Apprenez à identifier un bon blockbuster (part I)

mardi 4 juin 2013 | Jean-Charles Dufeu

C’est l’été, ou presque. Cannes est fini, Roland-Garros prend le relais, le Tour de France ne devrait plus tarder. Comme chaque année, vous cherchez un endroit tranquille et ensoleillé pour emmener votre cerveau en vacances. Et comme chaque année, c’est dans les salles obscures que vous allez trouver à coup sûr la destination de vos rêves. Les blockbusters vous y attendent, avec leurs scénarios explosifs, leurs scènes d’actions tarabiscotées, leurs protagonistes à biscotos, leurs bimbos à effets spéciaux.

Avec eux, c’est sûr, votre matière grise pourra vraiment se détendre et s’offrir les vacances qu’elle mérite. Encore faut-il savoir repérer les bons blockbusters hollywoodiens des contrefaçons (qui peuvent parfois être de bons films, méfiez-vous). Voici, dix règles simples pour certifier votre film.

- Règle numéro 1 : Allez-y les yeux fermés

Dès la bande-annonce, vous devez être fixé. Si la voix off n’est pas celle d’un type de trois mètres cinquante qui fume treize paquets de cigarettes par jour, c’est mauvais signe. Le blockbuster s’entend autant qu’il se voit et ce, avant même que le film commence. Plus la voix du narrateur est grave et profonde, plus son timbre est pénétrant, plus sa diction est lente et précise, plus vous mettez les chances de votre côté. Surtout si le ptich commence par ces mots « dans un monde où… », « à une époque où… ». Méfiez-vous des bandes-annonces avec une voix aiguë (voix de femme, évidemment à proscrire), sans voix off, ou pire encore sans paroles. Un film d’auteur est vite arrivé.

- Règle numéro 2 : Tout vient à point sans attendre

Ça y est, vous avez choisi votre film, vous êtes dans la salle. Mais vous doutez encore un peu. Plus pour longtemps sans doute. Si vous êtes devant un bon blockbuster (au hasard, Fast & Furious 6) tout doit aller très vite. Et le timing est primordial. En général, c’est à la seconde adéquate que le meilleur ami (qu’on croyait mort) refait une apparition éclair pour sauver le héros. Et si James Bond désamorce la bombe trois quarts d’heures avant la détonation prévue, tout est gâché, vous êtes bon pour une fin de film à la Rohmer. Du reste, quand dans Skyfall, il arrive en avance dans la maison de son enfance, on ne sait pas trop comment s’occuper avant l’arrivée des méchants : un thé, un feu de cheminée, une psychanalyse... Un bon blockbuster (au hasard à nouveau Fast & Furious 6, mais je suis sûr que ça marche aussi avec le 5) n’aurait jamais fait une chose pareille.

- Règle numéro 3 : La vie continue

Dans tout bon blockbuster, le héros, encore plus s’il est super de son état, doit essuyer une sacrée tuile en plein feu de l’action. Par exemple, sa copine meurt. Comme ça, oui. Elle meurt, tuée par un méchant, alors que notre ami le (super) héros était occupé à autre chose. Mais qu’à cela ne tienne, passées quarante secondes de gros chagrin bien légitime, le héros peut reprendre le train train quotidien et continuer à envoyer des baffes aux méchants (parce qu’il en reste plein). Et s’il a bon tempérament, il pourra même, à la manière d’Iron Man III, faire quelques blagues au passage. Du reste, quand, trois minutes plus tard, on voit réapparaître la copine en question, miraculeusement sauvée des flammes (ou des requins, ou du poison mortel, ou d’une chute de six mille mètres…) le héros est très content et soulagé bien sûr, mais sans plus. Après tout, il reste plein de méchants à qui mettre des baffes. Le boulot avant tout. 

- Règle numéro 4 : Last but not least

En général, le héros doit affronter des méchants par grappes de douze (ou mille) et il s’arrange pour le faire de façon un peu méthodique, l’un après l’autre. Mais bizarrement, le méchant en chef, celui qui est intelligent, celui qui a tout manigancé avec son esprit retors, celui-là n’a beau pas être très balaise physiquement, c’est toujours lui qui reste en dernier et qui donne le plus de soucis au gentil dans le combat final. Voyez Batman peiner contre le Joker à la fin du Dark Knight. Oui, oui, ce même Batman qui a neutralisé une trentaine de mafieux honk-kongais au début du film. Ou mieux, souvenez-vous du musculeux Daniel Craig aux prises avec Mathieu Amalric, qui n’est quand même pas si loin de le mettre KO avec ses cris de fouine, à la fin de Quantum of Solace. Ou Tom Cruise qui se débarrasse bien laborieusement d’un cinquantenaire bedonnant et avec une vilaine peau à la fin de Mission: Impossible Ghost Protocol. Dans les blockbusters, c’est comme ça, même si ça ne se voit pas d’emblée, plus on est méchant, plus on est musclé.

- Règle numéro 5 : L’effet Moltonel

Bien sûr, le héros d’un blockbuster est immortel. Mais il est surtout quasiment incassable. Même quand on lui a tout cassé. Boiteux, un bras en écharpe, dégoulinant de sang, écrasé par trois voitures et un hélicoptère, John McClane continuera à donner des fessées à des champions d’arts martiaux jusqu’au bout de la franchise Die Hard (qui peine effectivement à mourir). Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et ce n’est pas Batman, cassé en deux (littéralement) par le gros méchant Bane dans the Dark Knight Rises qui nous dira le contraire. Une trentaine de pompes, un jus d’orange et hop, c’est reparti comme en quarante. Ah non, apparemment, il n’y avait pas de jus d’orange dans le film. Mais en tout cas Batman fait quand même son come back en pleine forme. Une colonne vertébrale brisée ? Pfff, la belle affaire. Ultra résistant on vous dit.

A suivre…

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