« Daniel Darc, Pieces Of My Life », gloire et déboires d’un poète punk

« Daniel Darc, Pieces Of My Life », gloire et déboires d’un poète punk

« Daniel Darc, Pieces Of My Life », gloire et déboires d’un poète punk

« Daniel Darc, Pieces Of My Life », gloire et déboires d’un poète punk

Au cinéma le 24 juillet 2019

Le succès en tant que chanteur du groupe Taxi Girl dans les années 80, sa disparition médiatique la décennie suivant et sa renaissance inattendue au début des années 2000… Daniel Darc, Pieces Of My Life chronique à travers 25 ans d'images d'archives la trajectoire sinueuse entre fulgurances et excès d'un poète punk devenu culte. Un documentaire intime réalisé entre amis qui touche pour son honnêteté face à ce personnage écorché vif au désespoir désarmant.

Dans les années 80, Daniel Darc est le chanteur de Taxi Girl, groupe à l’aura sombre et romantique devenu culte. Il goûte alors au succès avant de se lancer dans une carrière solo plus confidentielle lorsque l’aventure s’arrête en 1986. Très rapidement, Daniel Darc devient ce personnage mystérieux qui suscite toutes sortes de légendes urbaines. Insaisissable, le chanteur poète disparaît quasiment des radars lors des années 90.

En 2004, tel un phénix, il surprend tout le monde avec un album qui le propulse de nouveau au devant de la scène, une position qu’il ne quittera plus jusqu’à sa disparition le 28 février 2013. Pour raconter ce parcours chaotique, son ami de longue date Marc Dufaud a réuni tous les films qu’il a réalisé pendant un quart de siècle sur cet artiste ayant vécu toute sa vie au bord du précipice. Daniel Darc, Pieces Of My Life est une plongée parfois brutalement honnête mais également tendre et admirative dans l’univers d’un poète solitaire ayant miraculeusement survécu à ses errances.

Daniel Darc, pieces of my life © Sombrero Films

Entre amis

Projet débuté un an après la mort du chanteur, Daniel Darc, Pieces Of My Life s’éloigne du documentaire conventionnel composé de nombreux témoignages où chaque personne donne sa vision de l’artiste à travers quelques anecdotes. L’essentiel du documentaire est composé des trois films réalisés par Marc Dufaud pendant 25 ans d’amitié avec Daniel Darc. Le chanteur y est souvent interviewé par son ami et réagit sur son parcours en occultant parfois ce qu’il considère comme insignifiant ou du appartenant au passé.

La période Taxi Girl est ainsi assez rapidement évoquée, peu intéressante selon le rockeur. Le montage ne suit d’ailleurs pas toujours la chronologie des événements : le récit est porté par les échanges avec le chanteur et s’autorise parfois des digressions pour faire pénétrer le spectateur dans le labyrinthe mental de ce poète torturé. Pour réunir les pièces de ce délicat puzzle, le spectateur est parfois guidé par de rares témoignages externes, à l’image du guitariste Georges Betzounis, ami fidèle de Daniel Darc. Résultat de quatre ans de montage alternant les sources diverses — vidéo 8, HI-8 ou encore VHS —, le documentaire apporte un éclairage inédit sur cet artiste culte mais qui reste cependant mystérieux et fascinant.

Daniel Darc, pieces of my life © Sombrero Films

Un garçon qui se cherche

En 1980, Taxi Girl se fait connaître du grand public avec son single Cherchez le garçon, titre electro pop dont le 45 tours se vendra à plus de 150 000 exemplaires. Pendant 8 ans, Daniel Darc est le chanteur de la formation endeuillée en 1981 par l’overdose de son batteur Pierre Wolfsohn. Lorsque le chanteur évoque cette disparition dans l’une des vidéos filmées par son ami Marc Dufaud, on se dit que Daniel Darc est miraculeusement passé entre les gouttes. Une impression renforcée par une séquence où le chanteur s’injecte une dose d’héroïne dans le bras devant la caméra de son ami. Une scène qui crée un certain malaise mais que Marc Dufaud et Thierry Villeneuve ont décidé de conserver dans ce documentaire qui se veut un accès direct à l’artiste, sans rien cacher de ses démons intérieurs.

La diction lasse de Daniel Darc est là pour témoigner de ces années passées à s’abîmer laissant sa bouche comme anesthésiée, prononçant des mots qui se fraient comme ils le peuvent un chemin malgré une articulation qui lui semble parfois superflue. Mais lorsqu’il se retrouve devant un micro, Daniel retrouve alors sa voix. Celle qui compte probablement le plus pour lui.

