Objets trouvés, meubles réincarnés

mercredi 18 janv. 2012 | Marie Desgré

Des palettes laissées à l’abandon devenues un banc public, un meuble cassé transformé en chaise fonctionnelle… Dans les rues de Paris, les objets voués à la décharge reprennent vie sous les outils de Jeremy Edwards, designer de "prototypes", véritable magicien des meubles aux vies multiples. 

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Etagère | Photo Jeremy Edwards Exposition Meubles libres l Photo Marie DesgréTable | Photo Jeremy Edwards Bureau | Photo Jeremy Edwards Banc | Photo Jeremy Edwards Bibliothèque | Photo Jeremy Edwards Etagères | Photo Jeremy Edwards Porte-manteau | Photo Jeremy Edwards Bar | Photo Jeremy Edwards Banc | Photo Jeremy Edwards Jeremy Edwards | Photo Marie Desgré Meubles libres | Photo Marie Desgré

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » : la maxime de Lavoisier semble être écrite sur chacun des meubles auxquels Jeremy Edwards a donné une nouvelle vie. Si ce designer passe dans une rue où s’agglutinent des meubles cassés, laissés à l’abandon en attendant que le service des encombrants vienne les enlever, il y a des chances pour qu’il y voit un peu plus qu’un tas de planches sans utilité. Et si vous passez dans cette rue juste après lui, vous deviendrez sûrement l’heureux propriétaire d’un meuble (presque) tout neuf. Car la démarche est spontanée de bout en bout : les meubles fabriqués dans la rue sont laissés sur place, pour que les habitants du quartier se les approprient.

Objets trouvés, meubles réincarnés

« J’ai commencé l’été dernier à Paris. Je m’intéresse beaucoup à la réappropriation, à la continuation du cycle de vie des objets. Un jour, je me suis installé dans la rue avec mes outils, et j’ai créé à partir des objets que je trouvais », explique ce designer d’ordinaire spécialisé dans l’aménagement intérieur, l’éclairage et la création de meubles sur mesure. Un peu à la manière d’un jeu de construction pour enfant, il démonte, pour remonter les pièces dans un autre ordre, suivant sa propre notice. D’une ancienne bibliothèque naît ainsi une chaise, une table ou un porte-manteau.

Communiquer à travers les meubles

« Ce que je fabrique est déterminé par l’endroit où je me trouve », précise Jeremy Edwards. Aussi, en voyant des palettes abandonnées près d’appuis à vélos, il a construit « un banc en prenant ces appuis comme base », indique le designer. Bien sûr, dans ce cas, plus question d’emmener le banc chez soi : il est devenu une nouvelle pièce de mobilier urbain dans le paysage. « J’indique toujours mon adresse e-mail sur les pièces que je construis. Plusieurs personnes m’ont contacté pour me remercier de l’avoir construit ! Elles m’ont expliqué comment ce coin de rue, où les gens déposaient habituellement leurs détritus, était devenu un endroit animé ».

Objets trouvés, meubles réincarnés

Plus drôle encore, certain l’ont même contacté… pour qu’il assure le service après-vente ! « Quand le banc a été cassé, une personne m’a écrit pour me demander si je pouvais venir le réparer, en me proposant un coup de main », se souvient l’artiste, ravi que ses œuvres créent un tel engouement et une véritable communication avec les passants. Un peu plus tard, le banc a été peint en blanc : « c’est génial, les gens se le sont appropriés ! ». Puis il a été définitivement cassé. « C’est le cycle de la vie d’un objet », analyse Jeremy Edwards.

Des meubles cassés aux "prototypes"

Des œuvres qu’il a créées dans la rue l’été dernier, le designer en a gardé quelques unes : on peut les découvrir jusqu’au 30 janvier à Paris, à la Naço gallery, où elles sont exposées sous le titre "Meubles libres". Après, elles retourneront tout naturellement dans la rue. Et pas n’importe où : dans leur environnement naturel. « Je note toujours l’endroit où j’ai créé un objet », explique-t-il. Le designer né à Liverpool a vécu à Londres, Milan, Montpellier et Stockholm avant de poser ses valises et sa caisse à outils à Paris, il y a neuf ans. Son projet, il songe désormais à le transposer aux rues de ces autres villes, de ces autres pays. « Ça m’intéresse de voir quels types de meubles, de matériaux je peux trouver ailleurs, dans d’autres villes d’Europe. Et de voir comment les habitants de ces villes réagiront, s’ils s’arrêteront comme à Paris pendant que je travaille, et s’ils auront l’envie de repartir avec les meubles pour contribuer à leur donner une autre vie, en les utilisant dans leur nouvelle fonction. »

Objets trouvés, meubles réincarnés

Si la démarche des "meubles libres" s’inscrit dans le thème de la revalorisation des objets et de leur partage, les créations de Jeremy Edwards n’ont pas forcément vocation à rester des pièces uniques. Il projette d’ailleurs d’envoyer les photos, avant et après reconfiguration de ses objets, aux fabricants des meubles originaux. « Après tout, ce sont des prototypes, et chaque objet a une utilité. Alors pourquoi ne pas envisager de les répliquer, pour créer de nouveaux modèles ? »

Le site de Jeremy Edwards : http://www.jeremy-edwards.com
 

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