La ferme dans le béton

lundi 28 mai 2012 | Amelie Roux

Alors que l’étalement urbain fait débat, la question de la pérennité de la nature devient cruciale. La terre qu’elle soit nourricière ou d’agrément est indispensable dans nos vies. La Ferme du Bonheur, une ferme pas tout à fait comme les autres, s’engage non seulement à préserver cette nature mais aussi à l’aménager, à la cultiver, à l’étendre. C’est une équipe motivée qui se réunit, non seulement pour planter, sarcler, arroser mais aussi pour un moment de partage.

 




 

 

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Le verger de la Ferme du Bonheur | Amélie RouxLe favela théâtre | Amélie RouxLes parois amovibles du Favela Théâtre | Amélie RouxAmovibles et translucides | Amélie RouxLe bar | Amélie RouxLe Bal Forain | Amélie RouxLe bal forain accueille les manifestations culturelles | Amélie RouxLe poulaillier | Amélie RouxLes étables | Amélie RouxUn paon | Amélie RouxProduits issus des cultures de la ferme | Amélie RouxDépart vers le P.R.E, avec les moutons | Amélie RouxAu milieu des tours... | Amélie Roux... les friches | Amélie RouxDésormais paysagées | Amélie RouxUn moment convivial | Amélie RouxLe potager collectif | Amélie RouxDes lieux de pâturage | Amélie RouxLa convivialité | Amélie RouxLe travail | Amélie RouxPour que les espaces prennent forme ! | Amélie RouxRené des Prés  | Amélie RouxL'équipe et les bénévoles | Amélie RouxPour un réel engagement | Amélie Roux

Installée depuis plus de 19 ans à Nanterre, la Ferme du bonheur, projet à l’initiative de Roger des Prés, comédien et amoureux de la nature, vous invite chaque dimanche à célébrer et à travailler la terre. Avec l’aide de bénévoles, l’équipe de la Ferme du bonheur réussit petit à petit à transformer des friches laissées à l’abandon en véritables espaces paysagers. Citazine s’est rendu sur place et a assisté à ce "dimanche au Champ de la Garde sur le P.R.E (le Parc Rural Expérimental)".

Un lieu, une identité

Le rendez-vous est à 15h sur le site de la Ferme du bonheur. Accolé à l’université de Nanterre et à l’école de cirque, les Arènes de Nanterre, surplombé par des logements HLM, c’est un lieu atypique dans lequel nous pénétrons. Deux vieux pianos et une grande porte en bois marquent l’entrée. On sonne à la grosse cloche et la porte s’ouvre. Notre hôtesse nous invite à la suivre à travers une allée plantée qui nous amène au cœur de l’espace de 2000 m2, une cour où le noyau dur s’attèle à terminer son déjeuner sur une grande tablée. On s’affaire, on range mais on prend le temps de boire et d’offrir un café aux jardiniers du dimanche. Les petits nouveaux se renseignent auprès des habitués des lieux, s’imprègnent de l’ambiance et visitent cette ferme marginale, hors, voire contre, les normes. Un lieu convivial qui a su créer avec ces constructions, de l’urbanisme à sa manière. De l’autoconstruction devrait on dire.

Le bar | Amélie Roux

Un bar en bois de seconde main a été installé devant une vieille caravane réaménagée en cuisine. A côté, se situe le Favela Théâtre construit à partir de 40 poteaux télégraphiques récupérés sur lesquels ont été fixées des bâches transparentes en guise de parois, pour conserver la luminosité. Juste en face s’installe "le Bal forain" une sorte de jardin d’hiver. Pourquoi ces deux grandes bâtisses  ? Parce que la Ferme du bonheur se développe sur deux projets majeurs, elle s’attèle tout autant à nourrir notre corps (le pôle environnement) que notre esprit (le pôle culturel). Au-delà d’investir les friches, elle accueille aussi des troupes pour des représentations culturelles multiples et variées.

Ce dimanche-là, le pôle environnement est à l’honneur. Revenons donc à nos moutons, au sens littéral. Parce qu’une ferme ne serait pas une ferme sans son verger, son potager, son poulailler et bien sûr ses étables où s’acoquinent animaux en tous genres. Et le "berger" Roger des Prés s’énerve, il est temps de partir. Il rassemble son troupeau à deux et à quatre pattes pour le départ imminent vers le P.R.E.

Des lieux de pâturage | Amélie Roux

Commence alors la promenade publique qu’il organise avec son équipe depuis maintenant 3 ans et qui lui a permis de découvrir ses friches coincées entre les tours d’habitation de la garde républicaine et le RER A. Totalement laissé à l’abandon par les politiques de la ville, cet espace se situe sur une dalle de béton, sous laquelle circule des milliers de voitures. Avec les six mètres de terre recouvrant l’A14, ce lieu n’est pourtant pas inaménageable, la preuve…

L’organisation du jardin

C’est en décembre 2008 que la Ferme du bonheur prend autorité sur cet espace abandonné. Elle se l’approprie pour le réaménager et y plante, de manière symbolique, un néflier. En 2009, le terrain est défriché et la plaine de céréales semée. Des murets en pierres sèches délimitent les parcelles. Ici l’action est de mise, on y sent aussi la réflexion et surtout l’engagement. Lucie, employée au sein de la Ferme du bonheur, chef des jardins, explique aux bénévoles les différentes tâches de ce dimanche. L’intervention se situe sur deux parcelles : l’une doit être nettoyée et aménagée, l’autre doit être plantée et désherbée. Deux groupes s’organisent dans la bonne humeur. Au fur et à mesure les bénévoles de tous âges arrivent, « en moyenne on a une vingtaine de bénévoles par dimanche », précise Lucie. Sans compter les gamins des tours avoisinantes qui ont découvert un vrai terrain de jeu. Le potager prend forme, les semis récupérés sont plantés, les moutons profitent de la bonne herbe. Et tout en bêchant, les conversations s’animent, les élections ne sont pas si loin...

Le potager collectif | Amélie Roux

Lucie explique, « qu’à terme, ce terrain voué à l’agriculture urbaine sera une antenne de la ferme ». Il s’organise plus ou moins en bande de terre : « le long du terrain où se trouve actuellement la tente berbère se trouvera les étables pour les animaux et des logements sociaux pour les SDF qui habitent déjà sur les friches. Le long du muret, on réserve des bandes de terre pour les particuliers, de l’autre côté, se trouve le potager, puis enfin la plaine céréalière ». Un vrai plan d’aménagement donc qui prend forme chaque dimanche grâce à l’investissement d’une petite équipe et de jardiniers motivés. « C’est un travail sur le paysage où on change le cadre de vie des gens. Ça va loin, ça touche la société. Il s’agit d’un fonctionnement global avec l’environnement, d’une structure qui met en relation les choses et différents publics. C’est un système alternatif mais Roger n’aime pas ce mot », ajoute Lucie.

Roger des Prés, un homme de convictions et d’actions, avec sa personnalité bien trempée affirme, « un jour je serai sous cette Terre donc en attendant j’entends qu’on me laisse l’exploiter comme je l’entends » et la municipalité de Nanterre, malgré des relations plus qu’houleuses entre les deux parties, sera d’ailleurs bluffée lors d’une visite de "courtoisie" dans les friches. Parce qu’en effet, il s’agit d’un paysage qu’on transforme et qu’on améliore ! La Ferme du bonheur, un lieu hors du commun, tire sa force non seulement de la pluridisciplinarité et mais aussi de l’énergie qu’elle arrive à transmettre à un public, avide de changement.

> À lire également : L'armée des plantes.

 

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