Tout le monde aime Clotilde

samedi 25 févr. 2012 | Louis Paulin

Clotilde Hesmes a reçu hier le César du meilleur espoir féminin. Ex-aequo avec Naidra Ayada pour Polisse. Citazine avait publié en janvier 2011 un portrait de l'actrice. Voici donc un bon jour pour le lire, ou le relire. Et découvrir, si ce n'est pas déjà fait, une très belle comédienne.

 

Inoubliable Lilie dans Les amants réguliers, Clotilde Hesme (prononcez aime) est à l’affiche d’Angèle et Tony, cette semaine. A 31 ans, après douze ans de carrière, ce caméléon touche à tout, y décroche son premier grand rôle. Une récompense amplement méritée pour cette actrice née, dotée d’une palette impressionnante.

 

Clotilde Hesme peut tout jouer. Crépusculaire chez Philippe Garrel, épicée Alice dans Les chansons d’amour, p’tite frappe, enfant sauvage, jambes arquées, vulgaire à souhait, pour incarner une mère paumée dans un port normand (Angèle et Tony), aristocrate vengeresse du XIXe siècle dans les mystères de Raoul Ruiz, Lady Di sur les planches de Bruno Bayen, cette séduisante grande perche d’1,80m, à l'aise partout, camperait sans peine un charmant vampire dans le prochain Twilight et possède tous les atouts pour interpréter un super-héros, une sorte de Catwoman française. Son père la supplie même de s’intéresser à Feydeau.
Ses atouts ? Son corps tout d’abord. Beau, élancé, gracieux mais aussi sec, anguleux, il lui offre un outil fabuleux, une enveloppe dans laquelle pourrait se glisser n’importe quelle princesse (Princess Bride qu’elle dévorait enfant ?) ou tout aussi bien un cowboy.

Banane permanente, offensive, optimiste, "Hesmerveillée", Clotilde est aussi une nature, qui dégage une énergie très physique. Une actrice qui mord à pleines dents dans sa passion. Sans calcul. Et pourrait faire des étincelles dans une comédie. « Elle ne confond pas le talent avec les états d’âme. Elle travaille. Et ce qu’elle propose, puisqu’elle est en perpétuelle recherche, n’est jamais banal. Toujours sur le fil du rasoir. C’est ça que j’aime chez elle, la prise de risques… Du coup, elle trouve des choses très personnelles. C’est grâce à ça qu’elle a emmené Angèle très loin et qu’elle nous donne envie de la suivre. », dit d’elle Alix Delaporte qui l’utilisait pour la seconde fois après son court-métrage Comment on freine dans une descente ?, primé au festival de Venise.

Un rôle résume parfaitement ce talent protéiforme: Baal. Eh oui, celui d’un homme. Et pas n’importe lequel. Un des premiers imaginé par Bertolt Brecht, qu’elle a tenu pendant six mois, torse nu, face à des publics parfois hostiles à l’adaptation de François Orsoni. Un garçon carnassier, jouisseur, qui pour Clotilde « fuit la mort en se jetant dans la vie. Tout l’intéresse du moment qu’il peut le bouffer » Tiens…

La famille, l’autre clé de lecture de Clotilde

Comme sa voix, douce et cassée, gaie et rauque, Clotilde a donc plusieurs cordes à son arc. Autant de ficelles qui lui permettent de passer avec aisance du milieu "parisien intello théâtreux" à des aventures provinciales, fraîches et un peu plus populaires comme le Fils de l’Epicier ou Angèle et Tony. Il fallait la voir, de retour sur les terres du tournage, lors de l’avant-première d’Angèle à Bayeux , mini-jupe, foulard panthère et Inrockuptibles sous le bras, embrasser et nommer tous les figurants un an et demi après, taper dans le dos des marins-pêcheurs et inspirer la sympathie et l’admiration à leurs femmes. « J’ai horreur de parlementer sur un plateau, où j’affiche un côté petit soldat assez terrien et laborieux », confiait-elle récemment au Figaro Madame. Une attitude certainement héritée de son enfance. « J’ai été élevée près de Troyes, au milieu d’agriculteurs qui parlaient peu et bravaient des conditions de survie difficiles ».

