Promenons-nous dans les bois

jeudi 11 août 2011 | Dorothée Duchemin

Pourquoi notre chère rubrique Cul-de-sex peut-elle bien s’intéresser à des hommes qui aiment se déguiser en animaux ? Parce que ces créatures, mi-homme mi-bête s’adonnent parfois, à la nuit tombée, aux plaisirs de la chair. Et sans quitter leur vêtement duveteux. On les appelle les furverts.

Au départ était le fandom furry, une communauté d’innocentes personnes captivées par le furry, un mouvement culturel né dans les années 80 et qui prête aux animaux des caractères humains. Fur en anglais désigne la fourrure animale. Un furry, des furries, voilà pour le vocabulaire.

Ces "Manimal" se déplacent sur deux jambes, parlent, adoptent un mode de vie humain. Une déclinaison de l’anthropomorphisme mais qui ne concernerait que les animaux. On en trouve par exemple dans les dessins animés de Walt Disney où l’animal est au moins l’égal de l’homme, les jeux vidéo avec des héros comme Sonic, plus astucieux que Mac Gyver, ou les fables de Jean de la Fontaine, peuplées d’un bestiaire qui n’a de cesse de nous faire la morale. Films, peintures, poésie, livres, bandes dessinées, le furry est un véritable mouvement artistique.

Des conventions poilues

Il compte de nombreux adeptes qui apprécient, à l’occasion, de se réunir en convention où ils ont l’occasion de se parer d’un costume de leur personnage à poils durs, longs ou courts, préféré. Tic ou Tac, Gros Minet, Roger Rabbit, les héros ne manquent pas. Il porte ce qu’on appelle dans le jargon du fandom furry, un fursuit.

Les furries sont surtout présents au Canada et aux Etats-Unis, mais se développent actuellement en Europe. L’une des conventions les plus en vogue est d’ailleurs européenne, la Londonfurs. L’Eurofurence, aura lieu, quant à elle en Allemagne la semaine prochaine.
Jusqu’ici, rien de très surprenant. Les furries choisissent la bête, le héros de cartoon ou de mangas qui leur ressemblent le plus et expriment une identité à travers leur animal. Pousser à l’extrême, c’est un art de vivre. Durant ces conventions, ils peuvent dormir furry, manger furry et, pourquoi pas, s’accoupler furry.

Car ces peluches grandeur nature, ces chattes, ces matous, ces lapinous, trouvent également refuge dans les sous-bois de la couronne britannique, surtout, et y sont particulièrement coquines. C’est bien le plaisir sexuel et non la reproduction que cherchent ces mammifères aux mœurs sauvages. A la lecture de ce texte, de nombreux furries feraient la moue. La plupart d’entre eux n’est en effet pas adepte des parties de jambes en l’air en pelage, poils contre poils, et craignent qu’elles nuisent à une image déjà fragile : « La plupart des gens qui pensent à nous se disent qu’on porte un suit et qu’on couche ensemble (…). Dans la réalité, c’est seulement une infime partie qui a ce genre de pratique », témoigne un adepte auprès du site canadien Montréal Campus. Tous ont tout de même un point commun : les costumes sont intégraux, de la tête au pieds, mains incluses.

Les chastes contre les lubriques

Le jeune homme cite également ce fameux épisode des Experts qui a mis la chaste communauté complètement sans dessus dessous : convention furry, meurtre noyé dans des pratiques sexuelles débridées. En lisant les commentaires, on se rend compte que le prude renard ne veut surtout pas se mélanger au chaud lapin et n’accepte pas que les non initiés ne les réduisent qu’à ce petit groupe de fétichistes furries, né en Angleterre.

Le porno anthropomorphique est pourtant florissant sur le Net et peut également être intégré dans le mouvement culturel furry au sens large. Mais nous ne prendrons pas part à la querelle des vertueux contre les lubriques.

Le petit coup dans les bois

Bien malgré nous, c’est le matou libidineux qui a retenu notre attention et non l’amical Teddy Bear. Les libidineux, ceux qui, à la nuit tombée, se rendent à des rendez-vous érotiques non en tenue d’écolière ou combinaison de latex, mais en Hello Kitty, reine incontestée de l’anthropomorphisme, érigée en ambassadrice du Japon.

Ce groupe dans le groupe porte un nom qui permet de les identifier du reste de leur sage congénère : les furverts. Rien à voir avec une pratique écolo, furverts est la contraction de deux mots anglais. Furring et pervert. Pervert ? La jeune biche est en tout cas toujours rattrapée par le grand méchant loup ou le gros chat vorace. Le fursuit de Sylvestre le chat, trop lourdeau pour attraper le virevoltant Titi, est d’ailleurs un costume très en vogue.

Les membres de la communauté se rencontrent le plus souvent dans une forêt, parce que les animaux se sentent mieux dans la nature, et, malgré la chaleur des corps, gardent leur déguisement. Tout débute comme un jeu de rôle, un cache-cache chaste, pour terminer dans les fourrées sur un lit de lichen et feuilles mortes. Une fois le petit lapin attrapé, reste à l’apprivoiser. Les rapports sexuels entre furries se nomment le Yiff. Les deux créatures ne s’accouplent pas, elles yiffent. Méfiance donc lors des promenades dominicales en forêt.

On le sait bien, l’habit ne fait pas le moine. Le lapin peut s’avérer beaucoup plus coriace que le loup et le tigre bien plus doux que l’agneau. Toutefois, si vous êtes prudents, et comme ne le dit pas la comptine, « promenons-nous dans les bois surtout si le loup y est ».
 

> Un grand merci à Michael Cogliantry, photographe américain, pour ses photographies. Il est l'auteur de Furverts, paru en avril 2009, chez Chronicle Books. Une plongée dans la sous-culture Furverts.

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