"Le sens de la fête", le bonheur des autres

mercredi 4 oct. 2017 | Marco Pierrard

Intéressant

Traiteur depuis trente ans, Max est chargé d'organiser un mariage très classe dans un château du 17ème siècle. Entouré de son équipe, il va devoir affronter des aléas qui risquent de transformer ce jour spécial en fiasco. Film chorale sympathique, Le sens de la fête ne brille malheureusement pas par son originalité et se perd dans un enchevêtrement d'histoires qui, au final, ne raconte pas grand chose. Une fiesta divertissante, sans plus.

Depuis trente ans qu'il est traiteur, Max (Jean-Pierre Bacri) a organisé des centaines de fêtes, au point de ressentir une certaine lassitude. Pour cette nouvelle mission, il est chargé de mettre en place un sublime mariage ayant pour cadre un château du 17ème siècle. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale… Tout est prêt pour que ce jour soit le beau de la vie des mariés et un souvenir inoubliable pour tous les invités. Malheureusement, la loi des séries va venir bouleverser ces préparatifs et  chaque moment de bonheur et d'émotion risque de basculer dans le chaos. Des répétitions jusqu'à l'aube, la nouvelle réalisation de Nakache et Toledano dévoile les coulisses d'un mariage où les états d'âme et fortes personnalités de l'équipe organisatrice risquent à tout moment de gâcher la fête.

Le sens de la fête © photo Gaumont - Main Journey - Quad Productions

Casting festif

Pour leur nouveau film, les réalisateurs de l'énorme succès populaire Intouchables (2011) s'entourent d'une bande de comédiens, stars confirmées ou acteurs plus novices, tous excellents. On retrouve Jean-Pierre Bacri dans la peau d'un chef d'équipe râleur — évidemment — qui va devoir gérer les diverses catastrophes qui s'enchaînent tout au long de la journée afin qu'elles ne viennent pas ruiner la fête. Si ce rôle renvoie l'acteur à son image de bougnon de service du cinéma français qu'il endosse pour la énième fois, sa prestation reste efficace et assez touchante lorsqu'il se révèle quelque peu fatigué par ce rôle d'organisateur de fêtes, dans l'ombre du bonheur des autres. Dans cette galerie de personnage plus ou moins instables : Guy (Jean-Paul Rouve), photographe boulet mais attachant que seul son ami Max embauche encore par pitié pour lui, James (Gilles Lellouche) le DJ à l'ancienne qui remplace à la dernière minute un collègue plus célèbre et "hype" que lui et Julien (Vincent Macaigne), serveur qui retrouve une ancienne amoureuse depuis longtemps perdue de vue au bras du marié, sont autant de profils certes désespérants mais attendrissants. Dans ce casting relevé, Benjamin Lavernhe mérite une mention spéciale pour le rôle de Pierre, le mari totalement imbu de sa personne et odieux qu'on adore détester. Pris à part, chaque membre de l'équipe de Max est attachant et les blagues qui n'ont pas déjà été éventées dans les bandes annonces fonctionnent bien mais, en prenant du recul sur cette soirée qui part en vrille, le tableau général ainsi que la conclusion de cette comédie a de quoi laisser perplexe.

Le sens de la fête © photo Gaumont - Main Journey - Quad Productions

Trop de charges tue la fête

À l'image d'un karaoké, le problème d'un film chorale est parfois le nombre de chanteurs, et c'est ce qui fait de cette comédie festive une réussite en demi-teinte. Malgré sa durée de près de deux heures et des prestations impeccables, chaque personnage semble manquer de place pour s'exprimer totalement. Les problématiques évoquées : adultère, compétition au travail, esprit d'équipe… semblent se régler d'elles-même sans avoir véritablement le temps d'être explorées. On doit toutefois reconnaître chez Nakache et Toledano une vraie tendresse et empathie pour leurs personnages, avec un casting diversifié qui ne sert pas d'alibi pour sans cesse essentialiser les personnages par rapport à leurs origines, réelles ou supposées. Il est agréable de constater qu'une comédie française n'est pas obligé d'appuyer sur des clichés xénophobes plus ou moins assumés — coucou Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? (2014) et l'encore plus problématique À bras ouverts (2017) — pour provoquer un rire lourd de préjugés, sous couvert de dénonciation du racisme. Il s'agit là d'une petite victoire dans l'univers parfois peu glorieux des comédies à la française.

Ce qui manque à cette fête — au-delà de l'énergie des acteurs et des bons mots — pour totalement enthousiasmer le spectateur est surtout un propos original. Une fois les invités partis, les tables débarrassées et les décorations rangées que reste-il ? Un hommage sympathique aux "petites mains" qui œuvrent dans l'ombre pour permettre aux autres de rêver et s'amuser ? Certes, mais c'est un peu court, d'autant plus que la tirade du film la plus enflammée du film on la doit à Max qui râle, évidemment. Alors qu'il s'attend à être coincé par un inspecteur du travail, le traiteur se lance dans une défense des petits patrons qui aimeraient embaucher mais ne peuvent pas, écrasés qu'ils sont par les charges… De là à dire que les deux réalisateurs se seraient "macronisés" ces derniers mois il n'y a qu'un pas qu'on n'oserait franchir... Le sens de la fête est en tout cas assez éloigné dans l'esprit de Samba (2014) [lire notre chronique], comédie qui osait faire rire avec un sujet délicat. Pour cette nouvelle comédie, le duo de cinéastes semblent avoir revu à la baisse leurs ambitions, à moins qu'ils ne cherchaient qu'à divertir, sans autre arrière pensée, livrant là probablement leur définition du sens de la fête.

Réunissant un casting — trop ? — foisonnant, Le sens de la fête est une comédie sympathique mais moins convaincante que les films précédent du duo Nakache et Toledano. Un film qui est finalement à l'image d'un mariage classique : on s'y amuse, on est — plus ou moins — ému et, à la fin de la journée, alors qu'on range son smoking ou sa robe dans le placard, on l'a déjà un peu oublié. Jusqu'au prochain...

> Le sens de la fête, réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano, France, 2017 (1h57)

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