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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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Un avion, ça sert à quoi ? A voler, voler notre temps
vendredi 26 nov. 2010
Choisir de voler sur une compagnie aérienne locale, le crash assuré... pour nos nerfs

Soudan air lines, une compagnie aérienne inscrite sur la liste noire. Ouais, bah, faudrait encore que leur avion à hélices décolle pour vraiment le savoir! Sept heures d'attente à l'aéroport de Juba, quatre (ou peut-être cinq, six, on n'a arrêté de compter) reports et une centaine d'insultes françaises et anglaises plus tard, voici que le responsable de la société arrive pour expliquer que, dû à des problèmes techniques, le vol est réporté à demain matin.

Autant le préciser maintenant, ce billet est écrit à chaud, alors, oui, on sait : "Mieux vaut ne pas prendre un avion avec un problème technique surtout venant d'une compagnie aérienne douteuse". Mais comme répliquerait Homer (Simpson, pas le Grec) : "Boring". Parce que la Soudan air lines a juste joué avec nos nerfs toute cette foutue journée (il est 17h ici). Et qu'on vient de perdre 24 heures de travail et on n'a que jusqu'à dimanche pour faire nos reportages à Malakal. Alors, nous pas contents, nous passer nos nerfs sur ce billet.

Le check-in était prévu à 9 heures. On arrive, à l'heure. Un exploit pour qui nous connaît un peu. Déjà : impossible de rentrer. Pourquoi ? "Parce que". Ah, bon, ok, mais, euh, il fait quand même plus de 30°C dehors et il n'y a plus de place sous le préau de fortune. On ne peut toujours pas rentrer ? Tant pis. Après tout, profitons-en pour parfaire nos bronzages. Deux coups de soleil plus tard, on annonce un premier report du vol à 11 heures quelque chose. Pas grave, on en profite pour prendre un café (instantané, what else ?) et un encas, histoire de pouvoir attaquer le taf immédiatement une fois sur place. On revient. Là, on vous passe les autres reports parce que "boring", justement.

Arrive le second effet "Soudan air lines" : la crise de nerfs. 14 heures : le check-in commence. Glop-glop (ceux qui n'ont pas la référence ont raté leur enfance). Mais l'avion n'est pas annoncé avant 16 heures. Pas glop. Derrière le guichet, M."je sais pas qui t'es, mais si je te recroise un jour dans ma vie, mieux vaut, pour toi, que ce ne soit pas dans une ruelle obscure" nous annonce que sont prioritaires les personnes du vol de lundi dernier qui a été reporté (du moins de ce qu'on a pu comprendre). Donc, nous : wallou. S'ensuit une scène digne d'un film burlesque. Champ : un blanc français commençant à s'énerver en anglais (accent français compris) - Contre-champ : M. "je sais pas..." qui sen fout. Il sait qu'il va gagner la partie. Il gagne la partie.

On repart, donc. Aussi abattu qu'un chevreuil en période de chasse. Direction, le bureau de la compagnie pour se faire rembourser. A l'intérieur, une salariée quelconque et le manager. Et là, parce qu'on est blanc (on n'a pas encore d'autre explication), ce dernier prend son téléphone et passe un savon, à en croire le volume sonore réglé au maximum, à qui de droit. Nous demande de le suivre au guichet. Echange deux, trois mots avec M."je ne sais pas...". Et paf, voilà deux cartes d'embarquement dans nos mains. Philosophiquement, c'est très contestable, mais, sur le coup, on est en mode "glop puissance 4". Pas pour longtemps.

On passe deux heures à attendre et à discuter avec des membres de l'Eglises presbytérienne. Pour vous montrer le degré d'ennui atteint : "Vous pensez quoi de Jésus?". Réponse sortie du larynx : "Je me cherche spirituellement" / Réponse restée au niveau du cortex : "Je ne crois pas que tu veuilles vraiment l'entendre. Mais bordel, il arrive quand ce p... d'avion". L'avion n'arrivera jamais, le manager, si (voir premier paragraphe. Le flash-black, c'est mieux au ciné, pas vrai ô, toi, lecteur adoré ?). Passé d'un coup de la figure du Sauveur à celui de Judas. Remarquez, on reste dans le ton biblique de ces deux dernières heures.

Certes on est logé dans un hôtel avec la clim et, avec un peu de chance, de l'eau chaude, mais on ne saute pas de joie. Parce qu'un tournage télé, un reportage écrit et les photos, à deux journalistes, en deux jours, c'est pas la panacée. Bon, pas de défaitisme, ça va le faire (ça marche la méthode Coué 2.0 ?). Et puis de toute façon, Soudan air lines est sur la liste noire. Donc, no worries dude, on va se crasher avant d'arriver... si l'avion décolle un jour.

PS : à tous ceux qui tiennent un peu à nous : non, l'avion ne va s'écraser. On vous le promet.

1 Commentaire

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Vos réactions

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voler

et alors ça se finit cmment votre voyage,vous attendez l'avion pdt une semaine ds l'hotel climatisé?

on attend la suite

oh temps suspend ton vol !

a+

 

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