La galerie fouineuse (de talents)

jeudi 26 mai 2011 | Olivier Van Caemerbeke

Christophe Dhaussy avait un métier : contrôleur de gestion. Il avait une passion : l’image. Et comme c'est une histoire d'amour qui commence bien, Christophe a quitté son job pour ouvrir sa propre galerie, Snoop, dédiée aux arts numériques. Rencontre, à quelques jours de son tout premier vernissage.

« Tout est prêt. » Serein, Christophe Dhaussy embrasse du regard les pierres ocre qui ornent les murs. Ses murs ! Le 9 juin, ceux-ci seront ornés de vingt et une photographies d'art signées Nadia Wicker. Ce sera la toute première exposition de Snoop, "galerie dédiée aux arts numériques, à la photographie et à la vidéo".
Pour le galeriste, c'est l'aboutissement de cinq années de réflexion. « Etudiant, j'ai été formé aux métiers de l'image et de l'audiovisuel à Ciné-Sup Nantes puis à la Sorbonne. Mais ces quinze dernières années, mon métier, c'était le contrôle de gestion chez M6. L'idée d'ouvrir ma propre galerie m'a longtemps trotté dans la tête. Elle a fini par s'imposer... au point de me faire quitter mon boulot pour tenter l'aventure ! »

Snoop, c'est 55 mètres carrés d'exposition répartis sur deux niveaux, situés au 96 de la rue Quincampoix (Paris IIIe). Dans l'ombre bienveillante du Centre Pompidou tout proche, elle vient grossir les rangs de la dizaine de galeries déjà présentes. « C'est vraiment là que je voulais poser mes cimaises, précise le galeriste au regard bleu acier. C'est l'un des petits écrins de Paris dédié à l'art contemporain sous toutes ses formes : peinture, céramique, photo, sculpture... Une adresse connue des collectionneurs comme des amateurs avertis. »

Raison et passion

Même par amour du 8e Art, ouvrir une galerie est-il bien raisonnable ? « Mais oui ! Aujourd'hui, la photo est partout, constate Christophe. On en trouve même dans les hypermarchés, les grandes surfaces d'ameublement et de bricolage... Et le nombre de ceux qui s'intéressent à une photo qualitative, plus rare et plus artistique que celle commercialisée par les magasins de déco, ne cesse de croître. »
Moins élitiste que la peinture ou la sculpture, la photo d'art est, en effet, un moyen idéal d'afficher son "bon goût" artistique sur les murs de son salon tout en réalisant un investissement accessible à tous les portefeuilles.

Certes, Artprice, leader mondial de l’information sur le marché de l’art, souligne que la photo ne représente encore que 7 % des recettes de l’art contemporain aux enchères et qu'il se vend toujours 4,5 fois plus de toiles contemporaines que de photographies. Mais la tendance est là.
Paris Photo en est le meilleur symbole. Ce salon international qui se tient au Carrousel du Louvre est considéré comme le plus important au monde. En novembre dernier, les clichés présentés par 106 galeries ont attiré 38 000 visiteurs !

Autres signes. Début mai, Sotheby’s a choisi Paris plutôt que Londres pour sa prestigieuse vente annuelle. Et, à l’automne dernier, c'est aussi chez nous que Christie’s avait mis aux enchères des images de Richard Avedon. « Oui, la photo est dans l'air du temps, confirme Marie Claire Marsan, déléguée générale du Comité Professionnel des Galeries d'Art. De nombreux plasticiens travaillant jusqu'alors sur d'autres supports - peinture ou sculpture - s'y sont mis. Il est donc fréquent d'en trouver dans des galeries qui, il y a encore cinq ans, n'en proposaient jamais. »

Des talents à révéler

Dans ce marché qui s'étoffe, Christophe Dhaussy ne mésestime pas l'importance de se distinguer. Et le nom de Snoop, qui signifie "fouiner" en anglais, résume bien l'esprit qui va animer sa galerie. « Mon ambition est de présenter, tous les deux mois, des talents émergents, français ou étrangers. Des hommes et des femmes qui osent une photo ou une vidéo innovante, qui n'hésitent pas à utiliser toutes les possibilités des techniques numériques de transformation de l'image. Mais attention, une photo qui ne serait qu'esthétique ne m'intéresse pas. Il faut qu'elle raconte quelque chose de l'humain, de notre époque... »

Avec sa grande série d'autoportraits, Nadia Wicker qui a les honneurs de l'inauguration de Snoop, s'inscrit parfaitement dans cet esprit. « Cette jeune photographe de Nancy a une stupéfiante capacité à produire des émotions universelles à partir de photos qui, à l'origine, sont des introspections très personnelles. Son travail questionne notre inconscient, nous renvoie à nous-mêmes... Il y a quelque chose de fascinant dans ses photos et je crois énormément en son potentiel. » A la rentrée, c'est Aurélie Belair, une artiste récemment exposée au Festival de la jeune photographie européenne, qui investira les lieux et à qui Christophe Dhaussy promet aussi une grande carrière.

Le nouveau galeriste se donne deux ans pour réussir, c'est-à-dire avant tout se trouver une clientèle. Snoop se veut à mi-chemin entre les galeries très haut de gamme (comme la galerie Esther Woerdehoff) et les galeries plus commerciales qui, à l'instar de Wanted ou Lumas, présentent un catalogue très dense mais font peu d'accompagnement personnalisé de leurs photographes. « Avec un choix pointu de mes artistes et des prix de tirages s'échelonnant de 490 euros à 3000 euros maximum, j'espère taper autant dans l'œil des collectionneurs les plus exigeants que dans celui des simples amateurs et curieux. » À bon entendeur...
 

 

Autoportraits, Nadia Wicker. Galerie Snoop, du 9 juin au 28 juillet 2011. 96, rue Quincampoix 75003 Paris.

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