Folie Méricourt, folie du graffiti !

mardi 15 mai 2012 | Marie Desgré

Lorsque Paris s’endort et que se baissent les rideaux de fer, la rue de la Folie Méricourt commence sa mue pour montrer son deuxième visage. Visite d’un musée urbain où les rideaux de fer ont remplacé les tableaux.

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SD_Chesneau par Sixo | Photo Marie Desgré Simpl par Gilbert | Photo Marie DesgréLe Loft par No Rules Corp | Photo Marie DesgréPuzzle Michele Wilson par Chanoir | Photo Marie DesgréLE 17 (café tabac) par Chanoir | Photo Marie Desgré Franprix par Artiste Ouvrier | Photo Marie Desgré La Minaudière par Stoul | Photo Marie Desgré Fargo par No Rules Corp | Photo Marie Desgré Alimentation générale par Teurk | Photo Marie Desgré American Bistrot par RCF1 | Photo Marie Desgré Bar entre deux eaux par Astro | Photo Marie Desgré

C’est une longue rue parisienne qui se faufile jusqu’à la place de la République. Plus étroite, moins passagère et moins bruyante que la rue Oberkampf et le boulevard Richard Lenoir qui la bordent, elle est pourtant colorée et commerçante. Et depuis quelques mois, elle revêt un autre visage à la fin de la journée, lorsque les derniers commerces baissent leur rideau et que les graffitis d’artistes se répondent, d’une boutique à l’autre. Un peu comme Alice au pays des merveilles, on y rencontre Johnny Cash, un déménageur au milieu de ses cartons, une petite fée malicieuse ou encore un bol de soupe tout sourire.

SD_Chesneau par Sixo | Photo Marie Desgré

Ces nouveaux habitants de la rue de la Folie Méricourt se sont installés via le projet "L’art à la Folie". Une opération orchestrée par les commerçants, la mairie du XIe arrondissement et le collectif d’artistes Le M.U.R, qui trouve son origine dans une démarche similaire initiée en 2009. L’opération "Rideaux de fer" organisée dans le quartier Faidherbe, non loin de là, avait alors pour objet de « valoriser le paysage de la rue et lutter contre le vandalisme et la prolifération de tags dont notre arrondissement est particulièrement l’objet », explique Jean-Christophe Mikhailoff, maire adjoint du XIe arrondissement au commerce.

« Le graff n’est pas de nature publicitaire »

Après plusieurs réunions avec l’association, le collectif d’artistes est parti à la rencontre de chaque commerçant. « Le M.U.R. a présenté le travail des artistes et collectifs et notamment expliqué aux commerçants la différence entre un tag, c’est-à-dire une signature, et un graff, une œuvre artistique. Cette étape a permis de faire tomber des préjugés vis-à-vis des grapheurs qui ont été découverts en tant qu’artistes », indique Christophe Mikhailoff. « L’objectif était aussi de faire comprendre qu’un artiste a sa propre personnalité, et que le graff n’est pas de nature publicitaire mais doit s’inscrire dans son œuvre », explique Bob Jeudy, président du collectif. « Les artistes sont parfois confrontés à des attentes de commerçants en décalage avec leur propre vision de leur art », concède Christophe Mikhailoff.

La Minaudière par Stoul | Photo Marie Desgré

Mais si l’œuvre s’inscrit dans le parcours d’un graffeur, elle reste toutefois attachée à un commerce. Catherine Martel et Violaine Desgranges-Bessaih, gérantes de La Minaudière, la boutique au 43 de la rue, ont rapidement trouvé un équilibre sur cette question avec l’artiste Stoul : « Notre seule condition était de choisir le graffeur. Le collectif nous a montré les œuvres de ses artistes et nous avons aimé l’univers de Stoul. Nous l’avons rencontrée, elle est venue voir l’esprit de la boutique, les couleurs dominantes. Nous lui avons donné quelques indications, mais nous ne voulions pas non plus la brider dans sa créativité. Le but, c’était qu’elle et nous puissions nous retrouver dans ce graff ! » Le résultat est un graff qui ressemble effectivement à l’univers de Stoul, mais qui colle aussi à l’esprit féminin et malicieux de la boutique.

« Travailler dans un cadre officiel »

Pour les commerçants, l’opération est une manière de mettre en valeur la rue, et d’attirer l’attention sur leur enseigne même quand le rideau de fer cache la vitrine. Les artistes, eux, « ont apprécié de travailler dans un cadre officiel », avoue Bob Jeudy. Et de se voir offrir un support. Car être artiste de rue à Paris, c’est d’abord partir en chasse d’un lieu où vaporiser ses bombes. « Les artistes cherchent des murs. A Paris, on a les artistes, mais ils sont en manque de surfaces pour exprimer leur art », regrette Bob Jeudy.

Un samedi sur deux, son collectif donne carte blanche à un artiste pour redécorer le mur à l’angle de la rue Oberkampf et de la rue Saint-Maur, à deux pas de la rue de la Folie Méricourt et de ses rideaux graffés. Ce mur, subventionné par la mairie de Paris, « a une renommée internationale car nous faisons venir des artistes des quatre coins du monde. Nous avons trois nouvelles demandes par semaine », explique Bob Jeudy, un samedi après-midi, alors que le graffeur Alber joue de ses bombes de couleurs devant une foule grossissant à mesure que s’arrêtent les passants.

 

Avant de laisser place aux graffeurs, ce mur était recouvert par un grand panneau publicitaire. Situé dans une rue très passante, il est désormais identifié comme un support d’œuvres d’art, et assez peu souvent dégradé. Ce n’est pas le cas de tous les graffs. Si, à la mairie du XIe arrondissement, on assure qu’en 2009, après l’opération Faidherbe, « les commerçants ont constaté immédiatement » une baisse des détériorations de leurs rideaux, la règle qui veut que l’on respecte le travail d’un artiste de rue n’est pas toujours appliquée. Rue de la Folie Méricourt, certains rideaux de fer ont subi des tags visant volontairement à dégrader, quelques semaines à peine après le travail des artistes. Certains ont pu être recouverts ou effacés, d’autres pas. L’art de rue n’échappe pas non plus aux incivilités.

Alber fait le MUR | Photo Marie Desgré

Sur le mur de la rue Oberkampf, Auber donne ses derniers coups de bombe. « Dans quelques heures, la photo de ce qu’il est en train de réaliser va circuler sur le web dans le monde entier », explique Bob Jeudy. « C’est pour ça qu’il faut que les villes mettent plus de murs à disposition des artistes : ça leur fait une promotion terrible. »

 

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