Gaga de Diglee
vendredi 29 avr. 2011 | Dorothée Duchemin
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Diglee est l'héroïne d'un blog illustré qui cartonne sur la toile. Derrière ce personnage drôle, maladroit, fan de Lady Gaga, se trouve Maureen Wingrove. Elle raconte les anecdotes épicées de son quotidien avec une autodérision décapante. A 23 ans, la jeune fille fait partie des illustratrices qui comptent. De son blog, qui agit comme un Guronsan, elle a réalisé un livre, Autobiographie d'une fille gaga. Entretien avec la fille gaga, fan de Lady Gaga.

Pourquoi avoir transformé le blog en livre ?
Ce n’est pas vraiment venu de moi. L’éditrice de Marabout est venue vers moi. J’ai considéré que ça donnait de l’intérêt au blog que je tenais depuis quatre ans. En avoir un objet était une façon de boucler la boucle et de me dire que j’étais venue à bout de ce projet de blog.

C’est-à-dire ? Vous arrêtez de tenir le blog ?
Non, je n’arrête pas. La boucle est bouclée parce qu’il y a maintenant un livre, mais je continue. D’ailleurs, il va y avoir un tome 2. Donc, ce n’est pas terminé. Par contre, j’ai moins de temps pour le tenir. Un post, si con et simple soit-il, me prend entre deux et cinq heures. Sans compter les soirs où j’aimerais poster mais je n’ai pas d’idée. Mais je veux poursuivre.

Ce n’était pas une fin en soi ce livre ?
Le blog, c’était le même plaisir qu’on peut avoir lorsque l'on a un journal. Raconter des anecdotes, avec en plus un retour des lecteurs. Il n’y avait pas de fin en soi, je ne l’ai pas pensé de manière particulière. Le blog a  toujours été spontané, sans calcul.

Un blocage de trois mois

Comment s’y prend-on pour transformer un blog en livre ? Ce n’est pas la même chose !
J’ai eu une longue période de blocage. Il y a avait tellement de choses à faire, de tous les côtés, que je ne savais pas du tout comment débuter ni par où commencer. Pendant environ trois mois, ça a été le blocage total. Il a fallu sélectionner les dessins qui m’avaient le plus plu. Mais dans le tas, certains étaient très vieux et le dessin n’était parfois pas du tout potable. Il a donc fallu redessiner. J'ai dû en adapter d’autres, parce certains fonctionnaient sur le format linéaire du blog, mais pas du tout sur papier. Alors je les ai redessinés. Ce n’est pas un simple copier-coller. Il y a eu beaucoup de travail derrière.

De quelle façon avez-vous choisi les posts qui seraient imprimés ?
J’étais seule mais beaucoup aidée par l’éditrice. J’ai fait d’abord le choix des posts, une partie qui me semblait prête à être imprimée, sans trop de modification. Ça me rassurait parce que je savais qu’il y avait quand même des pages prêtes. J’en ai choisi qui me plaisaient beaucoup dans le fond mais dans la forme pas du tout. Je devais les redessiner. Je n’en ai pas choisi certains alors qu’ils me plaisaient beaucoup. Tout redessiner me décourageait ! Ensuite, c’est mon éditrice qui les a mis dans l’ordre et qui a donné la ligne au bouquin.

Vous n’avez pas eu l’impression de dénaturer l’esprit du blog ?
Non. Pour moi, le blog était très anecdotique. Le fait que cela paraisse en livre, que je doive choisir des posts du blog, c’est une nouvelle façon de se raconter. Mais la matière est celle du blog. Le ton est le même, ni plus guindé, ni plus réfléchi. Je n’ai pas eu l’impression de le dénaturer

Pratiquez-vous à ce point l’autodérision dans la vie ou est-ce pour donner du relief au personnage de Diglee ?
Oui, il faut bien savoir que tout est vrai et qu’il n’y a aucune mise en scène du personnage. Je ne me suis pas dit : « Tiens si je me rendais plus drôle ». Dans la vie, je suis comme ça. Dans mes journaux intimes à 13 ans, j’étais comme ça. Je parlais de cette façon. J’ai toujours eu un regard sur moi un peu dur mais drôle.

Vous écrivez uniquement pour les filles ?
Dire que c’est pour les filles, ça ne veut rien dire. Je n’écris pour personne, j’écris pour moi. Je ne dessine pas pour un public mais pour me rappeler de ce qui m’est arrivé. Je ne vise aucune cible. Je suis une fille et je raconte ma vie, donc j’ai beaucoup d’anecdotes « girly », comme on dit. Mais il y a un peu de tout dans mes lecteurs : des hommes, des hétéros, des homos, des vieilles, des vieux, des jeunes. C’est vrai que je suis souvent rangée dans la catégorie girly mais ce n’est ni un but ni une revendication.

Des caisses pleines de journaux intimes

Vous aviez l’habitude des journaux intimes ?
Je tiens un journal intime depuis le collège. Aujourd’hui, c’est le blog qui a comblé mon envie de raconter. J’ai commencé en classe de quatrième : cinq journaux intimes par an. J’ai une caisse entière remplie de journaux. C’était de l’écriture, avec des dessins, des croquis, des photos.

