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Filippo, le clown triste du métro

lundi 12 nov. 2012 | Gurvan Kristanadjaja

Trois cents musiciens sont accrédités chaque année pour jouer dans le métro. Un tremplin pour les artistes. Zaz, Anis, et Irma entre autres en sont sortis célèbres. Ce n'est pas le cas de Filippo, ancien clown, qui y joue de l'accordéon tous les jours. 

Cet article a initialement été publié sur StreetPress le 09 novembre, sous le titre : Filippo, le clown triste du métro Gare de Lyon.

Dans le balai quotidien des métros, il y a des choses qui font partie du paysage. Les immenses publicités, les tags, le carrelage blanc façon brique qui revêt les murs du long sous-terrain, et Filippo. Ce sexagénaire qui préfère rester anonyme se donne en spectacle tous les jours depuis cinq ans dans un coin de la station gare de Lyon, au carrefour de la ligne 1 du métro. Éclairé par la lumière blafarde des néons blancs, peu de gens le regardent, et très peu s’arrêtent. Ce sont eux, qui, généreusement, lui offrent des pièces qui croupissent au fond de leur poche.

Ronchon

Seul avec son accordéon, blotti sous sa polaire rouge et son béret, Filippo joue un répertoire passé d’âge. De Luis Mariano à Edith Piaf, ces airs sonnent comme la nostalgie du Paris du 20e siècle. « Le 21e siècle ? C’est un siècle que je ne connais pas. Il faut que l’on m’apprenne ! C’est quoi cette société-là ? » s’énerve, révolté, l’accordéoniste entre deux chansons.

Filippo, clown seul | Gurvan Kristanadjaja

Des choses à dire, il en a. Sur la politique surtout. Mais il faut le faire parler. Le gouvernement actuel, trop peu socialiste à son goût, le gouvernement précédent, trop peu généreux pour les gens comme lui. Filippo est adepte des bons mots : « La politique aujourd’hui, c’est comme mon accordéon : la gauche pousse la droite, la droite pousse la gauche et entre les deux, y’a que du vent. Moi je vais fonder un parti, le PCPSG : Parti Chacun Pour Sa Gueule. C’est comme ça que ça marche maintenant, on s’en fout des autres. Regarde-moi dans le métro, les gens passent, ils s’en foutent, ils ne pensent qu’à leur gueule. »

L’homme est un peu comme Coluche, son idole. Un blasé qui critique beaucoup, mais dont le seul but de son existence est de « mettre de la gaieté dans la vie des gens ». A défaut d’en avoir dans la sienne.

Deux jours de musique, c’est 70 euros en moyenne. Et 70 euros, c’est ce que je paye en courses à Intermarché

Glory Days 

S’il souffre autant du peu d’importance que lui accordent les passants, c’est qu’avant, son métier, c’était de se faire remarquer. Filippo, c’était son nom de scène et il était clown-blanc accordéoniste. Un Guignol à l’ancienne, style Pierrot, quand aujourd’hui le seul clown que l’on côtoie est Ronald MacDonald. Lui a vécu l’âge d’or de la profession, ce temps où l’artiste était jugé par son répertoire musical, son accoutrement et son art du gag, et non par sa capacité à gonfler des ballons de baudruche.

Filippo, clown seul | Gurvan Kristanadjaja

Aujourd’hui, Filippo est un clown triste. Avec comme seul maquillage son visage ridé et marqué par le temps et les épreuves. À l’entendre, l’envie est forte de lui dire de positiver, de se relever et de retrouver son ambition passée. Mais l’homme ne peut plus être raisonné, il a vécu trop de déceptions. Il est blasé.

Crise

Le musicien a pourtant vécu des moments heureux : un mariage depuis plus de vingt ans, et des spectacles dans divers cirques parisiens et italiens. « Ça marchait bien pour moi à l’époque. Surtout en Italie », raconte-t-il. Pas d’enfants, il n’en voulait surtout pas. Filippo était bien assez occupé à les faire rire. Puis la crise a stoppé net son activité plutôt lucrative. Des contrats à 2.500 euros en Suisse pour faire le clown dans des grands salons d’exposition envolés du jour au lendemain. « Cette semaine par exemple, je devais aller bosser pour un salon à Genève. Trop peu d’exposants, le show a été annulé. En ces temps difficiles, le gens n’ont plus le temps ni les moyens de rire », explique l’accordéoniste.

Cercueil

Lorsqu’on lui demande ce qui le rend heureux aujourd’hui, il répond froidement:

« Rien. Moi j’attends une chose, c’est d’avoir les deux pieds entourés par quatre planches. Je suis comme un train qui a fait beaucoup de chemin. Je ne peux plus revenir en arrière, et je sais que la fin est proche. En attendant, je survis comme je peux. »

La suite de l'article sur StreetPress
 

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