"Macbeth", la sauvagerie de Welles restaurée

jeudi 11 sept. 2014 | Marco Pierrard

Très bon

Le Macbeth d’Orson Welles ressort au cinéma en copie restaurée, dans sa version longue voulue par le cinéaste. L’occasion de (re)découvrir sur grand écran ce drame shakespearien selon Welles : une œuvre minimaliste et sauvage, du cinéma à l’état brut.

Alors qu’il rentre chez lui après une bataille victorieuse, Macbeth (Orson Welles), puissant général écossais, se voit prédire son avenir par trois sorcières ; elles lui annoncent qu’il deviendra thane de Cawdor puis roi d’Écosse. Peu de temps après, la première prédiction se réalise et Lady Macbeth (Jeanette Nolan) encourage son époux à forcer sa destinée. Exaltés par cette promesse de pouvoir, les deux conjoints assassinent le roi Duncan. Macbeth accède alors au trône mais la fatalité fera payer les deux meurtriers pour ce crime odieux.

Réalisé avec des moyens limités, le Macbeth d’Orson Welles possède une beauté minimaliste qui focalise l’attention sur son esthétique, proche de l'expressionnisme, et le texte de Shakespeare, librement adapté par le cinéaste. Un véritable tour de force, totalement exaltant.

© Mercury Productions // Republic Pictures // Carlotta Films Tous droits réservés

Orson et William

Avant de porter Macbeth sur grand écran, Orson Welles avait déjà adapté ce drame au théâtre et à la radio. Le "boy genius" n’a que 21 ans en 1936 lorsqu’il dirige la pièce, transposée en Haïti au XIXème siècle, avec un casting composé uniquement d’acteurs afro-américains. Surnommée le "Macbeth Vaudou", la pièce fait sensation dans une Amérique où la ségrégation raciale est encore d’actualité. En 1940, Orson Welles adapte Macbeth à la radio et en 1948, quelques mois avant le tournage du film, une nouvelle fois au théâtre. La proximité de Welles avec l’œuvre est telle qu’il n’hésite pas à s’approprier la pièce du célèbre dramaturge. On ne compte plus les passages coupés du texte original ou rajoutés par le réalisateur. Celui-ci crée même un personnage de prêtre, absent de la pièce d’origine. Malgré ces libertés prises avec le texte, ce Macbeth est considéré comme l’une des meilleures adaptations du dramaturge britannique à l’écran.

© Mercury Productions // Republic Pictures // Carlotta Films Tous droits réservés

De bric et de broc

Pour produire son film, le réalisateur s’est rapproché du studio Republic Pictures, plutôt habitué aux tournages de films de série B. Avec un budget très réduit – estimé à 75 000 dollars –, Orson Welles a du faire preuve d’imagination. Il a ainsi récupéré les décors de la pièce jouée quelques mois plus tôt et utilisé divers stratagèmes pour économiser temps et pellicule. Cette absence de moyens – les couronnes sont en carton – donne un aspect minimaliste à la production qui cache sa misère dans un brouillard omniprésent et des cavernes lugubres. Les mouvements de caméra verticaux viennent renforcer ce sentiment de pression constante sur les protagonistes du drame, le poids d’une destinée implacable. Ces plans, proches de l’expressionnisme, font de Macbeth un pur moment de cinéma où le style prime sur le reste. L’acteur est évidemment mis à nu dans cet environnement pauvre en artifices et la performance d’Orson Welles en Macbeth est saisissante. Une interprétation habitée – notamment dans la scène où Macbeth est hanté par le fantôme de sa victime – dans laquelle on ressent le fragilité d’un criminel déchiré entre la soif de pouvoir et son humanité.

Réduit, remonté, restauré

Sorti en 1948 aux États-Unis, Macbeth reçoit un accueil mitigé de la part du public et des critiques, les vers de Shakespeare déclamés avec l’accent écossais – pour rajouter un aspect "sauvage" au film – ne font pas l’unanimité. Le studio demande alors au cinéaste de revoir sa copie : 60% des dialogues sont réenregistrés et un nouveau montage, amputé de 20 minutes, est réalisé. Le film ressort en 1950 dans une seconde version qui ne connaitra pas un grand succès, sans être pour autant un échec complet. C’est désormais le montage d’origine, tel que l’a imaginé Orson Welles au départ, qui fait référence et ressort aujourd’hui en salles en version restaurée 2K.

Macbeth et Othello (sorti au cinéma en version restaurée en avril dernier) sont annoncés en format DVD et Blu-ray par Carlotta Films pour le 5 novembre prochain. Un livre est également en prévision, il réunira une nouvelle traduction des textes de Macbeth et Othello illustrés par des photos provenant des films d’Orson Welles. De quoi faire patienter les inconditionnels du réalisateur jusqu’en 2015, année anniversaire des cent ans de sa naissance qui sera célébrée par la Cinémathèque Française avec une rétrospective de ses œuvres annoncée comme "monumentale".

Macbeth, réalisé par Orson Welles, États-Unis, 1948 (1h50)

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