Les femmes de la Berlinale 2013

lundi 18 févr. 2013 | Anastasia Lévy

La 63è Berlinale a fait la part belle aux femmes. Fortes, dominées, inverties, libérées, elles sont bien là, souvent en gros plan devant la caméra, quand elles sont encore trop peu derrière. Et le palmarès les célèbre tout autant. 

Au palmarès 

Paulina Garcia est Gloria, de Sabastian Lelio | Photo DR

Dans Gloria, du chilien Sebastian Lelio, la sublime Paulina Garcia, lauréate du prix d’interprétation féminine, joue une femme de 58 ans, divorcée avec deux enfants qui n’ont plus besoin d’elle, qui repart à la recherche de l’amour. La réalisation plutôt sobre laisse toute la place à l’empathie pour Gloria la passionnée, qui refuse de s’avouer vaincue face à sa vie amoureuse en berne, et nous emmène dans son intimité drôle et touchante. Elle passe ses nuits en boîte, d’aventures en aventures jusqu’à ce que, doucement, l’espoir surgisse. La caméra filme son héroïne avec tout l’amour qu’elle met dans ses relations.

L’ours d’or, récompense suprême, a été attribué à Child’s pose, du roumain Calin Peter Netzer. Un homme a renversé, et tué un enfant par accident : sa mère, l’intense Luminita Gheorghiu, décide de tout faire pour éviter la prison à son fils. Elle prend ainsi toute la place qu’on lui refuse d’habitude, à force d’argent, de pouvoir et d’amour filial inapproprié. La caméra est aussi oppressante que la mère et on sort de ce film soulagé de ne plus être au coeur du drame.

L'ours d'Or 2013, Child's Pose, de Calin Peter Netzer | Photo DR

Egalement au palmarès, An episod in the life on an iron picker, du bosnien Danis Tanovic, Promised land de Gus Van Sant, Layla Fourie, le nouveau film de Pia Marais ou encore Vic + Flo ont vu un ours, ces deux derniers mettant encore en scène des femmes qui doivent lutter avec une situation inconfortable quand elle n’est pas insupportable.

Deux française dans la tourmente

Côté français, on enferme les femmes qui tiennent tête à l’autorité, religieuse et masculine : dans La Religieuse de Guillaume Nicloux, ou Camille Claudel de Bruno Dumont. La première, joliment interprétée par Pauline Etienne, doit passer sa vie dans les ordres pour ne pas troubler la sérénité familiale. Mais l’héroïne de Diderot, à la foi chancelante, a trop de doutes pour être laissée en paix, et devient l’objet principal de l’attention abusive de ses mères supérieures successives.

Le péché de Camille Claudel aura été d’être célibataire. Celle qui a quitté Rodin pour ne plus seulement être son élève, et voulait vivre une vie calme dans son studio parisien se fait enfermer dans un asile du sud de la France. Lâchée par tous, dont son "petit Paul" qui ne lui pardonne pas les errements inacceptables pour une femme à cette époque, Camille se retrouve entre les fous, seule saine d’esprit, gagnée par la paranoïa et le désespoir. Le film, qui repose entièrement sur les relations de Camille Claudel, aux autres, à la sculpture, à la caméra, est exigeant, mais aussi stimulant et dramatique.

Camille Claudel, de Bruno Dumont.

Notre époque 

Retour en 2013 avec les errances de jeunes femmes entre post-adolescence et âge adulte, avec Frances Ha et Nobody’s daughter Haewon, subtils récits sur le déséquilibre de cet âge charnière.

Nobody's Daughter Haewon, de Hong Sang-Soo | Photo DR

Hong Sangsoo revient avec un film d’une délicatesse rare, faussement naïf, racontant l’histoire d’une jeune étudiante qui vit une aventure avec son prof de cinéma marié. La candide Haewon, qui se voit comme une Charlotte Gainsbourg coréenne, est aux prises avec sa relation adultère, les cours qu’elle sèche, et les différents hommes qu’elle rencontre et fascine. Encore une fois, les personnages d’Hong Sangsoo crient leur amour du cinéma, quand le sien est autant ancré dans les nouvelles vagues coréenne que française.

Frances Ha, de Noah Baumbach | Photo DR

A l’autre bout du monde, à New-York, Frances Ha, apprentie danseuse, vit une amitié fusionnelle avec sa meilleure amie. Mais celle-ci rompt quand elle rencontre un homme : finies les fausses bagarres dans le parc, les clopes fumées à la fenêtre, voici qu’on prend des nouvelles de l’autre par des amis communs, et ses décisions d’adulte sans en référer à la confidente de toujours. On savait que Noah Baumbach savait filmer les crises existentielles avec brio (Greenberg, The squid and the whale), mais il n’a sûrement jamais été aussi juste. Et son héroïne, interprétée par la sublime Greta Gerwig (une des Damsels in distress de Whit Stillman), ravit de bout en bout dans le rôle de cette figure Woody-Allenesque, comme si la Tracy de Manhattan était projetée dans les scènes délicieuses d’Annie Hall, le tout sur du Georges Delerue.

Catherine Deneuve, toujours 

Catherine Deneuve, Elle s'en va, d'Emmanuelle Bercot. | Photo DR

C’est une autre crise existentielle que vit l’héroïne d’Elle s’en va d’Emmanuelle Bercot. Catherine Deneuve, qui tient un restaurant déficitaire avec sa mère, se fait implicitement larguer par celui dont elle est la maîtresse : elle craque et part faire un tour. Ce qui n’était censé être qu’un décrochage de quelques heures se transforme en voyage et retour aux fondamentaux familiaux, sa fille, son petit-fils qui ne se souvient plus d’elle. Ce road-movie franchouillard révèle une certaine justesse et réussit à ébranler le spectateur, notamment grâce à une irrésistible Catherine Deneuve, et une caméra qui ne se place jamais plus haut que ses modestes sujets et cadres.

Des femmes devant la caméra, observées, scrutées, sublimées, on en a vu durant cette Berlinale. Mais Emmanuelle Bercot est en revanche une des rares femmes réalisatrices du festival, avec Jane Campion venue présenter une mini-série, ou Pia Marais récompensée d'une mention spéciale du jury.

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