Des lignes à croquer

mardi 26 juill. 2011 | Anthony Renaud
Le métro et la vie souterraine parisienne les inspirent. De lignes en ligne est un collectif de croqueurs qui regroupe, sur un site participatif, des centaines de dessins au format et au style variés. Symbole de la qualité du projet, les travaux des croqueurs ont été choisis pour être exposés à la galerie Maghen, spécialisée dans la bande dessinée.
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Bandini, Lecteur à moustache | Site internetSimon, une violon, une guitare, une contrebasse... | Site internetMarie Beaunay, Dans l'agenda 2. | Site internetJean-Matthieu Tanguy, Une femme et son sac. | Site internetCapture du site delignesenligne.com, ligne 12.Capture du site delignesenligne.com, ligne 14.Luc Grateau, Enrique Flores, Enrique Flores, Bandini, Bluesman. | ExpositionBandini, Couple de vieux avec chien. | ExpositionFlopi Lazare, Ligne 9 - Polyptyque jaune et marron. | ExpositionJean-Martial Dubois, Grand Rex. | ExpositionJoelle Jolivet, Lecture. | ExpositionLapin, Métro. | ExpositionLaurent Maffre, Laurent Maffre, Ligne 11 - Belleville. | ExpositionLéely, Martin Trystram, Nicolas Barberon, Gens dans la rame. | ExpositionOlivier Martin, iPad 2. | ExpositionOlivier Martin, La motte Piquet Grenelle. | ExpositionPierre-Henry Gomont, Vincent Perriot,

Ils sont 63. 63 dessinateurs, graphistes, illustrateurs ou peintres. Etudiants ou plus expérimentés. Anonymes ou déjà publiés. Ils ne se connaissent pas toujours. Un lien les unit pourtant : des croquis du métro parisien. Plutôt que de les laisser s'exprimer chacun dans leur coin, Nicolas Barberon a eu la bonne idée de les regrouper au sein d'un collectif, De lignes en ligne. Et de créer un site internet. Lui qui ne possède ni téléphone portable, ni télévision et encore moins un profil Facebook a rassemblé des croquis du métro sur un site participatif sonore, visuellement très réussi, très bien conçu, où la navigation se fait par lignes de métro ou de RER. C'était il y a deux ans. « J'ai lancé ce site très naïvement. Au début, nous étions cinq ou six auteurs, précise le graphiste qui œuvre chez l'éditeur Glénat. Je me suis occupé de la partie graphique et j'ai dû m'entourer de personnes pour le côté technique. Je ne suis pas très branché internet, au-delà de l'outil de communication. Il n'y avait vraiment rien de planifié. Tout se fait par étape, sans se précipiter, à mon rythme ».

Sur le site, se côtoient des portraits de travailleurs, de touristes, d'enfants, des silhouettes. Des instants saisis sur le vif sur le quai, dans les rames. Des voyageurs pensifs, inquiets, endormis, plongés dans leur roman, concentrés sur leur iPhone ou solidement accrochés à la barre de la rame. Des ébauches en couleurs et en noir et blanc. Aux crayons de couleur comme Amélie Graux, au stylo-pinceau comme Enrique Flores, ou au stylo à bille. Les croqueurs étaient au début démarchés par Nicolas Barberon lui-même. Parmi les premiers à faire partie de la petite troupe, Santiago Bordils, Olivier Martin, Lapin, Simon et Léely.

 

Rapidement, le site s'est fait connaître dans le monde des dessinateurs. Aujourd'hui, ce sont eux qui contactent Nicolas pour proposer leur vision de cette "métroscopie de la vie souterraine en croquis". Le fondateur De lignes en ligne doit désormais sélectionner les croquis qui vont venir compléter les centaines d'autres. « J'essaie de retenir des croquis dont le style n'est pas encore présent sur le site. Je fais très attention à la qualité, au style, au cadrage et à la technique utilisés. Egalement si c'est un dessin humoristique ou plus sérieux. Evidemment mes goûts entrent en jeu, mais l'objectif est bien de proposer des choses et des points de vue différents. Tout cela se fait dans la bonne humeur ».

