Les courbes de Frank Gehry s'installent à Paris

mercredi 8 oct. 2014 | Marie Desgré

Il a 85 ans et c'est l'homme de cet automne à Paris. L'architecte américano-canadien Frank Gehry signe non seulement le splendide bâtiment de la Fondation Vuitton, qui ouvrira ses portes à la fin du mois dans le bois de Boulogne, mais il est aussi mis à l'honneur au Centre Pompidou, qui lui consacre une rétrospective.

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Frank Gehry, 8 Spruce Street, États-Unis (2011) / © Gehry Partners LLPFrank Gehry, Biomuseo, Panama (en cours) / © Gehry Partners LLPFrank Gehry, Wall Disney Concert Hall, États-Unis (2003) / © Gehry Partners LLP Frank Gehry, Nationale-Nederlanden Building, République Tchèque (1996) / © Gehry Partners LLPFrank Gehry, Vitra Design Museum, Allemagne (1989) / © Gehry Partners, LLPEsquisse et maquette à l'exposition Frank Gehry, Centre Pompidou / © MD CitazineFrank Gehry - Musee Guggenheim, Espagne (1997) / © Philippe Migeat - Centre PompidouFrank Gehry, DZ Bank Building, Allemagne (2001) / © Roland HalbeFrank Gehry, Frederick R Weisman Art and Teaching Museum, États-Unis (2011) / © Don F WongFrank Gehry, Hotel Marques de Riscal, Espagne (2006) / © Thomas Meyer

Son nom n'est peut-être pas très connu du grand public mais ses formes, si. Les courbes du musée Guggenheim à Bilbao, ou encore celles du bâtiment qu'il a imaginé au Massachusetts Institute of Technology à Cambridge (MIT), portent la patte de Frank Gehry, même pour qui n'a pas un œil averti. Si ces œuvres figurent parmi les plus connues de l'artiste, elles ne sont qu'une infime partie des travaux de l'homme de 85 ans. Alors que la Fondation Vuitton, qu'il a imaginée, ouvrira ses portes à la fin du mois dans le Bois de Boulogne, la première grande rétrospective en Europe ouvre ses portes aujourd'hui au Centre Pompidou à Paris et met en lumière le parcours de l'architecte à travers ses croquis, de nombreuses maquettes mais aussi des photos de zones industrielles qui ont inspiré son travail.

Les maquettes présentées au Centre Pompidou « sont les plus abouties, mais pour chaque projet il y en a eu beaucoup », explique Frédéric Migayrou, l'un des commissaires de l'exposition. Les œuvres sont classées en six grandes parties marquant les démarches esthétiques qui ont parsemé la carrière de Frank Gehry. Après un passage par Paris, où il vécut modestement et fit la découverte des œuvres du Corbusier, l'architecte canadien installe en 1962 son agence à Los Angeles où il fréquente plusieurs plasticiens.

Avec des commandes d'ateliers d'artiste et de maisons individuelles, Frank Gehry travaille la relation à l'objet et le détournement des modes de construction traditionnelle en bois, via le choix de matériaux industriels et économiques : tôle, grillage galvanisé... des photos prises par l'architecte lors de ses passages près de zones industrielles témoignent d'ailleurs de son inspiration dans leurs formes et leurs matières. Il interroge ainsi les relations "clos-couvert" et "visible-caché", les espaces entre les différentes constructions, la relation d'un objet à son environnement, notamment dans l'atelier de Louis Danziger (1984).

Puis commence le travail de boites, qu'il atomise et éclate (Winton Guest house, 1987). Vient ensuite le conflit et la fusion des cubes (Vitra design museum, Allemagne, 1989). C'est à cette époque que Frank Gehry remporte le prestigieux prix Pritzker de l'architecture et s'intéresse à la conception assistée par ordinateur. Grâce à ce nouvel instrument, il produit une architecture de la continuité, où les murs et les toitures sont de vastes toiles dont on ne voit pas le début et la fin. Un geste qui rappelle ses croquis : « lorsqu'il dessine, le stylo ne quitte pas la feuille », explique Frédéric Migayrou.

A travers le travail de l'architecte, on devine aussi l'urbaniste, qui a notamment travaillé avec Victor Gruen, l'inventeur des "malls", ces centres commerciaux à l'américaine. L'une de ses œuvres les plus connues, le musée Guggenheim de Bilbao (1997), ne devait pas se trouver à l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui. « Gehry a voulu construire le musée dans l'endroit le plus défavorisé mais le plus séduisant de la ville : le port. Du coup, il a imaginé non seulement le bâtiment mais aussi les liaisons, comme le pont menant de la ville au musée », commente Frédéric Migayrou. Il fera la même chose pour le Concert Hall Walt Disney (2003) à Los Angeles.

La tension et le conflit

Comme Faulkner parlait du bruit et de la fureur, Gehry travaille bientôt la tension et le conflit. L’architecte met en scène les contradictions du tissu urbain en utilisant des effets de faille, de choc entre les différents volumes d’un bâtiment (Nationale Nederlande, Réoublique Tchèque, 1996).Cette "maison dansante" en plein Prague, l'architecte poète la surnommera d'ailleurs "Fred et Ginger", en référence aux icones de la comédie musicale américaine Fred Astaire et Ginger Rogers. Au début des années 2000, il explore la continuité des enveloppes. L'unique trait du stylo, toujours. Gehry fusionne la structure du bâtiment avec son enveloppe (Quanzhou museum of contemporary art, Chine, en cours).

Dans le Bois de Boulogne, à Paris, s'élève sa dernière œuvre en date, la Fondation Louis Vuitton dédiée à l’art contemporain. Frank Gehry y a décomposé les différents éléments en blocs, alternant volumes pleins et espaces interstitiels dans une enveloppe composée de 3 600 panneaux de verre courbés. Ils donnent vie à un bâtiment léger, semblable à un grand oiseau de verre. L'architecte du mouvement, lui, s'est déjà envolé vers d'autres projets. Il prépare notamment le nouveau siège de Facebook, qui doit ouvrir l'an prochain en Californie. 

> Frank Gehry au Centre Pompidou, du 8 octobre 2014 au 26 janvier 2015. Pour en savoir plus, le site du Centre Pompidou.

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