Trio cannois

jeudi 24 mai 2012 | Etienne Baiffer

Trois films (quatre avec le Cosmopolis de Cronenberg vendredi) en compétition au 65e festival de Cannes sont déjà visibles sur les écrans. Petit tour des forces en présence. 

Sur la route 

Sur la route de Walter Salles | © Concorde Filmverleih GmbH

Sur la Croisette, l’adaptation du livre culte de Jack Kerouac a fait la quasi-unanimité contre lui. Assez injustement. A mi-chemin entre road movie et roman d’apprentissage (presque autobiographique), le matériau littéraire était suffisamment riche pour être porté à l’écran. Mais aussi trop foisonnant pour que nombre de réalisateurs – et pas des moindres : Hopper, Godard, Van Sant – fassent mentir sa réputation d’œuvre « inadaptable ». Walter Salles y est parvenu et, si certains, reprochent à Sur la route sa longueur, force est de constater qu’il parvient plutôt bien à montrer la force du lien unissant Sal Paradise et Dean Moriarty (les doubles de fiction de Jack Kerouac et Neal Cassidy), où se mêlent amitié, respect, admiration mais aussi la déception.

De Rouille et d'os

L’un des films qui a fait le plus parler de lui depuis le début du festival et qui a réalisé un très bon score au cours de sa première semaine d’exploitation en salle est aussi une adaptation d’œuvre littéraire. Le scénario s’inspire très librement de deux segments du recueil de nouvelles de Craig Davidson, Un goût de rouille et d’os. De rouille et d’os, donc, raconte l’histoire de deux êtres cabossés (au sens propre comme au figuré). Lui est un père divorcé qui s’installe, avec son fils de quatre ans chez sa sœur caissière, dans le Sud. Elle est dresseuse d’orque dans un parc aquatique jusqu’au jour où, elle se réveille, après un accident, amputée des deux jambes. Il n’est pas la brute qu’il a l’air d’être. Elle n’est pas la chose fragile qu’elle donne l’impression d’être. Mais ils ne l’apprendront qu’après s’être apprivoisés.

De Rouille et d'os | © Tobis Film

Jacques Audiard est sans doute le réalisateur français actuel qui a la plus grand maîtrise de son art. Sa mise en scène ne souffre d’aucune imperfection et, si ses précédents films – Un Prophète et De battre mon cœur s’est arrêté, en tête – ont été couverts d’éloges et de récompenses, on pouvait leur reprocher leur perfection glacée, imperméable aux émotions. Une critique impossible à formuler à l’égard de De rouille et d’os, mélodrame tout en subtilité et nuances, qui laisse une impression sèche et profonde au spectateur. Et devrait se retrouver au palmarès cannois final.

Moonrise kingdom

Avec Moonrise Kingdom, Wes Anderson ouvrait les festivités il y a un peu plus d’une semaine. Les fans de la première heure ne seront pas déçus et suivront sans rechigner cette histoire d’adolescents qui fuguent pour vivre pleinement leur amourette, poursuivis par leurs parents flippés et des boy-scouts zélés. Dès la première scène, l’ambiance ”maison de poupée” est posée.

Moonrise Kingdom | © Roger Arpajou / Why Not Productions

Les personnages ne sont alors plus à envisager que comme de jolis pantins à la patine sixties qu’Anderson manipule dans son petit théâtre pour se/nous raconter une histoire fantasque s’échappant par moments vers l’absurde. Moonrise Kingdom est un film très drôle, à la photo très réussie mais les âmes chagrines n’ont pas manqué de souligner que Wes Anderson se contente de resservir une recette qui a fait ses preuves mais ne surprendra guère ceux qui ont vu ses précédents films. Il est vrai que l’auteur de La Famille Tenenbaum et de La Vie aquatique n’offre qu’une faible variation des thèmes et motifs qui lui sont chers (la mélancolie, la famille, la relation aux autres…) mais le duo de jeunes acteurs est des plus attachants. Ce sont d’ailleurs eux qui sont au centre des plus beaux moments du film. Dès qu’un acteur adulte (et le casting, de Bill Muray à Bruce Willis et Edward Norton et Tilda Swinton, est richement pourvu) entre dans le cadre, il a tendance à cabotiner, trop conscient ”d’être dans un film de Wes Anderson”, du coup, la magie se rompt par moments.

> Sur la route, réalisé par Walter Salles, Etats-Unis/France/Grande-Bretagne, 2011 (2h20)
> De rouille et d’os, réalisé par Jacques Audiard, France/Belgique, 2011 (1h55)
> Moonrise Kingdom, réalisé par Wes Anderson, Etats-Unis, 2011 (1h34)
 

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