Un village parisien

mardi 31 mai 2011 | Dorothée Duchemin
Au cœur de la ville, se dresse un village moderne, aux allures de vieux quartier parisien et où on sait vivre ensemble. L’Eden Bio, des logements sociaux et des ateliers d’artistes dans le XXe arrondissement : un lieu où on laisse pousser la nature.
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Portrait d'Edouard François | Photo DRL'une des deux venelles | Photo Dorothée Duchemin Un lieu paisible | Photo Dorothée DucheminLes bicoques font face au grand immeuble central | Photo Dorothée DucheminLa glycine pousse depuis trois ans | Photo Dorothée DucheminLes bicoques : jeu de hauteurs | Photo Dorothée DucheminUn bâtiment végétal | Photo Dorothée DucheminDes logements traversants | Photo Dorothée DucheminTrois escaliers extérieurs, de chque côté | Photo Dorothée DucheminAux pieds des marches, les espaces verts | Photo Dorothée Ducheminun dimanche tranquille | Photo Dorothée DucheminLes tuiles mécaniques | Photo Dorothée DucheminDes façades de zinc | Photo Dorothée DucheminA chaque fenêtre, les pots de fleur | Photo Dorothée DucheminDu bois, sans peinture | Photo Dorothée DucheminBois, béton, zinc | Photo Dorothée DucheminDes habitations directement sur l'extérieur | Photo Dorothée Duchemin| Photo Dorothée DucheminPas de hall d'entrée | Photo Dorothée DucheminDeux venelles parallèles | Photo Dorothée DucheminEmpruntées par les maraîchers | Photo Dorothée DucheminAmbiance verte, la nuit | Copyright David BourreauLe parking, 52 places | Copyright David Bourreau

Un dimanche de mai, baigné de soleil, pas un bruit sinon les rires des enfants, la vaisselle qui s’entrechoque dans l’évier, les conversations des adultes qui s’évadent par les fenêtres ouvertes. La végétation - des arbres et des plantes - n’a pas tous les droits, mais presque. Difficile d’imaginer le tumulte de la capitale, pourtant si proche.
Un quartier typique de Paris, où les venelles empruntées par les maraîchers émaillent toujours le lieu. Un îlot de 7 700 m² au cœur du XXe arrondissement. Les Maraîchers, un quartier populaire où sont brassées des populations d’origines très diverses. Un lieu longtemps laissé en déshérence.

Rejet du façadisme

Au début de l’histoire, une trentaine de familles vit sur la parcelle insalubre, cernée par la rue Planchat, la rue des Vignoles, la rue Buzenval et enfin, la rue Terre-Neuve. Pressée par les associations d’habitants, la mairie de Paris lance un concours en 2003 pour réhabiliter l’îlot. Le projet de l’architecte Edouard François est livré en 2008 : 99 logements sociaux et 14 ateliers d’artistes attribués par le conseil culturel de Paris.
« En simultané, je réalisais le Fouquet’s Barrière sur les Champs-Elysées, un autre type de réponse pour un autre type de quartier. Il s’agissait d’un travail sur la façade, dans le sens bourgeois du terme. C’est-à-dire qu’on est dans la représentation. Dans le XXe, on quitte tout à fait les problématiques de la représentation pour celles de la vie sociale. Voici un quartier vivant, hétéroclite, et ce charme mystérieux d’un lieu qui n’a aucune prétention. »

Les associations d’habitants ont été consultées et ont pesé dans le cahier des charges élaboré par la mairie : conserver l’identité du lieu. Mais cette pression autochtone n’a pas gêné l’approche d’Edouard François : « Deux cents mètres à côté, je donnais un coup de main pour un autre îlot, avec deux venelles identiques, sur lequel est bâti un gymnase. Même îlot, mêmes associations, mêmes problématiques. »

