Le manoir est hanté

jeudi 14 juill. 2011 | Dorothée Duchemin

En mai dernier, une maison hantée a ouvert ses portes à Paris : le Manoir. Citazine s’est rendu sur les lieux et s’est offert une belle frayeur pour témoigner aujourd’hui.

Le 16 mai 1937, à 18h30, Laetitia Toureaux est découverte agonisante dans une rame de métro, station Porte Dorée. Un couteau Laguiole planté dans la nuque. Son meurtrier n’a jamais été retrouvé. La véritable personnalité de la jeune fille n’a jamais été percée. Ouvrière modèle, employée de guinguette, mais aussi espionne.
Dans le Manoir de Paris, elle est assise, les bras ballants, la tête pantelante, le couteau dans la tête. Dans la rame de métro reconstituée, le visiteur doit passer devant cette femme agonisante. On s’y attend. Et pourtant, on crie de terreur lorsque la victime s’accroche à nous, visage déformé, cris stridents.
Cette tension ne quitte pas le visiteur durant la durée de son séjour dans le manoir. Pas de doute, il est hanté.

Le Manoir de Paris a ouvert ses portes en mai dernier, au siège des anciennes faïenceries de Choisy-Le-Roi (Val-de-Marne). Un bâtiment magnifique, situé au 18, rue de Paradis, et inscrit sur la liste des monuments historiques. Fresques de faïences ornent les hauts murs d’entrée de la demeure profonde et étroite. A peine le temps de les admirer, avant d’être accosté par un monstre répugnant, qui ne vous accueillera pas chaleureusement. L’avant-goût est effroyablement appétissant. Puis, c'est le noir qui nous attend.

Dans l’une des ambiances reconstituées, un crocodile viendra vous cogner le genou, du bout de sa gueule. Il s’agit du célèbre crocodile du Nil retrouvé, prostré, dans les égouts de Paris en 1984. Longue d’à peine un mètre à l’époque, Eleanor file aujourd’hui des jours heureux à l’aquarium de Vannes, et affiche trois beaux mètres de cuir.

La visite du Manoir s’articule autour de treize légendes parisiennes. Certaines avérées, d’autres un peu moins. Comme ce héros du petit écran, le Fantôme de l’Opéra, qui aurait hanté l’opéra Garnier à la fin du XIXe siècle. Pour chaque légende, ont été créé un décor et une ambiance qui lui sont propres. 1000 m² de terrain de jeu, sur deux niveaux. Le visiteur erre de décor en décor. Il écarte des rideaux et ouvre des portes, il est maître de son parcours. Alors il traversera les vingt-trois ambiances au pas de course ou préférera s’attarder, dans la prison de la Bastille, s’il en a les tripes.

Les acteurs : la réussite du Manoir

A l’entrée, sitôt plongé dans le noir, le visiteur est accueilli par le fantôme de Philibert Aspairt, cet explorateur dont le cadavre fut découvert et inhumé dans les catacombes en 1804. C'est un Philibert Aspairt un peu tendu qui vient susurrer à l’oreille des vivants.
La vingtaine d’acteurs formés pour cette performance est la grande réussite du Manoir de Paris. Les décors et les effets spéciaux les mettent tout particulièrement en valeur mais ils bondissent comme des bêtes, se déplacent comme des monstres et gémissent comme des fantômes.

Tapis dans l’ombre, ils ne vous quittent pas des yeux et attendent leur moment. Le moment où ils feront naître l’effroi.
Ils vous hurlent parfois dessus, comme Nicolas Flamel. L’alchimiste, particulièrement remonté dans sa bibliothèque, est prêt à en découdre. Personne n’est vraiment à l’abri d’une projection de postillon. L’expérience fut pour le moins « mouillée » dans l’arrière boutique du pâtissier sanguinaire. Au XIVe siècle, un barbier fou se serait acoquiné avec un pâtissier viandard. Le premier tranchait les gorges, le pâtissier, lui, débitait les corps et les glissait, en morceaux, dans son pâté. Au manoir, le pâtissier est loquace. Ici, l’interactivité est de rigueur.

Hors de question de botter en touche. Les acteurs sont aussi là pour nous faire participer. Ils posent des questions, donnent des ordres, montrent le chemin. Il faut répondre, obéir, participer. L’interactivité, les échanges avec les acteurs sont le sel effrayant du manoir.
La promenade est sous tension, il faut aimer avoir peur et se prêter au jeu pour profiter pleinement. Un passage par le cimetière du Père Lachaise, la cathédrale Notre-Dame, le théâtre des vampires, ça fonctionne. On a la trouille. Et c’est bien la meilleure raison de venir au Manoir de Paris : la peur. Cardiaques s’abstenir.

 

Cet été, le Manoir est ouvert les jeudi et vendredi de 17 à 21 heures et les samedi et dimanche, de 15 à 19 heures.

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