"Wonder Woman", super-héroïne de choix

mercredi 7 juin 2017 | Marco Pierrard

Très bon

Princesse des Amazones, Diana voit son destin bouleversé par l'arrivée d'un pilote américain poursuivi par les nazis sur son île coupée du monde. Convaincue qu'elle peut mettre fin au conflit, la guerrière s'engage auprès des humains dans une aventure qui va lui révéler qui elle est vraiment. Très réussi, Wonder Woman dévoile la naissance d'une super-héroïne attachante, à la fois ingénue et combattante déterminée.

Sur l'île de Themyscira, Diana (Gal Gadot) s'est entraîné toute son enfance auprès des amazones pour devenir une grande guerrière, à l'image de sa mère Hippolyte (Connie Nielsen) et sa tante Antiope (Robin Wright). Guerrière invincible, Diana ignore pourtant encore tout du destin qui lui est réservé jusqu'au jour où Steve Trevor (Chris Pine), un pilote américain poursuivi par des soldats nazis, s'écrase sur son île paradisiaque. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible est en cours, Diana décide de quitter son havre de paix pour se battre aux côté des humains, convaincue qu'il s'agit de sa destinée. Dans cette mission périlleuse au contact de la société des hommes, Diana va découvrir toute l'étendue de ses pouvoirs… et sa véritable identité.

Wonder Woman © Photo by Clay Enos - 2015 Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC

La déesse et les hommes

Plus de 75 ans après sa création par William Moulton Marston en bande dessinée et une rapide apparition dans le bancal Batman vs Superman : L'Aube de la justice (2016), l'amazone au lasso débarque enfin au cinéma dans un film qui lui ai totalement consacré. Confié à Patty Jenkins, réalisatrice du sombre drame Monster (2003), la (re)naissance sur grand écran de l'héroïne devenue un symbole de la pop culture reste fidèle à sa légende. Tout débute sur l'île de Themyscira où la très jeune Diana arrive à convaincre sa mère de pouvoir apprendre à se battre comme toutes les amazones, sans savoir que sa tante Antiope — Robin Wright, la classe incarnée — l'entraîne plus que ses camarades pour faire face à un destin dont la jeune fille ignore tout. Visuellement, Wonder Woman est à la hauteur des espérances dès les premières minutes du film : les entraînements des amazones et leur combat sur la page avec les nazis impressionnent par la maîtrise de la réalisation. Les séquences qui retracent le lien entre les amazones et la mythologie grecque, illustrées par des peintures qui semblent prendre vie, sont également particulièrement saisissantes. Une fois l'île paradisiaque quittée, Diana se retrouve dans les tranchées et l'ambiance devient plus sombre mais la réalisation ne perd rien de sa force.

Ingrédient devenu incontournable dans les films de super-héros comme gage d'une mise à distance parfois salvatrice, l'humour est également présent dans cette nouvelle adaptation de l'univers DC. Si certaines répliques et effets sont par moment un peu appuyés et prévisibles, dans l'ensemble les touches de dérision sont assez fines et bien amenées, notamment quand elles viennent souligner le machisme et la patriarcat de l'époque. Un monde inconnu pour la jeune Diana, créée par Zeus, en toute simplicité, et élevée sans père parmi les amazones. Comme nombre des adaptations précédentes, Wonder Woman assume son féminisme en martelant l'idée qu'une femme peut se battre aussi bien — et même mieux — que les hommes, tout en distillant des remarques sur une société réglée par et pour les hommes. Diana distribue ainsi des piques assez jouissives lors de son arrivée parmi les humains sur cette société dominée par les hommes et la place laissée aux femmes. Rapports femme/homme, conventions vestimentaires… autant de détails exotiques qui choquent et amusent la jeune déesse. Fine analyste des rapports de sexe, Diana est également très attachante pour le regard très naïf qu'elle porte sur la guerre.

Wonder Woman © Photo by Clay Enos - 2015 Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC

La fin de l'innocence

Au-delà de son aspect esthétique — renforcé par le charme magnétique de son actrice principale —, Wonder Woman séduit par la profondeur du personnage qui doit remettre en question ses convictions, confrontée au monde des humains. Récit initiatique sur la fabrique d'une héroïne, le film de Patty Jenkins n'épargne pas Diana qui se retrouve propulsée dans la violence de la Seconde guerre mondiale qui chamboule ce qu'elle pensait savoir sur le monde. Vivant en autarcie sur son îlot idyllique, la jeune Diana a grandi avec l'idée que les amazones ont pour mission de sauver les hommes lorsque ceux-ci prennent la mauvaise voie, manipulés comme des marionnettes par Arès, le Dieu de la guerre. Guidée par cette mythologie, elle s'engage auprès de l'espion Steve Trevor et de ses compagnons en pensant pouvoir déjouer les plans de ce Dieu déchu maléfique. Mais, confrontée  aux horreurs de la guerre, Diana est amenée à douter de l'existence d'Arès lorsqu'elle découvre la part de libre arbitre qui pousse les hommes à faire le mal. Une révélation qui la pousse à remettre en cause le bien fondé à aider ces hommes qui mettent tant d'ardeur à s'autodétruire.

En pénétrant dans le monde des humains, Diana doit mettre à l'épreuve ses convictions les plus profondes pour au final découvrir qui elle est réellement. Une fragilité identitaire qui en fait une héroïne très attachante et le personnage de l'univers DC le plus intéressant depuis Bruce Wayne. Gal Gardot sert parfaitement le rôle, incarnant la dualité de cette femme à la fois ingénue perdue dans un monde totalement étranger pour elle et femme forte et déterminée qui sait se battre, au sens propre comme au figuré. Diana est touchante car elle analyse ce monde de violence avec des yeux d'une enfant, bercée du mythe des Dieux contrôlant les hommes. Elle va pourtant découvrir à ses dépends que loin de cet idéalisme très manichéen, le monde n'est pas si binaire et est bien plus complexe. Une leçon que l'actrice pourrait probablement retenir de son rôle pour modérer ses prises de position et éviter les polémiques en dehors des plateaux de tournage. Wonder Woman dévoile avec brio la genèse de l'héroïne qui doit choisir ou non d'épouser son destin. Diana est confrontée à un choix complexe : utiliser ses pouvoirs pour sauver une humanité... qui ne le mérite peut-être pas.

En révélant le conflit intérieur de l'amazone invincible, Wonder Woman donne du fond à la légende couronnée, dépassant le cliché de l'héroïne sexy au short moulant. Plus que la découverte de ses pouvoirs, Diana est confrontée au dilemme de leur utilisation : un choix qui signe son véritable acte de naissance en tant que super-héroïne. Le solide récit initiatique de Patty Jenkins empreint de féminisme a de quoi relancer l'intérêt pour les adaptations DC au cinéma à quelques mois de la sortie du Justice League (2017) signé Zack Snyder. En espérant que l'amazone intrépide trouve toute sa place dans la bande, à grand coup de lasso s'il le faut !

> Wonder Woman, réalisé par Patty Jenkins, Etats-Unis, 2017 (2h21)

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