Se loger à Paris : bienvenue en enfer

vendredi 7 sept. 2012 | Audrey Minart

L’association de consommateurs UFC-Que choisir vient de porter plainte contre 13 « marchands de listes » d’annonces immobilières, aux pratiques considérées comme illégales, au terme d’une enquête menée dans dix villes françaises. L’un des nombreux écueils qu’il est possible de rencontrer lors d’une recherche d’appartement, a fortiori à Paris.

Jeudi-Noir et ses perruques. | Photo Audrey Minart

« Pratiques commerciales trompeuses » et « encaissement anticipé »... Voilà ce qui est reproché à ces agences, pas tout à fait comme les autres même si certaines tentent de le faire croire. Le principe : procurer au client une liste d’annonces immobilières, généralement après un versement allant de 170 à 450 euros... Une facturation souvent non justifiée, étant donnée qu’elles ne fournissent généralement aucun autre service que la procuration de la liste : ni visites, ni rédaction d’actes. Autant se contenter du vieux PAP à 2,95 euros…

Autre grief adressé à ces enseignes telles que Ancea et Casa Immo à Paris ou APL Location à Lyon, est leur taux très faible de réussite, peu de leurs clients ayant effectivement pu louer un appartement. Au choix : soit les annonces fournies aux clients sont rarement actualisées, et donc périmées, soit les propriétaires sont injoignables. Certaines de ces agences auraient même été jusqu’à embaucher des "rabatteurs", comme le soupçonne Raphaël. « Alors que j'étais en recherche d'annonces devant la vitrine d'une "véritable" agence immobilière à Tours, j'ai été abordé par une jeune fille, parfait archétype de l'étudiante, me conseillant d'aller voir un peu plus loin une autre agence, de listes donc, qui pratiquait des pris bien plus attractifs et où elle venait de trouver son futur appartement, raconte-t-il. Le bon plan qui se déplace jusqu'à vous, un vrai miracle… » Sauf qu’il l’a recroisée quelques heures plus tard, menant le même manège auprès d’autres "pigeons".
C’est en constatant chaque année qu’un important nombre d’étudiants s’estiment lésés, voire escroqués, que l’UFC-Que Choisir a décidé d’enquêter.

« Ne nous confondez pas avec nos concurrents ! »

Le samedi 1er septembre, profitant de l’occasion pour enfoncer le clou, le collectif Jeudi Noir a décidé d’organiser une action festive dans l’une des agences incriminées. A deux reprises, ils ont trouvé porte close, les agences ayant préféré fermer à titre préventif. Intuition que n’a pas eu le gérant de l’agence "Bon Appart", non concernée par les plaintes, mais tout de même investie par une quinzaine de trublions équipés de perruques, de bouteilles de faux-champagne, et d’une sono… et accompagnés d’au moins autant de journalistes. « Ne nous confondez pas avec nos concurrents ! », s’est notamment offusqué le gérant. Il semblait cependant découvrir les conditions de vente de son enseigne, qui précisaient que l’agence ne pouvait être tenue responsable si les annonces ne concordaient pas avec la réalité… L’aubaine.

Action de Jeudi Noir | Photo Audrey Minart

Mais tomber sur ces agences de listes n’est qu’un des nombreux obstacles pouvant se mettre en travers de la route des nombreux aspirants-locataires, fils et filles de Crésus exceptés, arpentant les rues parisiennes à la recherche d’un toit. Voici un petit florilège… loin d’être exhaustif.

Le poids des mots…

S’il n’y avait qu’une seule leçon à retenir avant d’éplucher les annonces : méfiez-vous de ce qui paraît trop beau. Vivre à Paris, c’est forcément accepter de se sacrifier. N’escomptez donc pas vivre dans un joli petit 2 pièces de 40m2 avec vue sur la Seine et un loyer ne dépassant pas le Smic, même en imaginant se le partager à deux, voire trois. Non. Attendez-vous plutôt, pour la modique somme mensuelle de 600 euros, à vous retrouver coincé dans une studette de 12m2, au 6e étage sans ascenseur. Et encore, si vous êtes l’heureux élu du propriétaire. Si une annonce prétend le contraire, passez votre chemin.

Une fois la pilule avalée, conseil : abonnez-vous par email aux offres de seloger.com et de pap.fr et… appelez dès que l’annonce tombe dans votre boîte aux lettres. Considérez qu’attendre 2 ou 3h à Paris pour contacter une agence ou un propriétaire, c’est comme attendre une semaine dans le monde normal : au moins cinq autres personnes seront déjà dessus. Et si vous avez la chance de tomber sur un interlocuteur : « Il faut donner en priorité les informations positives de son dossier (s’il y en a, ndlr), comme un CDI, un salaire élevé, conseille Florian, 26 ans. Ca les motive à rappeler. »

Attendre. Attendre.

