Fritz Haarmann, le boucher de Hanovre

lundi 22 août 2011 | Rémi Métriau

Septième épisode de notre série "Crimes et malfrats" avec le glaçant boucher de Hanovre. Fritz Haarmann est un débile plein de malice. A l’époque où tout le monde crevait de faim, l’audacieux joue les Sweeney Todd de Hanovre et refile du fromage de tête humain à ceux qui ont faim. Le geste pourrait presque paraître beau. Un sacrifice désespéré et altruiste, Haarmann serait alors un genre de Mère Teresa d’entre-deux-guerres. Que nenni. Le pâté de tête aura au préalable été violé puis étranglé et enfin revendu. Oubliez l’esprit  "Restos du cœur".

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne ne va pas fort. Le Mark fout le camp, le sucre est introuvable et la disette est telle que l’espérance de vie des clébards, gibier devenu soudainement appétissant, chute brutalement. Et quand la vie devient survie, l’anarchie rôde, le marché au black se développe et les mœurs, autant se faire plaisir, partent en quenouille. Alors, faut tirer son épingle du jeu et, à défaut de beurre, choper les épinards. Il faut de la chance, aussi. Fritz Haarmann va la forcer cette chance, un peu malgré lui.

Ainsi, pendant la guerre, cette autre grande boucherie, Fritz passera le plus clair de son temps derrière les barreaux. L’escroc à la petite semaine, par manque de bol mais aussi et surtout parce que le garçon n’est pas fute-fute, se fait incarcérer en 1913 et ne doit ressortir que cinq ans plus tard. En 1918, la fin de la guerre ! Haarmann poussera même l’espièglerie jusqu’à devenir l’indic des policiers. La tactique de la taupe, aveugler la flicaille de ses propres méfaits, s’avèrera être une réussite totale. En 1918, il sort de l’ombre, loue une boutique au 27, Kellerstrasse à Hannovre. Non, il n’a pas pour ambition de monter un salon de thé.

Un esprit limité

Comparé à certains de ses confrères, Fritz n’a pas eu une enfance vraiment traumatisante. Bon, sa famille est pauvre. Bon, il a les oreilles décollées et aime jouer avec des poupées. Bon, son père pousse souvent la gueulante et sa mère est malade. Bon, on a tous nos problèmes. En fait, le lascar serait idiot, d’un genre congénital. Ses parents se disent que l’armée ne serait pas mal pour lui. Il y reste quelques mois, se fait jeter pour raisons médicales, trouve un job pourri, est accusé d’attentat à la pudeur, file en hôpital psychiatrique, s’évade en Suisse, trouve d’autres jobs pourris, revient en Allemagne, se rengage dans l’armée, se refait jeter, se bat avec son pater, se lance dans le commerce, fait faillite... Le type n’a pas 30 ans et décide alors d’arrêter les conneries et de devenir escroc. La suite, prison- libération, retour à nos moutons.

Dans le coin, on n’aime pas trop cet Haarmann. Les voisins sont furibards. Car, en plus d’être homo, il fait du bruit la nuit. Et il semble bien supporter la crise, le salaud. Il dégote de la viande, vend des vêtements. Et, parfois, il envoie, à l’œil, son fameux pâté de tête aux clients. Et comme l’estomac réclame sévère en ce moment, on ne râle pas trop et on se délecte. La police non plus ne moufte pas, la raclure est trop précieuse, elle connaît le milieu de la pègre et donne de sacrées infos. Le truc c’est que la rivière, elle s’en fout d’Haarmann. C’est elle qui va le trahir et rameuter pléthores d’os humains à la surface.

On est en 1924. Tout le monde sait qu’il se trame un truc chez Fritz. On préférait jouer les aveugles, mais là on n’a plus vraiment le choix. Il y a des morts, et pas qu’un. Les 500 os retrouvés appartiennent à vingt-deux victimes différentes. Du coup la police le file, dans la gare ferroviaire, son lieu de chasse. Les doutes se confirment, il est finalement interpellé. Chez lui, on retrouve des vêtements, ceux de ses victimes. Au début, il nie puis voit bien que ça ne sert à rien, alors il crache. Il dit qu’il en a tué entre cinquante et soixante-dix. La mémoire des chiffres…

Marmitton

La recette de Fritz pour gagner un peu de sous et subvenir à ses besoins triviaux était la suivante :

Ingrédients :
- 1 amant complice
- 2 hachoirs (au cas où y'en aurait un qui casse)
- De gros sacs en toile
- 1 sexualité débridée
- 1 petit talent de découpeur-cuistot
- 1 soupçon de flegme morbide

Préparation : Ensuite c’est simple. L’amant va dans la gare, ramène l’égaré amadoué dans la boutique d’Haarmann. Incorporez la sexualité débridée et le flegme morbide. Cela vous permettra de violer le jeune éphèbe tout en l’étranglant. Laissez reposer quelques heures. Ouvrez le ventre, enlevez les abats, découpez l’humain en petits dés. Ensuite faites des pâtés de tête, des terrines. Enfin tout ce qui vous chantera et plaira potentiellement à votre clientèle, de toute façon affamée.

Astuce : Mettez les vêtements de la bidoche désormais cuisinée de côté, afin de pouvoir les revendre sur le marché noir.

La police relie Fritz à vingt-sept meurtres. Des dizaines de témoins accourent pour s’offusquer mais le procès est vite expédié, la police a merdé, elle le sait, faut que ça passe… vite. La sentence est irrévocable. Cette fois-ci, c’est Haarmann qui va tâter du hachoir le 15 avril 1925. Le condamné déclara lors du procès : « Je suis sain de corps et d’esprit. Il m’arrive seulement d’avoir des lubies de temps en temps. Je demande à être exécuté, c’est un mauvais moment à passer, après j’aurai la paix. »
Petit Larousse. "Lubie", nom féminin : fantaisie soudaine. Ou la traduction française de cette déclaration est mauvaise ou bien la définition est à revoir…

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