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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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Mais où es-tu George C. ?
jeudi 6 janv. 2011
Doug Ross nous fait la joie de partager notre vie à Juba. Allez George, montre toi.

Pardon, pardon, pardon, d’avoir été si long entre le dernier billet et celui-ci. Je sais cette absence intolérable a provoqué une vague de suicides que les gouvernements du monde entier tentent de masquer tant bien que mal par des subterfuges grotesques. Mais bon voilà, j’avais une bonne raison nommée paludisme. J’aurai pu me fendre d’une description de cette maladie on ne peut plus locale. J’ai hésité. Mais mon manque de vocabulaire dans le domaine des couleurs m’en a dissuadé. Impossible de décrire le palu sans omettre toutes les nuances de couleurs du vomi que l’on régurgite. Alors tant pis, pour le billet médicinal. Faisons plutôt dans le people.

Attention, mesdames et messieurs, voici du lourd. Depuis aujourd’hui, George Clooney, le représentant en café le plus célèbre du monde, est dans la place (tout baigne). Soyons sérieux deux minutes : l’acteur est réellement très impliqué dans le processus de pacification au Soudan. Ce n’est pas seulement pour la frime.

Evidemment, tous les journalistes étaient au taquet : quand viendra-t-il ? Fera-t-il une apparition publique ? Fera-t-il un commentaire sur les déclarations d'Omar el-Béchir en visite à Juba deux jours auparavant ? A quand son mariage avec Elisabetta ? Quelle sera la couleur de son caleçon ? Et là, premier constat. Mettez un pool de journalistes ensemble. Donner leur un événement certain (l’arrivée de George). Mélanger avec beaucoup d’incertitudes (heure d’arrivée ? Son programme ? Son service de sécurité ? etc.). Et vous obtiendrez autant de rumeurs que si vous étiez dans une cours de collège pour savoir si oui ou non Isa a couché avec Jérôme, hier soir à la fête de Jennifer.

Donc, là que faire : poireauter devant l’aéroport dès potron-minet ? Euh… Déjà que je ne l’avais pas fait pour Bechir, je ne vais pas quitter Morphée pour un pédiatre. Optons pour la méthode du téléphone arabe… Bon, le téléphone arabe au Sud-Soudan qui cherche à se séparer des Arabes du nord, c’est un peu tendancieux, mais bon. Appel aux journalistes présents : « Promis, tu m’appelles si t’as des infos ? Oui, moi aussi je te tiens au courant », aux membres d’une ONG proche de George (Enough Project) : « Vous pouvez me tenir au courant ? Vous n’avez pas encore son programme. Ah, bah appelez-moi quand vous l’aurez. Promis ? ».

Sur ce, je me déplace à Afex. L’hôtel le plus luxueux de Juba. Pour des rendez-vous qui n’ont rien à voir avec l’ex de Céline Balitran. J’attends les interlocuteurs : normal, c’est le Sud-Soudan. J’en profite pour sortir mon atout maître. Je sais, enfin tout le monde le sait, que George va s’installer à Afex (bah oui, quoi, c’est une star le gars quand même). Direction le bureau du chef de la sécurité. Lui, pardon elle, doit savoir. « On n’a pas encore son programme. » Pourquoi, j’ai comme l’impression qu’elle me la joue mythomane sur ce coup ? Je laisse mes coordonnées. C’est futile et inutile mais réflexe pavlovien du journaliste.

Là dessus, je prends un café. Du Nescafé. Si, si, juré. Et là, j’entame la discussion avec un gars. Qui s’avère être le photographe perso de George. Vous ne saviez pas qu’il avait un photographe perso ? Moi non plus. Et là, il m’assure : « Aucune conférence de presse n’est prévue aujourd’hui. Avec le décalage horaire, il sera trop fatigué. » Bon, j’appelle mes camarades journalistes (et oui, je suis un bon camarade). Réponse de l’un d’eux : « J’ai eu un attaché de presse, il m’a dit qu’il y aurait peut-être (might be) un événement public cet après-midi. » Bon, ok. Réponse d’un second : « Tim (le photographe), c’est un trou du c… S’il y a quelque chose, il ne te le dira pas. » Donc, il n’est pas loin de midi et la cohorte de journalistes de Juba est toujours sur les dents. George, que fais-tu ?????????

Toujours un café à la main, je cale des rendez-vous dans l’après-midi. A défaut de George, au programme cet après-midi : Vanessa, Ali et Emilia. Tout au long de l’après-midi, je passe et reçois des coups de fil : « Du nouveau ? Non. Et toi ? Bon, on se rappelle. » Le genre de coups de fil qui donnent envie de devenir journaliste…
La journée se termine tranquillement mais sans George. Dernier coup de fil : « Il y aura un événement public samedi. » Youpi !

Et dire que cette semaine Jimmy (Carter), Kofi (Annan), Thabo (Mbeki) et – peut-être – Hillary (Clinton) doivent aussi venir. De quoi cramer sa consommation de téléphone !

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