Blitz Motorcycles, la tête dans le cambouis

lundi 8 sept. 2014 | Dorothée Duchemin

Leurs motos n'ont pas seulement une esthétique, elles ont aussi du caractère et de la personnalité. A leur image. Fred Jourden et Hugo Jezegabel, passionnés de bécanes, officient dans un atelier niché au pied d'un immeuble du 17e arrondissement, à Paris. Visite dans l'antre de Blitz Motorcycles et ses modèles uniques en tous points de vue.

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Photo Dorothée DucheminFred Jourden et Hugo Jézégabel. Photo Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Dorothée DucheminPhoto Gary JézégabelPhoto Gary JézégabelPhoto Gary JézégabelPhoto Gary Jézégabel

Au pied d'un immeuble du 17è arrondissement, coup de fil à Fred Jourden qui nous a donné rendez-vous là. "Les Mecs du 17ème" nous ont demandé de ne pas dévoiler l'adresse de leur repaire, pour préserver la tranquillité de leur petite entreprise. 

Il sort de l’ombre d’un parking couvert, salopette en jean bleu noircie par le cambouis et T-shirt blanc. Fred Jourden porte une barbe parfaitement taillée et une chevelure de jais coiffée en arrière. Immédiatement, on pense à la une du hors-série d’été du Nouvel Obs, Le branché, qu’on vient de croiser chez le kiosquier. Il nous guide vers l’atelier, dans le fond d’un parking bâti sous un immeuble. On pénètre dans un bric-à-brac pas possible qui sent la testostérone. Animaux naturalisés, vieilles affiches, bouteilles et tout un tas d’objets foutraques. Nous voici dans l’antre de Blitz Motorcycles, fabricant de motos depuis bientôt 4 ans. Et au milieu de ce désordre organisé, bien sûr, des motos. De celles qui ont déjà une histoire. 

Fred Jourden a 40 ans et une vie de col blanc derrière lui. Alors qu’il bosse dans le marketing, il passe un CAP mécanique en cours du soir, « pour occuper mes mains le week-end et quand je serai à la retraite », explique-t-il. Il fabrique sa propre moto, une vieille BMW mate. « J’avais Steve McQueen dans La Grande Evasion en tête. Je cherchais partout une moto que je ne trouvais pas dans les magasins. Alors je l’ai construite. »  Un jour, l’un de ses amis lui parle d’Hugo Jezegabel. « Il me dit que je devrais rendre visite à son cousin, un p’tit jeune de 20 ans qui bricolouille des vieux Vespa dans son atelier du 17ème. J’y vais. Hugo et moi avons fait un troc : je lui montre comment faire sa propre moto. En échange, il me laisse venir ici pour travailler, avec mon matériel et ma méthode. » Le lieu appartient à la famille d’Hugo, c’est son grand-père qui a fait bâtir l’immeuble. Lui s’y est trouvé un petit coin tranquille pour faire de la mécanique. Hugo Jézégabel, 29 ans, gueule d’ange beaucoup plus silencieux que son volubile comparse, aime aussi les plantes et l’aménagement d’espace.

La mécanique du coeur 

Durant 5 ans, les deux hommes se retrouvent ici presque tous les soirs et tous les week-end. Ils font des motos pour eux. Pour leurs amis. Et pour des amis d’amis. Avec une soixantainte de motos, gratuites, ils se forgent une petite réputation. Fred est alors rattrapé par sa passion pour la moto. Après un voyage aux Etats-Unis, le pays des grands espaces où officient ses pères spirituels Falcon Motorcycles et Powerplant, Fred décide de plaquer son job pépère dans un bureau propret pour se casser le dos toute la journée aux pieds d’une moto. « Je me suis rendu compte que mettre les mains dans le cambouis, faisait énormément travailler ma tête. Ca salit les mains, ça fait mal au dos, mais ça fait travailler beaucoup plus de choses dans ma tête que ce que je faisais avant. » A cette époque, Hugo, lui, vient de signer les statuts d’une boîte de paysagisme. Mais, il lui en faut peu pour suivre son compagnon de road-trip et tous les deux montent leur affaire : Blitz Motorcycles. Blitz, c'est le nom d'une attaque éclair dans le football américain. Cela représente aussi l'électricité, essentielle à la renaissance des bolides. 

Blitz Motorcycles

Hugo et Fred sont bike builders ou customers moto. En tout 52 motos sont sorties de leur atelier. Ils les recréent à partir de bécanes déjà existantes. Complètement refaite à neuf, la moto sera alors un modèle unique. « Les motos ne sont pas signées, mais l’allure est identifiable : le réservoir n’est jamais d’origine, commente Fred. On pose un réservoir dans son jus qui vient avec ses défauts. Il est rouillé, cabossé, on le laisse comme il est. Mais la moto, elle, est refaite à neuf. Tout est démonté, repeint, retapé. Chaque pièce du moteur est nouvelle, décapée, dégraissée. La moto est comme neuve, mais elle a l’air d’avoir 40 ans grâce au réservoir. » Au-dessus de nos têtes, des rangées de réservoirs. Pour chaque moto, ils font des essais à la recherche du réservoir qui se mariera le mieux avec la moto réincarnée. Et toujours, ils gardent en tête la personnalité de leur client. Une moto sur-mesure et authentique, nourrie à l'huile de coude, c’est ce que les clients viennent chercher ici. Des clients qui viennent du monde entier pour s’offrir une moto d’Hugo et Fred. « Qui est-il ? Pourquoi veut-il une moto ? Qu’en attend-il ? Quels sont ses goûts ? On l’observe. On passe du temps avec lui », énumère Fred. « Parfois ils nous donnent même des photos de ce qu'ils aiment ! », ajoute Hugo. Après, le client n’a plus droit de regard sur le travail des bike builders. Il doit avoir une confiance aveugle en eux. C’est le deal. Un deal qui lui coûtera entre 15 000 et 17 000 euros.