« Il faut que le croquis raconte une histoire »

Mais pourquoi se consacrer à ce point au métropolitain ? Nicolas Barberon serait-il de ces collectionneurs menacés par l'addiction au monde souterrain ? "Non" catégorique de l'intéressé. « Le métro, ce n'est pas une passion à l'origine. Je ne fais la collection ni de maquettes, ni de photos. Simplement, depuis que je suis à Paris, je passe beaucoup de temps dedans. Et ils se passent plein de choses pendant que les voyageurs attendent pour aller d'un point A à un point B. C'est un lieu de passage et de mouvement ».

Nicolas Barberon est devenu spécialiste de la ligne 12 qui l'emmène quotidiennement au travail. Depuis ses études aux Arts Appliqués Duperré à Paris, il a découvert et adopté les lignes 3 puis 9. Autant de moments qui lui ont permis de dévorer du regard les passagers, avant de les croquer sur ses carnets dont il ne se sépare jamais. Aussitôt installé, il dégaine ses instruments après avoir longuement observé, dévisagé les usagers. A la recherche d'un dialogue, d'une anecdote, d'une expression, d'une position insolite. « Ca peut être un détail, une conversation. Des matins, il ne se passe rien. Mais dès que je me sens inspiré, je me précipite sur mes crayons. J'aime bien dessiner les personnes âgées par exemple, explique celui qui apprécie le travail de Cabu et de Luz. Une fois, j'ai croqué un homme en costard-cravate qui était affalé sur son siège tellement il était fatigué. C'est son attitude qui a retenu mon attention. J'ai des piles et des piles de carnets de dessins. Mais tous ne sont pas bons. Il faut que le croquis raconte une histoire ».

Du site internet à la Galerie Maghen

Avec la qualité des auteurs présents, des profils et des styles très différents, le site delignesenligne.com n'a pas tardé à se faire remarquer. Il y a un an, les premiers contacts se sont noués avec la galerie parisienne Maghen. Un lieu tout entier dédié aux expositions de bandes dessinées et proposant à la vente des planches originales. Après le grand dessinateur belge Maurice Tillieux et le maître italien de la BD érotique Milo Manara, c'est bien De lignes en ligne qui a droit à son exposition collective sur les quais de Seine ! Une vingtaine de croqueurs et une centaine de dessins - la plupart des originaux réalisés spécialement pour l'occasion - sont ainsi exposés ce mois de juillet. « C'est incroyable et impressionnant de se retrouver dans cette galerie, lance le Savoyard. Un lieu où a été exposé Gotlib, avec qui j'ai eu mon premier choc graphique quand j'étais jeune ! C'est grâce à lui que je dessine. Il n'y a que du beau monde ici. »

Au mur, Luc Grateau et ses portraits à l'huile peints sur des tickets de métro ouvrent l'exposition et côtoient les illustrations au pastel de Joëlle Jolivet et les dessins à la pierre noire de Laurent Maffre. A chacun son format, son support et sa perception du métro et plus généralement de la vie souterraine. « C'est complètement différent de ce qui se fait ici habituellement, mais ce collectif est une très bonne idée, souligne Daniel Maghen, fondateur et directeur de la galerie du même nom. J'aime beaucoup le concept, la démarche. C'est atypique pour nous mais très intéressant. Nous avons pris un petit risque avec des auteurs peu connus mais c'est rafraîchissant. » Les dessins du collectif se vendent entre 65 et 850 euros... contre plus de 4 000 euros à débourser pour une planche originale à l'encre de chine de Manara.

Après l'exposition, Nicolas Barberon a déjà sa petite idée de la suite à donner au projet : un ouvrage regroupant l'intégralité des croquis du site internet. Un rêve, une envie. « J'y pense depuis le début. Mais comme les choses se font un peu au hasard, au gré des rencontres... »

 

> Pour en savoir plus :
Le site De Lignes en ligne.

> Exposition thématique sur le métro parisien à la galerie Daniel Maghen, du 6 juillet 2011 au 30 juillet 2011. 47 quai des Grands Augustins 75006 Paris.
> Des croquis du collectif De lignes en ligne sont aussi présentés au musée des Arts et Métiers à l'occasion de l'exposition Métro...Ticket pour une expo, du 7 juin 2011 au 1 janvier 2012.

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