Autre solution, surtout s’il y a urgence, et/ou que vous êtes chômeur/intérimaire/intermittent… bref, précaire : poster une annonce sur les réseaux sociaux et en parler à longueur de temps autour de vous. Les places en colocation sont plus sûres quand ce sont des amis d’amis qui les proposent… Si vous optez pour la sous-location, pensez à voyager léger, car vous risquez de papillonner quelques mois entre plusieurs adresses. Autres solutions : les foyers. « Je m’en suis sortie de cette manière-là pour 350 euros par mois pendant mes deux années de vie à Paris, raconte Flora*, 29 ans. C’était une chambre de 15m2 meublée, avec une cuisine et un salon que l’on se partageait à 10, dans un foyer pour filles situé dans le 12e. »

Le dossier

« Je suis en train de faire un dossier de location, raconte un des membres du collectif Jeudi Noir. J'ai compté, j'en suis à 45 pièces justificatives. Pour un deux pièces. »
Le petit provincial "montant à Paris" en restera probablement coi. Car une recherche d’appartement dans la ville-lumière, s’apparente parfois à un véritable travail de stagiaire : rechercher des documents improbables, les photocopier en plusieurs exemplaires, les trier, et constituer une dizaine de dossiers qui seront sans doute effectivement distribués. Prévoyez donc le budget-photocopies adéquat.

En bref, il vous faudra photocopier : carte d’identité, RIB, un justificatif de domicile, vos 3 dernières fiches de salaires, votre avis d’imposition et taxes foncières le cas échéant, et/ou même chose pour vos garants si vous ne gagnez pas trois, voire quatre fois, le montant du loyer… Il est bien sûr interdit de fournir des faux, bien que la pratique "photoshoper les fiches de paie des amis" semble plutôt répandue à Paris étant donné la difficulté à remplir l’intégralité des critères requis.

Rappelez-vous qu’un certain nombre d’informations n’ont pas à figurer dans ce dossier, telles que votre carte d’assuré social, une attestation de bonne tenue de compte bancaire, ou encore un extrait de casier judiciaire.

N’essayez même pas de vous pointer au rendez-vous sans votre dossier complet et en format papier. Rappelez-vous que vous êtes en compétition avec une ribambelle d’autres galériens, et que l’agent immobilier/le propriétaire n’est pas là pour faire du social.

… le choc de la visite

S’il y a trois moments dans votre vie où il est déconseillé d’arriver en retard c’est :
1. Lors d’un entretien d’embauche.
2. Le jour de votre mariage.
3. Le jour d’une visite d’appartement à Paris, surtout s’il s’agit d’un studio et surtout si vous rencontrez directement le propriétaire.
Car vous risquez de devoir faire la queue derrière 25 autres personnes, et de perdre deux heures pour un appartement que vous avez, de toute manière, peu de chances de décrocher.

Chouette, des cafards ! | Photo DR

En outre, sachez vous préparer au pire... Par exemple "vue sur le jardin fleuri" peut en fait signifier "vue sur le cimetière", comme a pu le constater Marie, 28 ans. Et parfois, c’est pire. « Quand je suis arrivée ici, j’étais persuadée que chercher une chambre en colocation coûterait moins cher qu’un studio, se souvient Carine, 27 ans. Mais je ne suis tombée que sur des escrocs. » Les annonces parlaient « d’une chambre » à louer, la vérité était souvent autre. Entre le photographe qui loue 600 euros un lit dans son salon et explique « qu’il souhaite une fille de préférence », qu’il puisse « toucher », car il « aime beaucoup le contact », ou celui qui propose de se partager un 15m2 en sous-sol, pour 600 euros, avec deux lits séparés par un simple paravent pour le moment où elle voudra se « mettre en pyjama »… Elle n’a pas été épargnée. Rassurez-vous… Oui, il est difficile de se loger dans la capitale, mais pas à ce point. Demandez les détails avant de vous rendre sur les lieux… et fuyez au moindre doute.

Après la visite

Si vous n’avez ni fait un malaise, ni pleuré, ni éclaté de rire en pénétrant dans votre potentiel futur foyer, c’est le moment… de vous faire remarquer : rappelez. Même si vous ignorez encore comment y faire rentrer l’intégralité de vos affaires ou que vous envisagez de ne vous nourrir que de pâtes pendant les six prochains mois étant donné le montant du loyer, de la caution, etc., faites croire à l’agent immobilier/le propriétaire, que vous êtes subjugué par les lieux, que vous avez eu un « coup de cœur ». Forcez-vous à sourire au bout du fil… Cela s’entend, paraît-il.
Les plus courageux pourront éventuellement se lancer dans l’écriture d’une lettre de motivation à l’attention du propriétaire, une nouvelle tendance si l’on en croit Rue89. Une méthode qui ne fait cependant pas toujours ses preuves.

*Le prénom a été modifié

 

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