L'antre industriel

mardi 30 août 2011 | Dorothée Duchemin
Au fond d’une impasse débouchant dans la rue Oberkampf, à Ménilmontant, dans l’ancien quartier parisien des métallos, s’agite l’Atelier 154. Le mobilier industriel y est à l’honneur et tient une place de choix dans un espace pensé pour sublimer les meubles, luminaires et objets. Le maître des lieux, brocanteur et créateur, nous guide dans son repaire.
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Lampe Jielde et meuble Ronéo | © Béatrice Kraft / Atelier 154Installation végétalisée | © Béatrice Kraft / Atelier 154Lampe Jielde et tabouret Knoll | © Béatrice Kraft / Atelier 154Meuble d'atelier et bahut métal | © Béatrice Kraft / Atelier 154Meuble Ronéo rouge | © Béatrice Kraft / Atelier 154Meuble Ronéo | © Béatrice Kraft / Atelier 154Table Comus | © Alex Profit / Atelier 154La baignoire dans le Showroom | © Béatrice Kraft / Atelier 154Installation | © Vincent Giavelli / Atelier 154Installation | © Vincent Giavelli / Atelier 154

« Avant, c’était je pense donc je suis. Maintenant, c’est je ponce donc je suis. » Il se destinait à la philosophie, le voici brocanteur, designer et aménageur d’espace. Le teint buriné, le cheveu en bataille, le sourire avenant et l’allure dégingandée, Stéphane Quatresous est un maître des lieux chaleureux.

Et quel lieu ! A Ménilmontant, en haut de la rue Oberkampf et au fond d’une impasse pavée se trouvent les deux espaces de l’Atelier 154, créé par notre hôte. « C’est une partie de Paris chargée d’histoire, tout le quartier est dédié au travail du métal. Ici c’était une ancienne forge. Le deuxième atelier appartenait à un repousseur de métal. » Voici une dizaine d’années que l’Atelier 154 est installé ici. Sa spécialité ? Le mobilier industriel, les lampes Gras, cartonniers Abbair, lampes Jieldé, chaise d’atelier Biennaise, etc. Avant le mobilier industriel, Stéphane Quatresous se passionnait pour le design, les années 20, 50 et 60. Il a fini par s’y sentir à l’étroit. « Tout y est devenu très codifié. Telle chose de tel fabriquant devait se vendre tel prix. Dans le domaine du mobilier industriel, tout était à créer. C’était un domaine inconnu et totalement vierge, un vrai souffle de liberté. »

Un mobilier qu'il fallait découvrir

Il a alors poussé les portes des petites usines, de vieilles fabriques, et des ateliers à la recherche d’un mobilier industriel qui n’intéressait que lui et d’autres rares pionniers. « On voyait des camions arriver, remplis d’objets que finalement on n’avait jamais vus. Des couleurs, des patines, les formes, tout était nouveau ! » L’œil pétillant, il poursuit : « on s’est vraiment battu pour faire découvrir certaines pièces, les lampes Gras et Jieldé. Ce mobilier est beau, original, solide, fonctionnel et s’accorde avec n’importe quelle époque ». Des meubles de métal, robustes.

L'antre industriel

A-t-il senti le vent tourner ? Est-il capable de prévoir les tendances ? Une chose est sûre, son goût pour le patrimoine industriel a fait des émules. Ce type de mobilier se retrouve aujourd’hui dans les salons les plus tendances ou même bon chic bon genre. « Aujourd’hui, on a des clients de partout, même de Saint-Cloud. Avant, seulement certains quartiers possédaient cette culture de la récupération. Maintenant, on achète ce mobilier pour son esthétisme. » Il affirme ne pas s’être spécialisé dans ce domaine par mercantilisme mais par passion pour ces meubles longtemps méprisés parce qu’aux connotations laborieuses, où on ne donne pas dans le beau.

Loin d'une sélection de quatre sous

Comme pour le design, activité rapidement trop petite pour lui, la brocante industrielle, très en vogue, est, elle aussi, désormais extrêmement codifiée. Comment parvient-il à tirer son épingle du jeu, sur ce marché quasiment saturé ? « Avec une sélection, très précise, très pointue. Présenter des choses que les autres ne présentent pas, redécouvrir, montrer des objets qui n’ont pas encore été montrés ou retravaillés. C’est un travail pensé à travers l’histoire du design au XXe siècle. »

Attention, la vieille armoire en métal de grand-mère ne se retrouvera pas forcément en salle des ventes. « C’est un peu devenu n’importe quoi. On pense qu’on peut se faire de l’argent. » Chaque pièce n’a pas forcément de la valeur, même en métal et au passé industriel. A l’Atelier 154, l’œil d’expert date les objets, les classe et leur attribue « le juste prix ».

L'art de la mise en scène 

Il faut également reconnaître qu’ici, on sait mettre ces meubles et luminaires en valeur. Les pièces sont mises en scène dans un showroom au charme ravageur, les anciens ateliers du forgeron et du repousseur sur métal.

Des lieux idylliques où les meubles sont à leur aise. Sortis de leur contexte industriel, ils révèlent leur esthétisme pur, ce n’est plus la fonction qui compte. Stéphane Quatresous nous montre ainsi les chariots-repas qu’utilise le personnel de bord pour restaurer les passagers. « On les a vus mille fois sans les regarder. On le rend beau en le tirant de son milieu naturel. » Et le ponceur penseur est très fort pour ça, la mise en scène. Tout est méticuleusement étudié et savamment orchestré. C’est aussi là-dessus qu’il mise, à tel point qu’il se lance depuis peu dans l’aménagement d’espace, une nouvelle activité pour l’atelier hyperactif.

Cet aménagement réfléchi, il s’y emploie dès la boutique, qui n’a finalement pas grand-chose d’une boutique. Et si le mobilier industriel est le fond de commerce de Stéphane et son équipe, la collection est élargie à de nombreux meubles et éléments de décorations d’époques très diverses. « Ce qui m’intéresse, c’est vraiment le mélange, disposer un canapé Chesterfield avec une lampe d’atelier et des petits cadres Napoléon III. Je ne veux pas de ghetto "tout industriel" chez moi. Les choses se rehaussent, se répondent et dialoguent entre elles. »

Le mélange, l’un des maîtres mots du brocanteur créateur. Peu de temps après la création de l’atelier, on y a fabriqué des meubles. « Inspirés du design des années 20, 50 et 60, les modernistes. » Sa première passion, qui a d’ailleurs largement façonné le mobilier industriel. « C’est pour ça qu’il nous a tant intéressé. »

L'antre industriel

Dans l’atelier, les créations prennent place aux côtés des pièces originales et leur rendent hommage. « On a créé des lignes de meubles que l’on fait dialoguer avec ceux qui les ont inspirés. » De pièce en pièce les époques se répondent et les meubles dialoguent. Le lieu n’a pas d’époque, il est un condensé, un résumé, une capsule où sont incarnées « les différentes époques de l’histoire du design. ». La caverne surprend autant qu’elle séduit.

Stéphane Quatresous doit se remettre rapidement au travail. Lui et son équipe attaquent le mobilier végétalisé. En témoigne, une chaise en treillage d’où s’échappent les tiges d’une plante vivace. Pas très loin, les petits cadres Napoléons III la surveillent.

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