La famille. L’autre clé de lecture de Clotilde Hesme. « Mes parents sont des artistes contrariés. Ils sont devenus fonctionnaires pour nous permettre un jour d’embrasser ce métier. Mais il n’y a aucune frustration chez eux. Mon père, greffier, joue de l’orgue et s’occupe de ses trains électriques. Ma mère, travailleuse sociale, peint. » Des parents d’exception qui ont offert trois filles à l’Aube et autant de talents à la culture française. Clotilde est la petite sœur d’Annelise, comédienne remarquée dans Tanguy, Le plus beau jour de ma vie, Fauteuils d’orchestre (elle joue la femme de Claude Brasseur), Alexandre (dans le rôle secondaire de Stateira), Hors de prix, Paris et plus récemment dans L’amour c’est mieux à deux. L’aînée, Elodie, est juste actrice, réalisatrice, scénariste, parolière et romancière. Elle prépare actuellement son premier film, L’amitié n’existe pas, dans lequel Clotilde jouera une journaliste de Télérama.

C’est donc très naturellement, dans les pas de ses sœurs, que Clotilde s'est installée à Paris au début des années 2000 avec la volonté de jouer. Mannequin, elle s’inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique et évolue beaucoup dans le milieu du théâtre. Elle fait ses débuts sur grand écran en 2002 dans Le chignon d'Olga de Jérôme Bonnell et en 2004, dans A ce soir avec Sophie Marceau. « Très vite, j’ai eu besoin d’acquérir ma crédibilité par le travail. J’ai donc commencé à me cacher sous des pulls trop grands et à faire des choix empreints de radicalité. »

Au Conservatoire, elle participe à un stage avec les étudiants de la Fémis, dirigé par Garrel. En 2004, à l'issue de l'atelier, il lui propose de jouer dans Les Amants réguliers. Elle n'a jamais vu ses films, mais la Cinémathèque propose une intégrale. « Je les ai tous vus et j'ai eu des chocs tellement énormes en découvrant Le Révélateur, L'Enfant secret, Marie pour mémoire... que j'ai débuté le tournage avec un vrai poids. Tout à coup, je m'isolais, je plaçais tant Philippe sur un piédestal qu'il fallait que je lui en parle. Heureusement, je lui ai dit que je n'aimais pas Voyage au jardin des morts, il m'a dit que lui non plus ne l'aimait pas. »

Nominée pour le César du meilleur espoir féminin en 2008

« J’avais besoin de désapprendre, de dé-jouer. Philippe m’a fait gagner un temps précieux ». Deux ans plus tard, elle rencontre Luc Bondy, qui lui inculque la jubilation du jeu avec Marivaux. La même année, elle joue dans Le fils de l'épicier d'Eric Guirado. En 2008, elle est à l'affiche du film de Jacques Millot, Les liens du sang, avec Guillaume Canet et François Cluzet, mais aussi du collectif de courts métrages Enfances. Elle reçoit alors le prix Jean-Jacques Gauthier de la SACD (qui récompense les jeunes talents) pour Jean de la chance au Théâtre de la Bastille.

Inspirée avant tout par des cinéastes qui lui permettent d'aller au bout de ses capacités d'actrice, on la retrouve régulièrement chez Christophe Honoré (elle apparaît ainsi en bibliothécaire dans La Belle Personne) comme dans des univers plus sombres (De la guerre de Bertrand Bonnello) voire apocalyptique, lorsqu'elle s'acoquine, en 2009, chez les libertins frères Larrieu dans Les Derniers jours du monde. Et interprète l’amante de Louis Garrel et de Ludivine Sagnier dans Les Chansons d’amour, de Christophe Honoré, sélectionné au Festival de Cannes et pour lequel elle sera nominée pour le César du meilleur espoir féminin.
Ah oui, le titre de son prochain film ? Caméléon, une comédie d’espionnage de Lionel Bailliu.

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