Les pérégrinations de Banksy à New York

mercredi 23 oct. 2013 | Dorothée Duchemin

Depuis le début du mois d’octobre, Banksy est partout dans New York. Il revient avec un film qu’il réalise chaque jour : Better out than in, son dernier chef d’œuvre. Retour sur les aventures de Banksy à New York. 

L’aventure commence le 1er octobre dernier au cœur de Manhattan. Banksy le mystérieux est en résidence artistique à New York depuis le début du mois. Sur un mur de Manhattan, il laisse son premier pochoir, avec ses fameux gamins qu’on connaît bien, Graffiti is a crime.

On n’avait plus autant parlé de lui depuis la sortie de son documentaire "Faites le mur" en 2010. On n’a même entendu dire qu’il avait vendu son âme aux exigences du marché de l’art.  Pourtant, il est de retour. Même jeu avec les éléments urbains, mêmes messages drôles et provocateurs.

Sur un site dédié, il poste chaque jour les photos de ses œuvres disséminées ça et là dans la ville. C’est une quotidienne qui fait courir les fans qui veulent absolument photographier le dernier Banksy. Qui fait aussi courir ses détracteurs qui veulent absolument détruire, ou vandaliser, le dernier Banksy. Les premiers doivent faire vite pour arriver avant les seconds.

Avec un sens aiguë de la mise en scène, le mystérieux street artist expérimente un concept surprenant dans la Grosse Pomme. Son nom : Better out than in, littéralement, Meilleur dehors que dedans. Une exposition à ciel ouvert et à l’échelle d’une ville, un jeu de piste, une blague, une performance multimédia, Better out Than in, c’est tout ça à la fois. On serait bien incapable de dire ce qui nous fascine le plus, les œuvres ou cette incroyable et exemplaire mécanique de communication.

Banksy chef d'orchestre

Depuis le début du mois, Banksy jongle entre les pochoirs, les graffitis et les performances. Le 5 octobre, l’opération Better out than in commence à titiller sévèrement la sphère médiatique. Dans un vieux camion de livraison, il crée un jardin miniature à la végétation luxuriante, un arc en ciel et un soleil dans le fond. Depuis, on ne s’arrête plus. On décrypte les messages cachés ou métaphoriques du facétieux et malin Banksy. Banksy, le chef d’orchestre, tire les ficelles, faisant de nous ses pantins. Qu’il en soit ainsi !  

Le 11 octobre, Bansky effraie les petits enfants avec un camion d’abattoir débordant d’animaux en peluche qui hurlent à la mort. Baptisé Sirens of the Lambs, l’événement rend hommage au Silence des Agneaux. « Voyez, enfants, dans quelles conditions meurent les animaux mignons », semble dire Banksy aux gamins. 

Entre deux, scoop du site britannique Mirror News. Banksy aurait été démasqué par un fan alors qu’il réalisait une fresque dans la nuit new-yorkaise. Bleu de travail, casquette vissée sur la tête.  La chose ne nous a pas agité bien longtemps. Le feuilleton est beaucoup plus intéressant que l'identité du réalisateur. Surtout parce que Banksy est complètement dilué dans son feuilleton, il est en train de devenir un concept. L'homme derrière le concept se montre toutefois plus charnel le 9 octobre, avec une interview donnée au site new-yorkais, Village Voice.

Un Banksy pour 60 dollars 

Le 13 octobre, c’est le point d’orgue de l’aventure new yorkaise de Banksy. Il organise dans Central Park une vente à la sauvette de ses œuvres, 60 dollars pièce. L’échoppe tenue par un homme âgé a occupé une place, le temps d’une journée, aux côtés d’autres marchands ambulants. Seulement huit pièces ont été vendues, alors qu’elles valent 500 fois plus sur le marché de l’art où les collectionneurs se les arrachent. S’il en avait vendu davantage, il aurait raté son coup. Pourquoi ? Parce que l’objectif de la farce c’est de démontrer que le prix d’une œuvre est fixée en fonction de la cote d'un artiste et non en fonction de sa véritable valeur artistique. 

Alors que la plupart des œuvres est vandalisée ou effacée par les pouvoirs publics, le pochoir réalisé le 15 octobre fait l’objet d’une attention toute particulière. A Tribeca, dans le bas d’un mur, se dressent les tours jumelles du World Trade Center. Sur l’une des tours, un chrysanthème orange, comme pour signifier l’attentat. Le pochoir est recouvert d’un plexiglas. Depuis, des new yorkais viennent pour s’y recueillir.

Le 16 octobre, c’est le bel empire américain qui mange, en la personne de Ronald McDonalds. Un gamin des rues nettoient les chaussures du clown, tête basse. Lui le toise comme un insecte. La scène est reproduite, tous les jours, à l’heure du déjeuner devant un restaurant du fast food, symbole de l’Amérique tentaculaire.

Le 18 octobre sous la High Line, deux toiles sont suspendues. Un banc permet de s’asseoir pour les observer. Un vigile surveille. Volonté du propriétaire de garder les lieux ? Nouvelle mise en scène de Banksy ? Ca se pourrait bien. Sur son site, ce texte accompagne les photos : « Les gens se demandent pourquoi je veux être exposés dans les rues. Mais avez-vous vu les galeries ces derniers temps ? Elles sont bondées ! »

La présence du vigile est sans doute un élément supplémentaire qui appuie la scène de musée que met en place Banksy. D’ailleurs dès le 1er jour, il avait joué avec ironie "le musée hors du musée" en nous faisant le coup de l’audio guide.  Un numéro de téléphone à composer pour entendre une explication docte de l’œuvre.

Le 20 octobre dans une vidéo tournée à Staten Island, Banksy fait ce qu’il a l’habitude de faire, jouer avec l’espace urbain. Il filme un nid de fourmis dans un mur, en prenant du recul, on découvre qu’étrangement ce trou ressemble à un vagin. On n’était pas hilare, mais quand même, on a souri.

Le 8 octobre, il avait écrit sur une porte bleue : « J’ai une théorie selon laquelle une phrase semble profonde en écrivant le nom d’un philosophe mort à la fin. Platon »

Durant ce mois d’octobre, Banksy démontre qu’il aurait tout aussi bien pu écrire : « J’ai une théorie selon laquelle une oeuvre semble profonde en écrivant le nom d’un artiste à la mode en bas. Banksy ».  

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