Superstar, ou les aléas de la célébrité pour les nuls

jeudi 30 août 2012 | Etienne Baiffer

On a connu Xavier Giannoli plus inspiré. Son dernier film tient davantage de la caricature fainéante que de la farce caustique.
 

La célébrité est tombée sur Martin Kazinski comme la foudre. Sans prévenir, sans qu’il sache pourquoi. C’est dans le métro que ça commence, un matin. La rame est bondée. Les visages sont figés. Jusqu’à ce qu’un premier voyageur l’appelle par son nom. Tous les autres semblent alors le reconnaître, le prennent en photo, lui demandent des autographes. Il fait le buzz et en ignore la raison.

Kad Merad prend le métro. Photo Wild Bunch Distribution

Cette ouverture mâtinée de fantastique – sorte de variation anxiogène du sketch de To Rome With Love, de Woody Allen, sorti cet été, montrant Roberto Begnini composer avec les joies et aléas d’une célébrité aussi fulgurante qu’inexplicable – intrigue plus qu’elle n’amuse. Mais Xavier Giannoli ne poursuit pas dans cette veine, préférant mêler le pamphlet consensuel et un brin démago stigmatisant le cynisme des médias (tous des salauds !) à un début de réflexion sur ce que veut dire être célèbre à l’heure des réseaux sociaux et de la téléréalité. Le curseur oscille constamment entre caricature, parodie, farce et charge agacée. Si Superstar ne ronronne pas, il ne vise pas toujours juste. Aux passages les plus inspirés (celui montrant un cri devenir un mème, ou Kazinski sympathiser avec un artiste) succèdent d’autres séquences plus balourdes où Giannoli souligne à gros traits ce qu’il veut dénoncer (la célébrité qui peut s’acquérir sans talent particulier, le public et les médias qui brûlent ce qu’ils ont adoré, la capacité d’un smartphone à transformer un quidam en paparazzi…), le tout parsemé de symboles sur-signifiants (le collègue qui collectionne les touches « x » des claviers d’ordinateurs parce que c’est "l’inconnue de l’équation", le lancer de chaussure dont fut victime George W Bush assimilé et repris par le grand public comme un geste de contestation…).

Cécile de France et Kad Merad. Photo Wild Bunch Distribution

D’où l’impression d’assister à la mise en image de "La Célébrité pour les nuls", chapitre désagréments divers. A cela se greffe une intrigue sentimentale qui n’apporte pas grand-chose, si ce n’est qu’elle offre l’occasion d’insister sur le fait que "ces gens des médias" sont incapables de bien aimer. Xavier Giannoli a démontré par le passé qu’il était capable de réaliser de superbes portraits sensibles d’hommes seuls (le crooner de thés dansants de Quand j’étais chanteur, l’escroc mythomane de A l’origine…), il ne le confirme pourtant pas ici. Superstar apparaissant souvent aussi vain et superficiel que la célébrité de son héros.

> Superstar de Xavier Giannoli, France, 2011 (1h52)

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