Daniel Darc, pieces of my life © Sombrero Films

Lente combustion

Marc Dufaud et Thierry Villeneuve ne cherchent pas à minimiser le côté autodestructeur du chanteur qui a fini par lui coller — à raison — une étiquette d’artiste instable qui pouvait faire peur et créer le vide autour de lui. Artiste désespérément romantique, les excès de Daniel Darc puisent dans un mal-être évident mais sont également guidés par un goût de la provocation déclenché par l’ennui. Ainsi, le chanteur explique qu’il s’est tranché les veines sur scène lors d’un concert « pour le fun » et faire réagir un public trop apathique à son goût. Ne pas se sentir à sa place et vouloir plus, plus vite, de façon plus intense, quitte à flirter dangereusement avec une overdose ou une maladie qui débrancherait le micro pour de bon.

Daniel Darc apparaît dans ce puzzle de vidéos intimes comme un être écorché : fasciné par la violence pendant une période de sa vie comme pour exorciser celle qu’il ressentait à vivre. Obsédé par le fait de créer, il semble constamment happé par les abîmes le reste du temps. Une vie avec des hauts et beaucoup de bas qui explique le parcours médiatique atypique de cet artiste culte pour certains et difficile à cerner pour le grand public.

Daniel Darc, pieces of my life © Sombrero Films

Révélation de l’année

En filigrane, le parcours artistique de Daniel Darc en dit long sur l’industrie musicale. Avec son statut de poète écorché vif, le chanteur a eu du mal à trouver sa place lors de sa carrière solo, du moins pour retrouver le large public de son groupe. Lors des années 90, l’artiste semble même avoir totalement disparu. Pourtant, le documentaire rappelle la sortie dans l’indifférence générale de Nijinsky en 1995, le deuxième album solo de Daniel Darc dont le titre fait référence au danseur et chorégraphe russe Vaslva Ninjinsky. Le clip du titre éponyme démontre que, même loin des projecteurs, le chanteur n’a jamais réellement arrêté de créer. Mais c’est en 2004, un an après la sortie d’une compilation lui étant consacrée, que le chanteur va réaliser un retour inattendu.

Avec le producteur Frédéric Lo, Daniel Darc sort Crèvecœur, un album encensé par la critique qui le propulse à la une des magazines. Ironie de cette industrie qui vous oublie aussi vite qu’elle vous a mené au succès, le chanteur recevra cette année là une Victoire de la musique dans la catégorie Révélation de l’année. Vingt cinq ans après ses débuts, Daniel Darc est reconnu comme un jeune espoir prometteur. Peu importe la ridicule de la situation qui amusait le chanteur, ce retour sur le devant de la scène lui a surtout permis de réaliser par la suite trois albums — dont un posthume — avant sa disparition en 2013.

Daniel Darc, pieces of my life © Sombrero Films

L’obsession du chef-d’œuvre

Devant la caméra de son ami, Daniel Darc réduit le nombre d’artistes que l’on peut qualifier de réellement punk à une petite poignée d’heureux élus. Ce qui est certain c’est que le chanteur de Taxi Girl était punk dans sa façon de vivre. Lors d’une confession touchante, il explique vouloir réaliser son chef-d’œuvre avant de mourir en référence au titre When I Paint My Masterpiece de Bob Dylan. Daniel Darc a-t-il selon lui eu le temps de livrer ce chef-d’œuvre comme il le désirait ? Peut être est-ce au public d’en juger. Il est en tout cas revenu dans la lumière assez de temps à la fin de sa vie pour que son parcours ne soit pas un souvenir douloureux hanté par une impression de gâchis. Et ensuite ? Le chanteur en était convaincu il ne pouvait aller qu’au paradis car « l’enfer il l’a connu sur Terre toute sa vie » plaide-t-il de sa voix à demi effacée. Il faut espérer que cette prophétie se soit réalisée.

Entre ombres et lumière, Daniel Darc, Pieces Of My Life tente de rassembler les morceaux épars d’un puzzle intriguant, guidé par les confessions de l’artiste lui-même. Un documentaire presque autobiographique pour (re)découvrir — à travers le regard bienveillant de ses amis — l’héritage d’un artiste hors normes, poète résolument punk jusqu’au dernier souffle.

> Daniel Darc, Pieces Of My Life réalisé par Marc Dufaud et Thierry Villeneuve, France, 2019 (1h41)

Daniel Darc, Pieces Of My Life

Date de sortie
24 juillet 2019
Durée
1h41
Réalisé par
Marc Dufaud et Thierry Villeneuve
Avec
Daniel Darc, Marc Dufaud, Georges Betzounis
Pays
France