premier temps discret mais omniprésent : son visage s'affiche sur les publicités ornant les murs de Tokyo ou encore dans des spots à la télévision. Difficile de lui échapper dans ces conditions. Baku est le personnage qui par sa disparition et le mystère qui l'entoure fait planer sur le film une ambiance énigmatique où la romance flirte avec le fantastique. Mais lors de cette seconde partie du film, ce sentiment de danger potentiellement surnaturel entourant Asako s'estompe progressivement pour être totalement délaissé. La tension retombe alors que Baku réapparaît et le film se recentre sur un dilemme amoureux. La disparition de l'élément fantastique, sans gâcher totalement le dénouement, peut néanmoins laisser le spectateur sa faim. En invoquant le mystère pour, au final, le désacraliser Ryûsuke Hamaguchi prend le risque de décevoir. Mais cette déception est presque excusable tant elle entre en phase avec la prise de conscience tardive de la jeune Asako.

Romance troublante mettant en scène une jeune femme partagée entre son premier amour et son sosie, Asako I & II interroge les critères insaisissables de nos choix amoureux à travers un trio improbable. Un drame romantique intriguant qui perd cependant un peu le spectateur avec une ambiance fantastique qui n'est pas totalement assumée.

> Asako I & II (Netemo sametemo), réalisé par Ryûsuke Hamaguchi, Japon, 2018 (1h59)