Mosko et associés, peintres ouvriers

mercredi 11 avr. 2012 | Dorothée Duchemin

Le Cabinet d’amateur accueille Mosko et associés jusqu’au 22 avril. L’occasion de revoir ou découvrir ce formidable bestiaire qui porte fièrement les couleurs de ses créateurs. Aujourd’hui dans la galerie, et depuis toujours dans les rues de la ville, Mosko et associés offrent un spectacle bigarré, exotique, inattendu. Un cheptel pour repousser la grisaille, des animaux au pochoir pour susciter l’étonnement.

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Tigre sur Bois, exposé au Cabinet d'amateur | Photo Dorothée DucheminGirafe "soleil couchant" et Tigre | Photo Dorothée DucheminDans l'atelier de Montreuil, avec Jérôme Mesnager et Jef Aérosol | Photo Dorothée DucheminDans l'atelier de Montreuil | Photo Dorothée DucheminGirafe à l'entrée de l'atelier | Photo Dorothée DucheminMosko et la girafe | Photo Dorothée DucheminMosko et la panthère | Photo Dorothée DucheminZèbre à l'entrée de l'atelier | Photo Dorothée DucheminPapillon, proche de l'atelier | Photo Dorothée DucheminAra, proche de l'atelier | Photo Dorothée DucheminSuricates à l'entrée de l'atelier | Photo Dorothée DucheminZèbre dans Montreuil | Photo Dorothée DucheminZèbre dans Montreuil | Photo Dorothée DucheminSignature de Mosko et associés | Photo Dorothée DucheminGirafes dans une rue de Montreuil | Photo Dorothée Duchemin

Trois suricates se tenant sur leurs pattes arrière veillent à l’entrée. Passé le mur d’enceinte, c’est une grande girafe, une panthère et un zèbre qui nous accueillent. Tongs, T-shirt, jean tâché de peinture, il vient à notre rencontre, l’œil affable et le visage souriant. Ici, c’est l’atelier de Gérard Laux, l’homme de Mosko et associés. Des girafes, des zèbres, et autres représentants du bestiaire estampillé Mosko et associés sont actuellement exposés à la galerie le Cabinet d’amateur. A cette occasion, Mosko raconte les secrets de sa faune.

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Pour le quartier de la Mosko

Au départ était deux amis, Gérard Laux et Michel Allemand. Tous deux étaient des ouvriers du livre, très engagés dans la lutte syndicale. Le premier est très imprégné par son quartier, la Moskova, un îlot du XVIIIe arrondissement. Déclaré insalubre en 1938, « à mon époque, c’est les égouts à ciel ouvert et course de rats dans la rue », se souvient Gérard. En 1989, est décidée une réhabilitation du quartier censée passer par la démolition des bâtisses, remplacées par des immeubles de huit étages. L’association de défense du quartier n’en veut pas, elle se bat pour réhabiliter le lieu, sans annihiler son identité. Gérard notre hôte, décide quant à lui de peindre les nombreuses palissades. Aras et toucans naissent au cœur du béton. « Je voulais contrecarrer la grisaille ambiante. » Il signe Mosko. C’est en 90 qu’il débute avec son équipier Michel Allemand. Le jour où les bulldozers rasent deux pavillons sous ses fenêtres, il fait appel à son ami Michel. Les Mosko étaient réunis, quant aux associés, se sont les copains qui, depuis plus de vingt ans viennent aider à disposer les grands pochoirs, porter l’escabeau, veiller à la bonne santé de la ménagerie. Ensemble, ils créent une jungle imaginaire.

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En 1996, Mosko et associés se lancent même dans la construction d’un zoo, le Zoo de Ménilmontant, avec Jerôme Mesnager et Nemo. Des murs de 40 mètres de long, 4 mètres de haut où tous s’en sont donnés à cœur joie pour transformer la friche. « Ce côté Robin des Bois, très libre, c’est ce qu’on aimait. » La liberté, on sent qu’elle lui tient aux tripes. C’est peut-être elle, sa muse.