Conserver la forte identité du lieu

L’Eden Bio, nom de baptême du quartier réhabilité, a été livré aux familles et aux artistes en 2008. Au centre, un imposant bâtiment végétalisé, de chaque côté, une venelle bordé par des jardinets. Ces petits espaces verts agrémentent des petites maisons ; des bicoques, ambiance faubourg. Serrées les unes contre les autres, jeu de hauteurs, surplombant les venelles. « La maison de ville propre à ce quartier. » Il n’a pas choisi de construire sur la rue. A la place, c’est un véritable petit village dans le quartier qui se dresse derrière les grilles. « Je ne voulais pas toucher à ce qui était sur la rue, historiquement installé. Constituer l’ilot en construisant sur rue massivement et en vidant l’intérieur allait contre le processus d’urbanisation historique de ces zones maraichères. »

Et à Paris, la tendance n’est plus à une homogénéisation des zones urbaines mais au respect de l’identité des arrondissements et des quartiers. « On ne construit pas dans le XIVe comme on construit dans le XXe ». Ici, ce sont ces venelles et ces impasses qui ont forgé l’identité forte des lieux. « Là, on est dans l’hyper vernaculaire, c’est très intéressant. »

Au centre, l’immeuble végétal, façade et toiture végétalisées, est enserré dans la grimpante glycine, qui s’accroche à une structure en bois. Constitué d’appartements traversants, trois escaliers extérieurs de bois et béton, de chaque côté, lézardent les façades et desservent chacun des appartements. Et pour les rez-de-chaussée, il s’agit en fait de rez-de-jardin. Trois étages et 75 mètres de longueur. « Ici, le hall d’entrée ce sont les venelles. Les habitants ouvrent leurs portes et voient le ciel. D’habitude, on ouvre sa porte et on se retrouve dans un lieu sombre à la moquette élimée qui sent la crotte de chien et qui n’est pas ventilé. » On est dehors, tout de suite. Face au ciel et à la nature qui s’expriment. Ici on récupère l’eau de pluie, et on n’aime pas la peinture, le bois est brut.

Ça pousse

« J’ai acheté des plantes, un euro le pied bio. Par contre, j’ai dû décaper la terre du terrain sur un mètre de profondeur. » Un amoncellement de détritus en tous genres, pneu, machine à laver où rien n’aurait réussi à pousser, sinon d’autres machines à laver. « Mieux qu’un jardin bourgeois avec des boules en buis et je ne sais quel arbre improbable. Je n’ai planté que ce dont j’avais besoin pour végétaliser la façade, de la glycine. » Le reste est arrivé à l’état de pollen, y a trouvé une bonne terre bio. Et depuis trois ans, "silence, ça pousse", sans produit chimique.

L’intérêt réside aussi dans le rapport que le quartier entretient avec la nature. « J’ai mis en place une stratégie du temps. Le visage de l’Eden Bio à la livraison, à un an, à trois ans, à cinq ans en hiver et à cinq ans en été. J’ai réfléchi sur les questions du temps et de la nature. »
Les bicoques et l’immeuble végétal sont de zinc, brique, bois, béton et tuile mécanique. « Favella chic », lâche Edouard François. L’homme fustige les matériaux des bourgeois, « au-dessus de leurs moyens, ils ne tiennent pas dans la durée », seuls les matériaux aristocrates et populaires tiennent la distance.

Le sombre garage est baigné d’une lumière rouge, murs entièrement taggués. Aucun acte de vandalisme n’est à déplorer. Les taggueurs du XXe arrondissement, dont la réputation n’est plus à faire, ont été invités à habiller les murs. Et le parking est une œuvre d’art collective. « Le fait qu’ils aient pu s’exprimer en sous-sol fait de cet endroit un sanctuaire auquel ils ne touchent pas. » Dit celui dont le portrait s’allonge sous un néon du parking.

En empruntant les anciennes venelles des maraîchers, piétonnes, on croise des adolescents, des mamans et des enfants. Ont-ils entendu ce qu’Edouard François nous a dit ? « Je répète une chose aux habitants : n’oubliez pas que c’est un lieu aimé et désiré. Beaucoup trop d’immeubles sont mal-aimé. Comment peut-on y vivre sereinement ? »

Ces gens vivent ensemble, partagent un jardin, se croisent dans les venelles et dans les serres où sont abritées les boîtes aux lettres. L’anonymat n’est pas de mise. Ici, on se dit bonjour. L’Eden Bio n’est peut-être pas le paradis, mais tout de même, qu’il est chaleureux !

 

> En savoir plus : le site de l’architecte Edouard François.

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