Barbie, Goldorak et les autres

mardi 8 nov. 2011 | Anthony Renaud
Rassemblés au Grand Palais, Teddy Bear, Tamagotchi et les Tortues Ninja sont en grande forme. Ils sont tous là. Ces jouets en peluche, en plastique, à clé, à roulettes ou à bascule. Ceux qui ont marqué notre enfance, ceux de nos parents ou de notre petit cousin. Balade subjective dans l'univers du jouet, entre Musclor, les soldats de plomb et les Polly Pockets.
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Poupée « parisienne », (vers 1820) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisCheval mécanique (vers 1862-1865) | © François DouryAnimaux de la ferme (vers 1910) | © Michel Pintado pour les Arts décoratifs, ParisOurs (vers 1910-1912) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisZeppelin « Los Angeles » EPL II (1925-1935) | © Spielzeugmuseum, Nuremberg / Photo Christiane RichterInfirmière (vers 1955) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisAutorail, modèle à deux caisses (1955) | © Musée RambolitrainBoîte Lego System (1958) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisPolly Poupée nageuse (1950-1960) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisNicolas (univers de Nounours), vers 1962-1965 | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisPimprenelle (univers de Nounours), vers 1962-1965 | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisG.I. Joe Marine en tenue de combat (1964) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisRobot poussin (vers 1965) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisAston Martin DB5, réplique de la voiture James Bond réalisée pour le prince Andrew (1966). | © The Royal collection 2011Goldorak (1978) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisThe Kaleidoscope House (2001) | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisHer Pink Things (2007), de Jeongmee Yoon. | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisHis Blue Things (2008), de Jeongmee Yoon. | © Jean Tholance pour les Arts Décoratifs, ParisBarbie Foot | Concept de Chloé Ruchon, fabrication par la société Bonzini, avec l'aimable autorisation de la société Mattel

Bien évidemment, Barbie nous sourit à travers la vitre et G.I. Joe est fin prêt pour partir en mission. Mais aucune trace de Kiki et pas une seule Dictée magique (mais si, souvenez-vous, cet ordinateur parlant) nous demandant d'épeler "xylophone" ou "camion". Normal, les 1 000 jouets rassemblés au Grand Palais, dans le cadre de l'exposition Des jouets et des hommes, ne se limitent pas aux années 80 mais proposent un autre type de voyage : un long périple dans l'univers du jouet, de l'Antiquité à nos jours. Et on ne parle pas seulement de Bisounours ou de Playmobil. Voici mes morceaux choisis d'une expo exceptionnelle, entre rêve et – trop souvent – réalité.

Des jouets en rose et bleu

« Dis-moi qui tu es, je te dirai à quoi tu joues ». Le jouet n’échappe pas à la règle de la catégorisation. Une classification par âge et par sexe. Oui, le jouet est sexué et très stéréotypé ! « Cela existe depuis l'Antiquité et c’est encore le cas aujourd’hui. La catégorisation s'est même radicalisée dans les sociétés occidentales, souligne Dorothée Charles, coconservatrice de l'exposition, en charge du département des jouets au musée des Arts décoratifs. Cela se traduit de manière flagrante par les couleurs utilisées pour les jouets. Regardez, dans un catalogue de jouets de Noel, il y a clairement une sexualisation par la couleur. »
Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Classique. L'artiste sud-coréenne Jeongmee Yoon l'a très bien mis en valeur – et en couleur – avec sa série Pink & Blue qui représente des chambres d'enfants, toutes roses ou toutes… bleues. Le résultat est effarant.

Dès l'enfance, le bambin baigne dans les clichés sexistes. Quand ce n'est pas la couleur, les activités inventées par les fabricants de jouets prennent le relais et martèlent la destinée, professionnelle et personnelle, de Monsieur ou Madame Futur Adulte. Tu seras une mère infirmière, ma fille ! La petite demoiselle, lorsqu'elle ne joue pas avec sa poupée, s’occupe de son intérieur et prend soin des autres (une vraie bonne future épouse, mère et bien évidemment femme au foyer). « C'est étrange, dans un magasin de jouets, balai et aspirateur sont toujours rangés dans le rayon fille... », note Dorothée Charles. Jules, lui, part à l'aventure, au combat... ou bricole comme papa.

Les stéréotypes ont la vie dure et ont même réussi à transformer Jolly Jumper en Petit Poney. Pendant longtemps, le canasson était le fidèle destrier du chevalier, le loyal compagnon du cow-boy et de l'indien. Parfaite figure masculine. Les années 80 voient naître un tout autre type de cheval, celui de… Barbie. Suivi de très près par les Petits Poneys aux mille couleurs et à la chevelure soyeuse, aussi étincelante que celle de leur cavalière ! Le cheval bascule du monde des p’tits caïds à celui des belles princesses.

