La nouvelle vague allemande ?
mardi 21 déc. 2010 | Ariane Kujawski
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Le 3 décembre est sorti Everyone else, un très beau film de Maren Ade, suivi par Sous toi, la ville, réalisé par Christoph Hochhäusler. Inconnus en France, ces deux réalisateurs partagent un autre point commun : ils sont considérés comme des représentants de la Nouvelle Vague allemande. Un énième mouvement de cinéma, obscur et indigeste, ou un simple terme pour regrouper une génération de réalisateurs ? Explication.

 

La Nouvelle Vague allemande, ce sont les réalisateurs de La Chute et Good-Bye Lenin ! ?
Faux ! C’est même tout le contraire. Après le vide laissé derrière Rainer Werner Fassbinder ou Volker Schlöndorff, les années 2000 voient renaître le cinéma allemand dans le monde, avec des films comme La Chute, La vie des autres ou Good-Bye Lenin !. Point commun : ils se penchent sur des périodes noires et encore peu traitées de l’Histoire allemande. Des derniers jours d’Hitler aux coulisses de la Stasi en RDA, les sujets abordés sont récents, encore douloureux dans les mémoires, et font parler d’eux. « On est sûr d’avoir un public lorsqu’on parle d’Hitler dans un film », ironise Heike Hurst, critique de cinéma allemande et professeur à Paris III.

Parallèlement, l’Allemagne voit émerger une génération de jeunes réalisateurs, producteurs et autres professionnels du cinéma, qui en ont assez de voir le cinéma allemand se reposer sur son Histoire. Formés dans des écoles de cinéma à Hambourg, Babelsberg ou Munich, ils s’appellent Angela Schanelec, Christoph Hochhäulser ou encore Christian Petzold, ils ont entre trente et quarante ans, et préfèrent raconter leur pays aujourd’hui à travers des thématiques universelles. Everyone else met en scène les errements et questionnements d’un jeune couple en vacances en Sardaigne, quand Sous toi, la ville évoque aussi l’amour et le couple, cette fois dans le milieu froid et déshumanisé de la finance à Francfort. Plus question d’exploiter le passé allemand pour remuer ses restes de culpabilité: ici, c’est bien de l’Allemagne moderne dont il s’agit.

  

La Nouvelle Vague allemande, c’est une école ? Un vrai mouvement de cinéma ?
Non ! On a étiqueté cette génération de réalisateurs sous ce nom en référence à la Nouvelle Vague française, parce qu’il évoque un certain renouveau du cinéma. Mais pour Heike Hurst, il s’agit surtout d’« un terme de marketing ». Il n’existe pas de critères bien définis, ni de réflexion commune aux réalisateurs de la Nouvelle Vague allemande. Il s’agit surtout d'un réseau de réalisateurs et de professionnels du cinéma de la même génération, qui partagent des vues esthétiques et ont décidé de travailler ensemble. Mais tous ne se connaissent pas, ni ne se reconnaissent dans les terme de "Nouvelle Vague", ou d’"Ecole Berlinoise". Dans les Cahiers du Cinéma de décembre, la cinéaste française Claire Denis concède un point commun chez ces réalisateurs: « une forme d’anti-douceur, d’anti-bien-être, de franchise (...) Ils ne cherchent pas à être séduisants. Ils font leurs films sans arrondir les angles. »
Autre référence commune, la revue Revolver. Fondée en 1998 par Christoph Hochhäusler et Benjamin Heisenberg, elle est une façon de parler et de partager les films qu’ils aiment, et leurs réflexions sur le cinéma.

La Nouvelle Vague allemande, encore des plans fixes d’un quart d’heure, et trois phrases en deux heures ?
Faux, ou presque ! Des films d’auteurs européens à Hollywood, les réalisateurs revendiquent tous des influences différentes, et pas forcément Godard ou Truffaut. Pas de clichés, donc. Everyone else par exemple arrive à faire rire, et à insuffler une certaine légèreté dans les errements d’un jeune couple qui se cherche. Et si certaines références subsistent, il ne faut pas forcément y voir l’ombre des réalisateurs de la Nouvelle Vague française.

 

La Nouvelle Vague, seule chance de renouveau du cinéma en Allemagne ?
Non, heureusement ! Dans les réalisateurs allemands actuels, intéressants et impossible à étiqueter, on trouve par exemple le réalisateur d’Hambourg Fatih Akin (De l’autre côté, Soul Kitchen). « Il est intéressant, parce qu’on ne peut ni le classer dans la Nouvelle vague, ni dans le cinéma allemand plus commercial, explique Heike Hurst. Il a une démarche singulière : c’est un auteur, souvent récompensé pour ses scénarios, mais il n’a pas fait d’école de cinéma. Enfin, Fatih Akin est allemand, et témoigne dans ses films de ce qui arrive dans la communauté turque d’Allemagne, celle de ses parents. »

La Nouvelle Vague allemande, on l’aura compris, ce sont d’abord des films qui racontent l’Allemagne contemporaine en les débarrassant des clichés qui lui collent à la peau. Et si le succès en salle met du temps à venir, c’est aussi parce que ces réalisateurs prennent des risques, et refusent d’être consensuels. Une bonne raison pour aller voir le fruit de leur travail, et sans a priori !

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