Protéger sa passion, prendre du plaisir

Ce jour-là Fabian, un Allemand de 40 ans installé à Madrid, doit venir à l’atelier pour découvrir sa nouvelle moto. Fabian a découvert Blitz Motorcylces dans un magazine lifestyle. Ce qui lui a plu immédiatement, c’est le style vintage de leurs cylindrés. Il arrive au moment de notre départ mais nous confie par mail : « J'ai rendu visite à Fred à Paris et nous avons discuté du process de Blitz durant près de deux heures. Apres cet entretien, j'ai décidé de leur passer commande. La beauté de ce que Blitz construit, le fait de posséder une moto unique, extraordinaire, m’ont convaincu. L’approche de Blitz est vraiment une idée originale parce qu'on ne peut pas exercer aucune influence sur le produit final. Mais j’avais confiance en Fred et Hugo. J'aime ma moto. Elle est belle, pure, simple, cohérente, sportive et sobre. » En voilà un qui ne regrette pas son choix. Il n’est pas le seul, la boutique marche bien.

Blitz Motorcycles

Les deux barbus prennent les commandes par wagon de cinq. En une année, ils conçoivent entre 10 et 15 motos. Pour le client, il faudra patienter un an sur la liste d’attente. Mais hors de question, pour l’instant de changer leur manière de faire. Ils veulent rester dans leur atelier plein à craquer et ne surtout pas développer l’affaire. « On est que deux, on ne s'aggrandit pas, on n’a pas pignon sur rue. On a un site internet sans numéro de téléphone. On arrive à bien protéger notre passion et à toujours y prendre du plaisir. » L’organisation est bien rôdée. Ensemble, ils dansent autour d’une même moto sans jamais se gêner. Une personne en plus et ça jouerait des coudes. « Aujourd’hui, on fait de la mécanique comme on l’entend. On veut rester dans le contrôle et la maîtrise absolue de notre métier : mécanique, électricité, et direction artistique. C’est notre métier. » 

Des hommes, des vrais

Pas naïfs, Fred et Hugo savent très bien que la customisation et le vintage ont le vent en poupe. Peut-être étaient-ils les premiers à le faire à Paris, peut-être pas. Ils s’en balancent après tout. « Il y a deux ans quand je passais une heure à une terrasse de café, je connaissais sept mecs sur huit qui passaient avec une moto transformée, commente Fred. Aujourd’hui, j’en vois passer 70, j’en connais pas un seul. » Fabricant de moto, Blitz Motorcycles c’est aussi un art de vivre qui a été mis en image par Clément Beauvais au tout début de l’aventure. Sur une musique de The Felice Brothers, le clip Riding September montre quatre potes à moto, tout droit sortis d’une publicité Marlboro Classic. Et dès sa publication, la vidéo cartonne sur Vimeo. « C’est l’expression filmée de notre vie au quotidien. C’est ce qu’on fait quand on part en vacances : T-shirt, jean, chaussures, un slip, une brosse à dent. Et surtout beaucoup d’outils. Et on va la où on va, au gré du vent. Et au gré des pannes, sans destination définie. »

Cow-boys des temps modernes, aventuriers flegmatique, Fred et Hugo incarnent l’homme du XXI ème siècle. « C’est la mode du moment. On le sait très bien. Les hommes redeviennent des hommes barbus, avec des torses poilus, des hommes qui suent. On est loin de David Beckham et de l’image du métrosexuel. On ne prend pas de serviette quand on voyage et parfois on ne se lave pas pendant des jours. » Avant de se tremper les fesses dans une rivière quand celle-ci croise leur route. Ce look "aventurier à moto", ils le déclinent aussi dans leur boutique en ligne. Avec des professionnels, les gars de Blitz élaborent des collections capsules, gants, sacoches, blousons... « Là encore, on n'avait pas prévu que nos t-shirts se retrouveraient en vente dans les boutiques branchouilles de Paris. »

Philosophie

Blitz Motorcycles, c’est une philosophie et une approche qui se pose en rupture des codes habituels de la moto. Ils ne sont pas de la bande des bikers. Ils sont de la bande des esthètes.

Ici pas de vitesse, pas de grosse mécanique. Les gars de Blitz profitent des paysages et de la brise qui leur caresse les joues. Pas de blousons de cuirs à frange. Pas de tête de mort. « C’est notre vision de la moto, raconte Fred. Un moteur, deux roues, une route, et une vitesse de croisière de 100 km/ heure, pas plus. Pas besoin de casque intégral, pas besoin de combinaison, pas besoin de faire des "Wouhou", de faire des cascades. Non. Juste rouler. Partir d’un point A et se foutre du point B. Ce qui compte, c’est partir. »

En savoir plus : www.blitz-motorcycles.com

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