Street Art : et la rue ira à la galerie

jeudi 29 mars 2012 | Dorothée Duchemin

Une exposition étonnante se tient actuellement à la galerie Wallworks. "Ne pas effacer" réunit 19 graffeurs de renom. Tous ont travaillé sur une ou plusieurs pièces de mobilier urbain vintage. Avec cette exposition, même la galerie laisse tomber la toile. Et les graffeurs retrouvent leurs supports originels.

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Tilt, Garbage ?, 2012, technique mixte sur container, 126 x 117 x 18.5cm © Benjamin RoudetTilt, No skateboarding, 2012, aérosol sur panneau en métal, 66 x 66 cm | © Benjamin RoudetJonOne, Guy Môquet, 2012, marqueur sur plaque de métro en émail Laborde, 45 x 200 cm | © WallworksKongo, La Première, 2012, aérosol et feutre sur siège RATP de première classe, 96 x 48 x 44 cm | © Gaël CotoKongo, le téléphone rose | Photo Dorothée DucheminGilbert, Bukow, 2012, aérosol et feutre sur feu SNCF, 29 x 29 x 38 cm | © Gaël CotoGilbert, Les Temps Modernes, 2012, aérosol et feutre sur feu SNCF, 38 x 24 x 24 cm | © Gaël CotoLazoo | Photo Dorothée DucheminColorz | Photo Dorothée DucheminColorz, Métro Bonne Nouvelle, 2011, aérosol et marqueur sur plan lumineux, 219 x 185 x 68 cm | © Alain SmiloGilbert, Colorz, Lazoo (de gauche à droite) | Photo Dorothée Duchemin

On entre dans la première cour d’un immeuble industriel, classé, rue Martel, à Paris. Il faut descendre quelques marches, jusqu’au souplex. Claude Kunetz, le gardien des lieux nous attend, cerné par le mobilier urbain de l’exposition "Ne pas effacer".

Pour fêter son premier anniversaire, la galerie Wallworks, accueille une expo hors norme. Dix-neuf graffeurs originaires de Singapour, des Etats-Unis et de France exposent leur travail sur du mobilier urbain. « J’ai voulu, cette fois-ci, ne pas montrer le graffiti sur des toiles mais sur du mobilier urbain. Beaucoup de collectionneurs qui fréquentent cette galerie sont toujours choqués de voir des graffiti sur des toiles. Ils préfèrent les voir sur les murs, dans la rue. Transporter un morceau de mur, c’est difficile, mais transporter du mobilier urbain, c’est possible. »

Il a proposé à ces dix-neuf artistes, qu’il connaissait déjà, de participer à cette exposition collective. « Tous ces graffeurs ont commencé dans la rue et sont nés avec le graffiti au début des années 70. En fonction de leur graff, j’ai distribué le mobilier urbain à chacun. » Alex, Ceet, Colorz, Der, Dizer, Fenx, Gilbert, Juan, Kongo, Lazoo, Nebay, Oeno, Poes, Rest et Tilt (France), JonOne, Crash, Sonic (Etats-Unis), Scope (Singapour) ont tous accepté l’invitation.

 et la rue ira à la galerie

Ces plaques d’égout, plaques émaillées, plaques d’immatriculation, feux signalétiques, arrêts de bus, il les a dénichés aux quatre coins du monde. Voici donc Claude Kunetz, parti depuis des mois à la recherche de mobilier urbain. Frappant à la porte des collectionneurs du monde entier, posant des casiers sur eBay, Leboncoin.fr, laissant des messages sur les sites d’annonces.

Durant sa quête, il a réussi à réunir 76 pièces. Plaques, porte et siège de métro, plaques de rue, cabines téléphoniques, éclairage urbain, boîtes aux lettres, panneaux de signalisation… Tout a déjà servi, tout est vintage. Faire venir la ville dans la galerie, c’était une première ! « Une première sur du mobilier de récupération. La galerie Bailly a déjà organisé une expo avec Nasty sur du mobilier de la RATP. Mais il était neuf. »

Durant deux voire trois mois, les artistes ont travaillé sur une ou plusieurs pièces. Assez étonnant, le temps d’exécution d’un graff réalisé dans la rue ne prenant que quelques instants. « Peindre une boîte aux lettres dans son atelier quand on a du temps ou être dans la rue et peindre une boîte aux lettres en seulement quelques minutes, c’est très différent. Dans le deuxième cas, on a peur d’être arrêté. La démarche est très différente », commente Claude Kunetz.

Une exposition ironique et militante

Tous ces objets ont été débusqués auprès de collectionneurs. Sauf ce grand panneau lumineux. Celui-ci, il se l’est procuré auprès d’un décorateur de cinéma.

 et la rue ira à la galerie

Une touche faite grâce à son autre métier, producteur de cinéma (on se trouve d’ailleurs dans une galerie mais aussi dans un lieu où on fait passer des castings). Ce grand panneau, c’est un Pili. « Un plan interactif lumineux d’itinéraire. Il n’en reste plus que quatre actuellement en service. Et ce qui est étonnant c’est qu’il était placé à la station Bonne Nouvelle, celle de la galerie. » Le graffeur Colorz lui a fait un sort.

L’une des pièces maîtresses de l’expo est sans doute cette porte de métro, elle aussi taguée par Colorz. Cette porte, il l’a trouvée chez un collectionneur, fou des pièces de la RATP.

Tilt a quant à lui travaillé sur une grande poubelle, couvercle jaune pour le papier. Il l’a découpée et l’a recouverte de graffiti.
Au-dessus d’un siège de métro RATP de première classe, sublimée par Kongo, la plaque de métro Guy Môquet de 1953. JonOne célèbre graffeur américain se l’est appropriée. « Il a accepté de travailler dessus parce que, quand il est arrivé en France, il y a 25 ans, il habitait à proximité de cette station. »

Ces 19 graffeurs sont tous passés outre la loi et l’interdiction de tracer des inscriptions dans l'espace public. Aujourd’hui, ils investissent les galeries, le graff ayant pris ses marques dans l’art contemporain. Ironiquement, ils ont réussi à retrouver leur premier support, le mobilier urbain, dans la galerie. "Ne pas effacer" a même des allures d’exposition militante avec la présence de Scope. D’où il vient, Singapour, on reçoit des coups de bâtons pour avoir marqué l’espace public.

L’interdit dans la galerie, l’interdit autorisé, l’interdit qu’on n’efface pas. Ludique, ironique, esthétique, "Ne pas effacer", c’est encore une nouvelle façon d’appréhender le graffiti.

> Ne pas effacer, galerie WallWorks, 4, rue Martel, 75010 Paris. Jusqu'au 30 mai.
 

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