Et l'ours à muselière devint Teddy bear

Autrefois chevaux, hérissons, boucs ou béliers. Aujourd'hui chiens, chats et ours. Les animaux ont toujours été les amis des enfants. Qu'ils soient en peluche ou à bascule. En argile ou en plastique. Dans l'exposition, le hérisson sur roulettes (datant de 1000 avant J.-C., en calcaire et bitume), côtoie vache, oie, chèvre, cochon et canneton de la ferme, en bois découpé et peint, fabriqués en 1910. « Les jouets qui représentent des animaux traversent les époques, depuis l'Antiquité, même si les matières ont changé. Au départ, l'animal, c'est un petit être vivant avec qui l'enfant expérimente des choses. C'est aussi une représentation anthropomorphique. A travers lui, l'enfant fait passer de nombreuses émotions. »

Tout comme le cheval a pu muer, l'ours a lui aussi beaucoup changé. Il s’est assagi. Du moins, son alter ego en peluche. D'animal sauvage et féroce, muselé, il est devenu le doudou préféré des enfants. Tout doux. Au regard tendre et gourmand de câlins. Une métamorphose qui ne serait jamais arrivée sans... un président américain : Theodore Roosevelt, dit Teddy. La légende raconte qu’en 1902, lors d'une partie de chasse, Roosevelt aurait épargné un ourson. Depuis, la dangereuse bête, tueuse d'hommes, s’est métamorphosée en un adorable nounours : Teddy bear.

Ciné et télé, aussi, collectionnent les jouets

« Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute-puissante ! » Célèbre formule du prince Adam qui lui permet de se transformer en Musclor. Héros du petit écran, blondinet body-buildé au teint hâlé, il rivalise avec le gigantesque Goldorak et son "fulguropoing" percutant. Des héros qui ont marqué une génération. Tout comme le ranger de l’espace Buzz l’Eclair, Superman et Dark Vador en caractérisent d'autres. Des personnages généralement dotés de supers pouvoirs et parfois de supers chaussures (enfin, selon le Chat Botté). Des héros qui sont apparus, selon l’époque, dans la littérature enfantine, à la télévision, au cinéma et dans les jeux vidéo. Une aubaine pour l’industrie du jouet qui a su en tirer de larges profits.

Les médias – principalement le cinéma et la télévision – ont eu une influence considérable sur l'univers du jouet avec l'apparition des produits dérivés (textile, accessoires, décoration, figurines, etc.) et des licences. « Aujourd'hui, les licences constituent l’un des plus gros marchés du jouet, commente Dorothée Charles. Des marques déposées représentent le héros qui envahit petits et grands écrans. Deux moyens de diffusion incontournables qui permettent de toucher des milliers voire des millions de personnes. Ainsi, le succès de Barbie est lié à la première publicité diffusée sur la chaîne Walt Disney, en 1959. »
Bonne nuit les petits et, un peu plus tard, Casimir ont bénéficié de l'audience des émissions enfantines et sont devenus des compagnons en peluche, en plastique souple ou en latex. Des jouets vendus, eux aussi, par milliers.

Même si le lien ne saute pas immédiatement aux yeux, les jeux vidéo ont eux aussi une sérieuse influence sur l'univers du jouet. Au-delà de l'aspect purement technologique, les caractères ludique et enfantin des jouets ont colonisé les consoles. Que ce soit les personnages ou leur univers. « Le jeu vidéo s'inspire du monde du jouet pour créer d'autres univers. Ainsi, on peut faire un parallèle entre la maison de poupée et les Sims : jouer avec la maison de poupée, c'est décorer, faire vivre et évoluer ses poupées dans cet espace. Les Sims, c'est un peu la même chose. Le joueur choisit sa maison, l’entretient, se crée des amis virtuels et une famille. » La réciproque est également vraie. Des héros de jeux vidéo devenus figurines. « Regardez Mario Bros aujourd'hui, il existe en peluche et en figurine. A la base, c’est un plombier, héros d’un jeu d’arcade. »

La séparation

Les jouets, c'est bien gentils. Parfois utiles. Mais une fois qu’on est trop grand, qu’on ne ressent plus le besoin de se confier à Teddy Bear ou de scalper les Playmobil pour se défouler. Que sa poupée ou son doudou ne semblent plus indispensables. Que la dinette ou les soldats de plomb prennent la poussière. Que la boîte de Meccano est rangée depuis des mois sous le lit. Que fait-on de ses jouets ? Et surtout, quand les abandonne-t-on ? On grandit – les parents n’arrêtent d’ailleurs pas de le répéter – il faut donc forcément s'en séparer !

 
Dans l'Antiquité grecque et romaine, le renoncement à ses jouets était célébré sous forme de rites, pour symboliser le passage à l'âge adulte. « Aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de moments charnières, ni de rituels pour se séparer de ses jouets. Beaucoup d'adolescents les conservent dans leur chambre, comme des jouets qui les regardent et qui les accompagnent dans la suite de leurs études. Ces reliques de l’enfance peuvent aussi être gardées par les parents... ou vendues sur des brocantes », explique Dorothée Charles. Entre la nostalgie des parents et la volonté du futur ado de se séparer de son jouet au plus vite, c'est certain : le jouet n’est vraiment pas un objet comme les autres.

> Des jouets et des hommes, jusqu'au 23 janvier 2012, au Grand Palais à Paris. L'exposition sera ensuite présentée à l’Helsinki Art Museum, du 21 février au 20 mai 2012.
> Catalogue de l'exposition (beau livre), Des jouets et des hommes, sous la direction scientifique de Dorothée Charles et Bruno Girveau. 400 pages, relié, 700 illustrations. Editions de la Rmn-Grand Palais, septembre 2011.

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