Un mariage gay en 2012 ?

vendredi 1 juill. 2011 | Dorothée Duchemin

Alors que plusieurs pays d’Europe ont déjà adopté une loi en faveur du mariage homosexuel, la France ne s’y résigne toujours pas. Seul un reversement politique, lors de la prochaine présidentielle, pourrait-il changer la donne ?

La légalisation du mariage homosexuel en France, un débat qui tombe à point nommé, alors que les concurrents s’échauffent pour la course à la présidentielle. Le Parlement s’est prononcé contre, le 14 juin dernier. Tout de même, la question du mariage homosexuel est un enjeu de société qui s’invite dans la présidentielle. Avec David Paternotte, chercheur à l’Université Libre de Bruxelles et auteur de Revendiquer le mariage gay, Citazine s’interroge sur l’évolution du discours politique autour du mariage homosexuel et sur les raisons pour lesquelles la France a pris du retard. La France qui se vantait, lorsque le Pacs fut voté en 1999, d’être l’un des pays les plus progressistes d’Europe en matière de reconnaissance des droits des homosexuels, est aujourd’hui en retard.

Un clivage politique

En Europe, sept pays ont légalisé le mariage homosexuel. La Suède, les Pays-Bas, la Finlande, la Belgique, le Portugal, l’Islande et l’Espagne. À l’exception du premier, tous ont voté cette loi sous un gouvernement de gauche. En France, la loi devrait également passer si un candidat de gauche remporte l’élection présidentielle.

La légalisation du mariage homosexuel s’est hissée, durant cette décennie, dans le rang des arguments de campagne de la gauche européenne. Elle est l’une des trente propositions phares du programme socialiste. « Comme pour Zapatero en Espagne, la question du mariage homosexuel, outre l’égalité des droits de l’homme, est devenue une question politique. Il fallait autoriser ce mariage pour que la gauche se distingue de la droite en affirmant sa modernité », analyse David Paternotte. C’est aussi l’objectif du PS, en France. « Le PS a compris l’enjeu. Avec cette proposition de loi (défendu par le député Patrick Bloche et votée le 14 juin dernier, NDLR), il a fait rebondir le débat et surtout, l’a politisé avant l’élection présidentielle. » Et à droite, on est sorti du bois.

Une droite disparate

Pour David Paternotte, « le débat qui a eu lieu à l’Assemblée nationale a poussé certaines personnalités de droite à se prononcer pour. »
Le débat a en effet montrer qu’au sein de la droite, les divergences internes étaient nombreuses. Roselyne Bachelot, favorable au mariage homosexuel, a en effet déclaré, au lendemain du vote, qu’elle était confiante, « qu’un jour, le mariage entre personne du même sexe existera dans notre pays. » Elle avait alors déchainé la colère de la "droite populaire". Trois députés appartenant à cette branche dure de l’UMP, Philippe Meunier, Jacques Myard et Jean-Paul Garraud, avaient immédiatement réclamé la tête de la ministre. Sans succès. Fillon, Copé n’ont même pas condamné les propos de celle qui a toujours nagé à contre-courant de son parti sur ces questions de société. Elle n’est pas toute seule, Chantal Jouanno, Jeannette Bougrab, Franck Riester, jeune député UMP, et d'autres, lui prêtent main forte.

Quant à Alain Juppé, il a fait son coming-out en début de semaine, se déclarant pour une égalité des droits entre hétéro et homosexuels. « Certains, à droite, et à l’UMP notamment, sont pour mais ne veulent pas fâcher la frange droite catholique intégriste du parti », explique David Paternotte. La realpolitik, on le sait, implique une logique électoraliste. Ceci étant, le débat qu’a engendré le vote du 14 juin dernier montre une droite disparate qui s’agite en interne et évolue.

Un débat français

Si les clivages politiques sont les mêmes partout en Europe concernant le mariage entre deux personnes du même sexe, il existe tout de même une exception française. Le débat français s’est en effet cristallisé autour de la symbolique du mariage et de l’avenir de la famille, ailleurs les débats sont plus rationnels, moins passionnés. « En Belgique, il n’a jamais été question de l’ordre symbolique », raconte David Paternotte. En observateur extérieur de la France, il ajoute : « la France écoute beaucoup plus ses intellectuels que les autres pays, de même que l’anthropologie et la psychanalyse occupent une place importante dans le discours. » Les discours passionnés engendrés par le mariage ont eu pour effet de bloquer le débat. Et de le cristalliser autour de la symbolique du mariage et de la morale. Une morale, qui d’ailleurs, a longtemps été également un attribut du PS.

Le PS, longtemps divisé

« Le PS est longtemps resté imprégné d’une morale issue de la morale chrétienne », indique David Paternotte. Si aujourd’hui l’ensemble de la gauche, et plus particulièrement le PS, marche en ordre de bataille, les opinions divergeaient voici peu de temps encore. « Le mariage de Bègles a fait bouger les lignes. » Les Verts militent en faveur du droit au mariage pour les homosexuels depuis les années 90, ce qui n’est pas le cas des socialistes. C’est le mariage de Bègles, célébré par Noël Mamère en juin 2004, qui a poussé le Parti socialiste à prendre une position claire. Auparavant, un discours mou sans réelle conviction. Le mariage a ensuite été invalidé, ce qui a radicalisé les positions. Le PS ne pouvait plus reculer.

Le Pacs a-t-il endormi les militants ?

« Les mentalités sur le sujet dans les différents pays d’Europe, sont les mêmes partout, à peu de chose près. Les revendications militantes pour le mariage des homosexuels sont nées en Europe au même moment. » Apparues vers 1996-97, les velléités matrimoniales sont rapidement contentées, en France, par le vote du Pacte civil de solidarité (Pacs). À cette époque, le pays était largement en avance sur ses voisins européens. Les militants et progressistes y voyaient une belle avancée en matière de droit des homosexuels, les autres, contre, pensaient au moins avoir éviter un débat sur le mariage. Celui-ci a poursuivi sa route dans les autres pays. Et le mariage homosexuel a été adopté par certains d’entre eux. « En France, il n’en a plus été question pendant un moment. Les militants étaient heureux de la victoire du Pacs. »

La question de la laïcité

Depuis 1905, date de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la laïcité est farouchement défendue comme un pilier de la République. Quiconque ose la remettre en question est immédiatement conspué par ses pairs. Il ne s’agit plus d’un combat à mener, elle est acquise. En Espagne, la question du mariage homosexuel est devenu un symbole d’affranchissement de l’Eglise. « Le bras de fer a servi les milieux laïcs pour combattre l’Eglise. Si on est en faveur du mariage homosexuel, on est contre l’Eglise. La légalisation a renforcé leur assise dans l’opinion. En France, la laïcité rend moins saillant l’aspect laïc des choses. » Alors, on ne se bat plus pour ces questions.

De même que cette droite dure française, farouchement opposée à une évolution de la famille, l’est par conviction religieuse. Pas question de toucher à l’un des derniers bastions de moralité chrétienne ! « En Belgique, cette droite n’existe pas ou est moins entendue », témoigne David Paternotte.

Dans la grande majorité des pays d’Europe où le mariage gay est légal, c’est l’arrivée de la gauche au pouvoir, quand elle y était prête, qui a permis cette avancée. En France, la majorité de l’opinion, et la gauche, dont le Parti socialiste, y sont prêtes. La droite ne l'est pas encore. Verdict le 6 mai 2012.
 

David Paternotte, Revendiquer le mariage gay, Belgique, France, Espagne, édition de l'Université de Bruxelles.

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