Le street art trempe aux Bains Douches

lundi 25 mars 2013 | Dorothée Duchemin

L'ancienne boîte de nuit, mythique lieu de réjouissances nocturnes parisien, a fermé ses portes en 2010. Mais avant sa métamorphose en hôtel-restaurant, une ultime aventure a été vécue, dans ce lieu de fête, de culture et d'expérimentation. Durant les 4 mois qui ont précédé le premier coup de pioche, donné le 1er mai, les murs ont été confiés à des street artistes. Des artistes incontournables sur la scène internationale qui, durant quatre mois, ont réinventé les Bains Douches. Avant destruction.

Cliquer sur l'image pour agrandir le diaporama
YZ | Photo Stéphane BisseuilFutura | Photo Stéphane BisseuilJayone | Photo Jérôme Coton Ludo. | Photo Stéphane Bisseuil Space Invader, 2002. | Photo Stéphane BisseuilC215 | Photo Stéphane BisseuilJérôme Mesnager et Nasty. | Photo Jérôme Coton Thomas Canto | Photo Jérôme Coton YZ | Photo Jérôme Coton Sowate et Sambre | Photo Jérôme Coton L'Atlas | Photo Jérôme Coton 9 Concept | Photo Jérôme Coton Stew | Photo Stéphane Bisseuil Poesia | Photo Stéphane Bisseuil Jef Aerosol | Photo Stéphane Bisseuil MOSKO et Associés | Photo Stéphane Bisseuil L'Atlas | Photo Stéphane Bisseuil Philippe Baudelocque. | Photo Stéphane Bisseuil Nasty | Photo Stéphane Bisseuil

Incontournable lieu de débauche durant l’âge d’or des années 80, les Bains Douches fermaient brutalement en 2010. La mythique boîte de nuit du IIIe arrondissement ne devait plus rouvrir après des travaux illégaux et un arrêté préfectoral.  Inaugurée en 1978, décorée par un jeune type alors inconnu Philippe Starck, comptoir de Lagerfeld, Warhol, Bowie, Jagger, Yves Saint-Laurent, c’est tout le gratin qui s’est massé sur le dancefloor de cette salle légendaire de la nuit parisienne. L’histoire du 7, rue du Bourg l’Abbé, bâti en 1884 pour accueillir des bains-douches municipaux  allait-elle s’arrêter là ?

Un mythe parisien

Jean-Pierre Marois héritier de l’immeuble fonde en 2011 La Société des Bains, décidé à réhabiliter le bâtiment. Et à ne surtout pas laisser tomber dans l’oubli cet endroit hors du commun où Marcel Proust aimait se tremper. En 2014, les Bains Douches feront peau neuve après plusieurs mois de travaux. Mais juste avant le premier coup de pioche, parenthèse enchantée, le lieu est resté totalement vacant, pour la première fois depuis 128 ans.

L'Atlas | Photo Jérôme Coton

Après Joy Division et Brian Eno, ce fut au tour d’une quarantaine d’artistes du street art de tâter du dancefloor avant le début des travaux.

En décembre dernier, Jean-Perre Marois contacte la galeriste Magda Danysz, basée à Shangaïe et Paris, et lui propose d'installer une résidence d'artistes dans ce lieu vide. Elle voit les Bains Douches aux couleurs du street art. L'affaire était lancée. 

Ancien repaire des fêtards new-wave, les Bains Douches ont été transformés en résidence d’artistes pendant ces quatre mois. Ludo, Nasty, YZ, Jérôme Mesnager, Jay One, Space Invader, C215, l’Atlas, c’est tout le gratin du street art international qui a investi les lieux avant leur démolition. Du début du mois de janvier, jusqu'au 30 avril, ils ont eu carte blanche et ont réinventé les Bains Douches. Interdit au public car jugé trop dangereux, ce lieu d’exposition éphémère est toutefois visible, sur la Toile. Encore quelques jours seulement.

Un site, un concept

Le nom : un jour, un artiste. Depuis le 2 mars et jusqu’au 1er mai, chaque jour, l’œuvre d’un artiste est présenté au public sur la plateforme. Jour après jour, on assiste à "l'accrochage" des oeuvres, dans cette galerie 2.0. Photos de l’œuvre, bio de l’artiste, l’internaute assiste, en numérique, à cette renaissance, cette aventure artistique hors norme. Lieu d'exposition éphémère en constante construction, la déambulation dans les étages des Bains Douches permet la découverte de l’immeuble au fil des créations des artistes.

Space Invader, 2002. | Photo Stéphane Bisseuil

Ce n’est d'ailleurs pas la première fois que le street art plonge dans les Bains. En 2002 déjà, Space Invader y avait sévi. Et en 1985, Futura, icône US du graffiti, a réalisé une fresque sur l’un des murs. Les 3000 m2 des bains ont servi de vaste terrain de jeu pour tous ces artistes venus de la rue. Un terrain de jeu, de liberté et de création, sans aucun videur à l'entrée, propre à laisser galoper l'imagination. A l'image de cet impressionnant kaléidoscope en trois dimensions, signé Thomas Canto. Ou les courbes saisissantes, féminines et oniriques des silhouettes d'YZ. Le site propose aussi des vidéos "Work in progress", notamment celle du collectif interdisciplinaire 9è concept. Dense, inspiré et sauvage.

Une échelle, de la poussière, des chaises, des dossiers et autres objets laissées là par les anciens occupants, des fils qui pendent... et des oeuvres nées de la rencontre du lieu avec les artistes. La dynamique confirme l'identité avant-gardiste, décalée et bouillonnante des Bains Douches. Une plateforme d'exposition réjouissante à découvrir, en ligne, pendant quelques jours encore. Avec la destruction des oeuvres le site disparaîtra. Mais cette expérience inédite devrait se poursuivre sur les pages d'un livre.  Et les Bains Douches auront eu leur dernière danse. 

> Article publié le 25 mars 2013 et mis à jour le 1er mai 2013.

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook