Odieuse et morbide Tyranny

mardi 27 sept. 2011 | Anthony Renaud
Tiffany Khalil, alias Tyranny, a une garde-robe bien garnie. En plus de son costume d'auteur-illustratrice, elle a enfilé celui de libraire, galeriste et éditrice. Son temple ? Le Pied de biche, à Paris qui, comme elle, n'a rien de commun. Rencontre avec cette attachante personne qui côtoie fréquemment les zombies.
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Pas besoin de venir avec votre boîte à outils, la porte s'ouvre sans difficulté. Face à nous, l'ambiance agréable et colorée de la galerie-librairie Le Pied de biche. Mais où est donc cette Tyranny, la maîtresse des lieux ? Vêtements colorés et sourire accueillant, Tiffany Khalil n'a rien de tyrannique. La jeune femme de 28 ans a ouvert, en mai 2010, cette galerie-librairie, située rue de Charonne dans le XIe arrondissement à Paris. Un endroit captivant et apaisant. Une librairie spécialisée dans les éditeurs indépendants où l'on resterait des heures, à fouiller, à dénicher le livre rare ou inattendu. Et même une fois l'ouvrage débusqué, aucune envie de quitter le lieu. Cette boutique, Tiffany l'a pensée dans les moindres détails. « J'ai essayé de créer un univers. Je souhaitais que les gens entrent et se sentent chez eux, comme dans une maison. C'est déjà assez impressionnant d'entrer dans une boutique et d'être seul, alors autant s'y sentir bien ».

Cette ambiance éclatante et gracieuse, Le Pied de biche l'a fait naître grâce aux ouvrages qu'il renferme. Dans sa boutique, Tiffany propose sa sélection. Selon ses goûts. Pas d'exhaustivité. Priorité aux auteurs et éditeurs alternatifs, français (Ludovic Debeurme, Ruppert & Mulot, Nine Antico, etc.) et étrangers. En version originale et en version française. Les romans graphiques côtoient les bandes dessinées, les revues et les couleurs vives – jaune, bleu, rouge – des comics américains. Une bonne place est réservée aux imports rares et collectors que Tiffany deniche à Londres ou aux Etats-Unis : des BD de Johnny Ryan à la collection "Anticipation" (science-fiction des années 1950) de l'éditeur Fleuve noir.

Parce que c'est bien l'underground qui est mis en valeur ici. « Je suis une adepte de cette culture américaine un peu trash des années 80, des films de John Hugues, etc. Mon enfance a été baignée par des romans graphiques américains. Et lorsque je cherchais un nouvel album, en version originale de surcroît, j'ai toujours dû faire plusieurs librairies, sans jamais vraiment trouver mon bonheur. » Lassée de ne pas pouvoir mettre facilement la main sur des auteurs comme Charles Burns, Daniel Clowes ou Chris Ware – ses maîtres, des références dans la librairie – celle qui est alors traductrice spécialisée dans l'audiovisuel décide, l'an passé, de lancer sa propre boutique. Radical.

Une galerie-librairie fréquentée par les zombies

Et comme Tiffany est ambitieuse, elle ne se contente pas d'enfiler le costume de libraire. Elle veut également offrir une visibilité à des artistes remarqués de-ci de-là, « mes coups de cœur ». La librairie sera aussi galerie. « Les livres, les BD, je les vois comme des œuvres d'art, et je voulais que ce qui est accroché aux murs raconte aussi des histoires. L'idée, c'est que la librairie soit indissociable de la galerie, que les deux fonctionnent ensemble. Il y a un lien entre les œuvres de l'auteur exposé et les livres installés sur les étagères. Quand j'expose un artiste, je lui demande ses ouvrages préférés pour les mettre en avant. » Un lieu où l'objet – le livre, sa couverture, son format, son graphisme – est aussi important que ce qu'il raconte.

Cette galerie-librairie atypique à Paris l'est également parce que souvent fréquentée par les zombies. Voilà un autre aspect de l'univers de Tiffany : les références à ces pâles revenants. Elles sont nombreuses ici, à commencer par le nom du lieu. « Le pied de biche, c'est l'arme la plus redoutable en cas d'invasion de zombies. C'est Max Brooks qui l'explique dans son Guide de survie en territoire zombie, s'amuse Tiffany. Quand je l'ai ouvert, j'ai tout de suite accroché sur ces termes pour l'appellation de la boutique », précise cette fan de films d'horreur, que le morbide « fait plus marrer qu'autre chose ». Mais les morts-vivants ne se sont pas arrêtés là. Ils font également partie de Tiffany l'artiste, c'est-à-dire Tyranny. Illustratrice amateur, Tiffany l'était bien avant son métier de galeriste-libraire.

Depuis toute petite, elle dessine. Et commence à exposer en 2004, au Centre culturel de Dieppe, au Cabaret Sauvage mais aussi à la Maison des Métallos. Ses œuvres ? Elles représentent des personnages rarement beaux, mais toujours attachants. Jamais méchants malgré leur... différence. Russell, George, Timmy ou Betty ont souvent l'air penaud, des lunettes, parfois deux têtes, des cheveux par milliers, des problèmes dentaires, la bouche ouverte : grimaces ou sourires forcés? « Ces personnages, ce sont les copains que je n'ai pas eus quand j'étais petite. Enfant, j'étais solitaire, j'ai créé mon monde, mes amis. Ce sont des anti-héros, des gueules cassées », explique cette Libanaise qui tire son nom d'artiste de la ville de Tyr.

La plupart des artistes exposés au Pied de biche évoquent cet univers poétique, loufoque, inquiétant voir cynique. Des créatures, pas tout à fait des monstres. D'Odieux personnages, comme dans cette exposition collective (collages, peintures, encre, etc.) de juillet dernier, à laquelle a participé Tyranny. « Moi, j'ai dessiné des handicapés qui mangeaient des glaces... ».

Tiffany expose... Tyranny

Après avoir hésité, par peur de paraître prétentieuse, Tiffany s'est décidée à exposer... Tyranny. Sur les conseils et l'insistance de ses amis. Jusqu'au 9 octobre, ses illustrations ornent donc les murs de sa propre galerie. Soixante-six œuvres originales spécialement créées pour l'occasion intriguent le visiteur attentif ou le lecteur évasif. Une exposition à soi certes, mais deux mois et demi de travail intensif, jour et nuit, avec une sacrée pression en guise de préparatifs. La bouteille de Coca-Cola scotchée à la main. « En exposant dans ma galerie, je savais que je serai davantage jugée, et attendue au tournant. J'ai travaillé sans relâche et imaginé de nouvelles choses. Notamment un gros travail sur les supports, que je ne souhaitais pas rectangulaires ou carrés, et les techniques utilisées. Je voulais varier les œuvres, en utilisant encre, peinture et même pyrogravure. J'ai aussi fait de la couture ! »

Des œuvres, souvent en noir et blanc, des formats inhabituels qui permettent de vraiment saisir l'exigence et l'univers de Tyranny. Et de faire connaissance avec Justine Justice : la super héroïne, présente sous verre à l'exposition, sera le personnage principal d'une future bande dessinée en 3D, imaginée en binôme avec Louis Sourdille. Sortie prévue en décembre prochain, aux éditions... Le Pied de biche.

Parce que l'objectif de Tiffany, c'est aussi de développer l'édition ! Justine Justice sera le troisième album édité par ses soins. Une BD très marquée par l'inoubliable série Walker, Texas Ranger et le film de science-fiction Invasion à Los Angeles, de John Carpenter. « Je ne suis pas du genre à avoir mon carnet et à faire des croquis dans le métro. Par contre, j'ai souvent mon appareil photos avec moi. Je suis très attentive aux plans, au cadrage, à la mise en scène en photo comme au cinéma, note l'ancienne fan de Tim Burton, période Vincent et Beetlejuice. Il m'arrive souvent de faire des captures d'écran quand je regarde un film ou une série. Ça m'inspire ». Inspirée, Tiffany l'est en permanence. Sa prochaine envie ? « Visionner Fantastic Mr. Fox et... dessiner des animaux humanisés ». 

 

> En savoir plus :
Site du Pied de Biche.

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