"Fantastic birthday", Greta au pays des hormones

mercredi 22 mars 2017 | Marco Pierrard

Intéressant

Dans la société en mutation des annés 70, Greta Driscoll s'apprête à fêter sans grand enthousiasme ses 15 ans. Mémorable, cet anniversaire mouvementé va propulser l'adolescente introvertie dans un univers parallèle où elle devra affronter son appréhension du changement radical qui s'annonce. Comédie acidulée et inventive, Fantastic birthday analyse avec finesse et malice les affres de l'adolescence.

Jeune fille renfermée sur elle-même, Greta Driscoll (Bethany Whitmore) redoute la grande fête organisée par ses parents pour l'anniversaire de ses 15 ans où sont attendus tous ses camarades du collège. Dans sa bulle, la jeune fille n'est pas pressée de quitter le monde douillet et rassurant de l'enfance dans lequel elle s'isole avec son seul ami, Elliott (Harrison Feldman). Alors que la fête bat son plein, Greta panique et bascule dans un univers parallèle effrayant et absurde qui va la confronter à la révolution qui l'attend.

Fantastic Birthday - Windmill Theatre © Photo By Andrew Commis

L'innocence pop des 70's

Avant de débarquer au cinéma, cette drôle d'histoire d'anniversaire qui part en vrille est une pièce à succès d'une troupe australienne, le Windmill Theatre. Si l'influence théâtrale se ressent dans ce premier long métrage de Rosemary Myers le projet a réussi sa mue et exploite pleinement les possibilités offertes par le passage sur grand écran. Très original, le film possède un univers propre, grandement influencé par l'époque choisie : les années 70. Au delà de l'aspect visuel délicieusement kitsch, Greta évolue dans une période de libération sexuelle et de bouleversement sociétal qui rentre en résonance avec le trouble vécu par la jeune fille, peu pressée de quitter le monde rassurant de l'enfance. Avec le même ratio d'image — 1:33 — que celui utilisé sur les écrans de télé de l'époque, Fantastic birthday joue la carte de la nostalgie des 70's — lorsque notre vie n'était pas encore envahie par les smartphones chronophages — tout en étant offrant un ton moderne et surprenant. Avec son univers coloré qui fait penser au travail de Wes Anderson, ce premier film qui ne se prend pas au sérieux s'avère très sympathique. Il y a énormément de fraîcheur et d'inventivité dans la mise en scène de Rosemary Myers qui s'amuse par exemple à faire apparaître sur les murs et les boîtes de céréales du petit déjeuner des indications sur le temps écoulé entre les scènes. Ces amusantes trouvailles visuelles renforcent le côté ludique du film qui colle si bien à sa thématique. En quelques secondes, le film peut basculer dans l'improbable et offrir des scènes de danse électrisantes comme des moments plus anxiogènes, miroirs de l'insécurité de la jeune fille qui sent monter en elle le raz-de-marée de l'adolescence.

Coincée entre un père sympathique mais un peu gênant et une mère aimante mais envahissante, Greta — Bethany Whitmore, parfaite dans son rôle de fille en retrait et pas vraiment populaire — n'est pas vraiment aidée par sa grande sœur et se retrouve un peu seule à devoir affronter cette soirée d'anniversaire où l'ensemble du collège est invité. Alors que son meilleur ami Elliott se rapproche dangereusement de la limite à ne pas franchir entre amitié et drague, la jeune fille se retrouve prise au piège de trois "amies" qui se retournent contre elle. Face à cette pression, la fête bascule et Greta se retrouve dans la forêt qui borde la maison familiale. Dans cet un endroit sombre et inquiétant, le film prend une tout autre tournure et les fantasmes et cauchemars de la jeune fille vont prendre vie pour la mettre à l'épreuve.

Fantastic Birthday - Windmill Theatre © Photo By Andrew Commis

Monstrueuse adolescence

Dans la lignée d'Alice au pays des merveilles et du Magicien d'Oz, le premier long métrage de Rosemary Myers plonge le spectateur dans un monde parallèle où la vie de Greta se retrouve transposée à travers le filtre de ses angoisses et de ses désirs, tous deux instables dans cette période chaotique de sa vie. Cette forêt dans laquelle Greta pénètre est un univers magique rempli de personnages étranges, parfois effrayants, qui mettent en scène sa sortie de l'enfance. S'il n'y a pas de grande surprise sur la direction que prend le film, l'ambiance farfelue du périple et l'analyse fine de cette période critique vers l'âge adulte rend ce voyage initiatique très attachant. Fantastic birthday plonge Greta dans un monde bizarrement érotique — elle fantasme sur le petit ami de sa sœur —, un peu violent — elle doit affronter ses "amies" métamorphosées en créatures bestiales — et tout du long délicieusement absurde. Des sensations contradictoires qui font de ce conte moderne un parfait résumé de ce que peut procurer le passage de l'enfance au monde des adultes.

Tout n'est pas parfait dans le monde étrange de Greta Driscoll, la cinéaste appuie parfois un peu trop certains effets mais ces maladresses et imperfections sont pardonnées car elles se mêlent harmonieusement avec l'ambiance du film, toujours sur le fil entre rêve et réalité, sérieux et absurde. Dans sa forme, le film épouse parfaitement la tornade dévastatrice qui perturbe Greta et on se plait à rester pendant le générique de fin — régressif à souhait — qui achève de sceller sur nos lèvres un sourire amusé.

Décalé et surprenant, Fantastic birthday est une friandise acidulée qui offre une plaisante virée dans les émotions d'une jeune fille sur le point de quitter sa zone de confort. Le passage à l'âge adulte y est analysé de façon déjantée mais aussi avec beaucoup de justesse, rappelant inévitablement des souvenirs de cette période si particulière qui n'est pas vraiment un cadeau.

Fantastic birthday (Girl Asleep), réalisé par Rosemary Myers, Australie, 2016 (1h20)

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