Molitor plonge dans le luxe

lundi 19 mai 2014 | Dorothée Duchemin

Molitor, la mythique piscine Art déco du 16e arrondissement de Paris, a finalement échappé à la destruction. Ancien temple du graffiti et repaire de fêtards, elle rouvre ses portes lundi 19 mai, muée en un luxueux hôtel cinq étoiles.  

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La nouvelle piscine Molitor | Photo Alexandre SoriaLa nouvelle piscine Molitor | Photo Alexandre SoriaMolitor | Photo Gilles RigouletMolitor, terrain de jeu des graffeurs. | Photo Thomas JorionMolitor, terrain de jeu des graffeurs. | Photo Thomas JorionLa cité interdite. | Photo Dimitri TolstoïMolitor au pochoir. | Photo Dimitri TolstoïPalette graphique. | Photo Dimitri TolstoïViens | Photo Dimitri TolstoïMolitor, à l'origine. | Photo DR

Elle avait été inaugurée en grande pompe par les nageurs médaillés olympiques Aileen Riggin Soule et Johnny Weissmuller en 1929. Molitor, la superbe piscine Art déco dessinée par Lucien Pollet ouvrait ses portes à côté du stade Jean-Bouin et des serres d’Auteuil, dans le 16e arrondissement de Paris. Patinoire l’hiver, piscine toute l'année, le "Paquebot Blanc", témoin de l’avènement du Bikini – son créateur Louis Réard l’y présenta le 5 juillet 1946 – fut le symbole du temps libre et des loisirs durant ses heures de gloire. Pourtant, la piscine municipale fut complètement laissée à l’abandon en 1989, l’année de sa fermeture pour cause d'insalubrité. Un an plus tard, elle passe à un coup de pioche de la démolition grâce à l’association SOS Molitor qui réussit à faire classer le bâtiment sur la liste des monuments historiques. 

Les années fastueuses

Ce lundi 19 mai, Molitor, qu’il convient désormais d’appeler MLTR, rouvre ses portes. Mais elle n’est plus la piscine publique qui attirait les Parisiens aux beaux jours. Cette fois, la piscine Molitor fait partie d’un luxueux complexe hôtelier, alors que la ville de Paris a cédé le bail en 2008 à un fonds d’investissement américain Colony Capital. Avec Accor et Bouygues, les Yankees auront eu besoin de deux ans et demi de travaux et de 80 millions d’euros pour rénover l’établissement. Les deux bassins d’été et d’hiver ont été réhabilités à l’identique. Les mosaïques et portes bleues autour du bassin couvert ont également été conservées. Les 124 chambres luxueuses des 13.000 m2 de l’hôtel donnent pour la plupart sur le bassin d’été. Molitor est rentrée dans le rang et a fait le deuil de ses années underground. Le site accueille désormais un club de détente, un hôtel et un restaurant, chics et chers. Comptez 300 euros en moyenne pour une chambre, 1.200 euros le droit d’entrée au club et 3.300 l’abonnement solo. Et même si vous êtes nantis, il faudra montrer patte blanche : seuls 1.000 chanceux argentés pourront faire partie de ce club très sélect. Que les petites gens se consolent, ils auront toutefois accès au bar et au restaurant. 

Les années clandestines 

Avant d’être ce luxueux établissement, la piscine Molitor fut le repaire des graffeurs et des fêtards de Paris. Désertée par les familles proprettes du 16e, c’est une tout autre faune qui y prend alors ses marques. Une faune qui laissa sa trace avec une multitude de graffiti réalisés durant plus de 20 ans sur le moindre cm2 disponible de la piscine.  

Les teufeurs y sont aussi allés de bon coeur. En 2001 notamment, quand le collectif Heretik, connu pour ses free parties y organise 24 heures de fête à ciel ouvert, avec cracheurs de feu et acrobates… Un coup d’éclat avant que le collectif quitte la clandestinité pour des activités toujours festives, mais licites.

 

La direction veut que Molitor reste un lieu d'accueil pour les artistes, mais de manière très officielle cette fois. Les cabines autour du bassin d'hiver pourraient accueillir des ateliers d'artistes et la Rolls de Cantona, taguée par JonOne, trône dans l'espace qui mène aux chambres. Mais les enceintes sont silencieuses et les graffiti sauvages ont disparu. Et même si les scolaires auront le droit d’y patauger trois fois par semaine, la piscine municipale n’est plus. Molitor a plusieurs vies, elle le démontre encore une fois. 

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