Une jungle imaginaire dans le béton

Si Gérard officie sans Michel depuis environ quatre ans, Mosko et associés ont toujours conservé une seule et même ligne de conduite. « Je n’ai pas le coup de patte d’un grand peintre, le pochoir, c’est pratique. Dès le début, on faisait du pochoir polychrome. Quatre voire cinq couleurs. Si le thème est incongru, l’exécution, elle, est réaliste. »

Mosko et associés, peintres ouvriers

Incongru ? Est-ce qu’une girafe tenant fièrement sa tête dressée est incongrue au beau milieu des immeubles ? Surprenant un tigre guettant patiemment sa proie aux abords d’un terrain vague ? Etonnant le chatoyant ara rouge prêt à prendre son envol au-dessus du béton ? Ça l’est peut-être un peu. C’est aussi étonnant, décalé, drôle et gai. Mosko et associés, c’est tout un bestiaire qui est mis en scène, beaucoup de félins, mais aussi des girafes, des zèbres, des suricates, des aras, des papillons, des hippopotames. D’où vient cette drôle d’idée animalière ? « C’est une thématique très ouverte, qui parle à tout le monde peu importe l’âge, les origines sociales, les origines géographiques. » Un message universel. Les bestioles de Mosko et associés ne portent pas un message politique à proprement parler et pourtant…

Ouvrier, syndiqué, artiste

Aux prémices de l’aventure était l’envie d’embellir une zone urbaine en décrépitude, faire naître du beau dans un paysage désolé. Un véritable projet social pour une population noyée sous le bitume. C’était en 1989, il avait 36 ans, ne s’intéressait à l’art que de très loin. Il avait dessiné quand il était gamin, et en voyage, il ne se déplaçait pas sans carnets de croquis. Mais « c’est en voyant Miss.Tic, Jérôme Mesnager, Ernest Pignon-Ernest et Blek que je me suis dit que moi aussi, je pouvais peindre dans la rue. » L’ouvrier, fils d’ouvrier a pris la bombe pour offrir un souffle de joie aux passants des quartiers populaires. « Je suis un homme du peuple, ce sont des gens qui me touchent. J’ai vraiment une conscience de classe. Mais je ne suis pas borné, ça ne nous a pas empêché d’aller peindre sur un mur provisoire de l’avenue de Matignon ! »

Mosko et associés, peintres ouvriers

C’est aussi pour ça qu’il ne veut pas quadriller tout le territoire, peindre à chaque fois qu’il se déplace pour laisser une trace de son passage. « Ce côté "je pose partout où je suis" ne me plais pas trop. Je ne veux pas peindre pour ma satisfaction personnelle, uniquement pour moi, je veux peindre là où je sais que j’apporte quelque chose aux gens. Je veux que ça ait du sens. » Facile à dire pour quelqu’un qui aujourd’hui vend ses toiles dans les galeries ! « Justement, j’essaie toujours d’avoir des prix accessibles, de permettre de payer en plusieurs fois. C’est important pour moi. » Et la rue, il ne l’a pas lâchée.

Mosko et associés, peintres ouvriers

Elle reste un lieu d’exposition formidable. « Dans la rue, tu as un public directement, même s’il ne t’apporte rien financièrement. Au moins, ton boulot est vu ! Certains artistes ne montrent jamais leur travail ! » Et ce qui l’enthousiasme le plus, ce sont les rapports que Mosko et associés ont noué pendant toutes ces années avec le public, les habitants de ces quartiers populaires, cosmopolites.
Mosko et associés organisent leur première exposition en 2004. Gérard était encore ouvrier du livre. Il a quitté ce travail voici quatre ans, lorsqu’il est parti en préretraite. « On n’a jamais eu de plans de carrière dans la peinture. Mais depuis le début, on n’a fait que monter et oui, c’est satisfaisant. » Depuis qu’il a débuté dans le quartier de la Mosko, la passion reste intacte. Comme si sa vie avait tenu en parfait équilibre entre les luttes syndicales et le pochoir. Comme si le Chant des partisans résonnait dans une jungle imaginaire.

> Mosko et associés, Bestiaire et bestioles, exposition jusqu'au 22 avril 2012. Le cabinet d'amateur, 12 rue de la Forge Royale, 75 011 Paris.

> Le site de Mosko et associés

 

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