Pourquoi, à l’époque, avez-vous décidé de créer votre blog ?
J’étais étudiante à Emile Kohl, à Lyon. Mon compagnon avait un blog. Et j’ai eu envie de créer un book en ligne pour montrer mon travail. Rapidement, comme j’avais l’habitude de raconter des trucs et de me moquer de moi, j’ai raconté mes vacances. J’ai eu mes premiers commentaires : « C’est cool, on attend la suite ». Mais je n’avais même pas Internet chez moi, je faisais tout à l’école. Pendant les pauses. Petit à petit, j’ai découvert Pénélope (Bagieu, ndlr), Laurel, qui m’ont beaucoup aidée. Il y a eu une vraie rencontre, elles ont beaucoup cru en moi. C’est grâce à elles que, très vite, il y a eu un peu de monde sur le blog et qu’il a trouvé une place. Je n’y connaissais rien du tout alors que pour exister, même si on a du talent, il faut être visible. Elles m’ont vu, ont parlé et relayé des articles. C’était des gestes très généreux de leur part. Je me suis fait repérer par Madmoizelle et j’ai bossé pour eux pendant trois ou quatre mois.

Et depuis, vous avez toujours trouvé facilement du travail ?
Je n’ai jamais eu besoin de démarcher. C’était vraiment ce qui m’angoissait : débarquer sur Paris avec mon book sous le bras et me prendre des portes au nez. J’ai eu ma première commande alors que j’étais en dernière année d’école. C’est Fleurus qui m’a contactée. Et ils m’ont confié trois commandes assez importantes. Ensuite, il y a eu un Je Bouquine. Donc, c’est vraiment le blog qui m’a amené du travail. En 2010, c’était ma? première année, complètement en freelance, diplômée et les choses ont vraiment bien marché pour moi. Chaque moi, j’avais la boule au ventre et en fait on me proposait toujours des choses. Ça se passe vraiment bien. Avec la sortie du livre, les demandes ont triplé.

Une amoureuse des livres

Vous pensez qu’Internet est primordial pour ceux qui, comme vous, veulent exercer ce métier ?
Je n’ai pas d’avis universel sur la question. Pour mon cas oui, c’est vraiment internet qui m’a lancée. Mais à l’époque, il y a quatre-cinq blogueurs et blogueuses qui cartonnaient mais il n’y avait pas grand monde. Alors que maintenant, il n’y a qu’à voir au Festiblog, nous étions 250 invités ! Du coup, je ne sais pas. C’est important d’être sur les réseaux mais je ne sais pas trop quoi penser. Le fait qu’on aille vers la BD numérique en ce moment me laisse perplexe. J’aime beaucoup l’objet papier. La BD numérique ne me séduit pas beaucoup parce que l’objet compte pour moi. C’est pour ça que j’étais vraiment contente de faire un livre. C’est une trace, c’est physique. On le range dans sa bibliothèque, c’est très intime. Lire une page sur Internet, on a du plaisir à lire mais ce n’est pas suffisant. Les auteurs que j’adore, j’achète leur BD, je ne me contente pas de leur publication gratuite sur Internet. Plusieurs fois, on m’a proposé de faire de la BD entièrement numérique, mais sans objet papier à la fin, ça ne me plaît pas trop. Ce n’est que mon avis.

Aujourd’hui, souhaitez-vous vous diriger vers la BD ?
A la base, je ne voulais pas faire de BD, mais de l’illustration dans la presse féminine, milieu dans lequel je suis. C’est ce que je visais. Mais aujourd’hui, on offre une place assez sympa aux filles dans la BD. Ce qui est nouveau. On m’a proposé plusieurs choses. J’ai refusé beaucoup de projets parce que je ne me sentais pas prête. Mais petit à petit, c’est en train de changer. J’ai un petit projet BD pour les ados, très sympa, avec Fleurus. Je suis seule dessus, c’est nouveau. Par la suite, il y aura très certainement des projets dans une veine tout à fait différente qui ne parlera ni chaussures, ni mode. C’est très flippant, mais ça arrive.

Sur quoi avez-vous envie d’écrire ?
Je suis une grande fan des années folles, des années 20 à 30. Je collectionne des bouquins de mode, photos érotiques, des correspondances, etc. C’est très présent dans ma vie de tous les jours, plus que les chaussures. C’est une piste qu’on explore et qu’on construit pour un futur projet de bande dessinée.

Qui vous a inspiré et vous inspire ?
Quand j’étais jeune, j’étais une grande fan de Marguerite Sauvage. C’est vraiment ce qui me faisait rêver quand j’étais jeune. C’est vraiment par là que je voulais aller. Et Pénélope et Margaux Motin, qui sont des marraines parce qu’elles m’ont beaucoup aidé et conseillé. En BD, j’aime beaucoup Aude Picault, Nine Antico. J’adore les Kerascoët. La prochaine sort la semaine prochaine et je sens que ça va être génial !

Pourquoi Diglee ?
C’est un jeu de mot avec Modigliani, un peintre que j’aime beaucoup. Au lieu de m’appeler Mau, comme Maureen, mon beau-père m’appelé Modigliani. Ensuite il m’a surnommée Diglee et je l’ai gardé. Avec les deux e anglais de Maureen !

 

 

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