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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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Le jour où j'ai réalisé que j'habitais Juba
dimanche 5 déc. 2010
Comment, de retour de l'enfer de Malakal, Juba est devenu ma ville

Ce billet est le fruit des élucubrations de Mathieu.

Que s'est-il passé depuis notre faux départ, vendredi, et aujourd'hui? Je vous la fais en accéléré : avion annulé, argent inconséquemment dépensé, insalubrité, sauterelles et ânes à satiété, avion re-annulé, argent re-dépensé, mortel ennui passé, moult films et documentaires regardés (que Lazar soit remercié), heure du départ enfin sonnée.

Vendredi, jour de mon retour à Juba. Première étape : la banque pour récupérer du cash. Malakal s'est révélé un séjour très dispendieux. Je m'attendais à attendre, pas à faire trois queues à la fois pour rester deux heures et demi à la KCB. Première file d'attente pour récupérer les billets directement au guichet, deuxième file pour obtenir la carte de retrait et la dernière pour connaître le code secret de ladite carte. Pourquoi en même temps, les queues? Parce que Juba, c'est magique. Les queues là-bas ne connaissent qu'une règle : celle de poser le premier son bras sur le comptoir pour parler au guichetier. Quand le guichet apparaît trop difficile à atteindre, on passe à l'autre file d'attente, etc.

Me voilà blindé de thune, le porte-feuille pouvant à peine se refermer (rassurez-vous, c'est déjà fini). Maintenant direction le centre-ville pour changer les livres soudanaises en dollars US. Le centre de Juba regorge de bureaux de change. Donc, juste une affaire de quelques minutes. Sauf, si, comme par hasard, les bureaux de change n'ont pas été réapprovisionnés depuis le début de la semaine. "C'est Khartoum, ils retiennent l'argent là-bas", me confie un employé. Le croire ? Peut-être, peut-être pas. C'est vrai qu'en ce moment la tension monte d'un cran entre les deux parties du Soudan. Mais là, pas le temps de vérifier. Dollars d'abord, enquêter ensuite (ou pas d'ailleurs). Après une dizaine de bureaux écumés, j'arrive à grapiller 400 dollars auprès de deux officines. Argent qui servira à payer les billets d'avion pris en urgence à Malakal pour pouvoir revenir à Juba.

Il est treize heures passées et je n'ai encore rien fait d'utile. Mon portable étant tombé en rade à Malakal (ville maudite, ville maudite, ville maudite. A répéter trois fois, très vite, en tournant autour d'un cadavre de moustique infecté par la malaria), me voilà, en quête d'un as de la réparation express. Facile, ils ont leur échoppe à même la rue. Des carcasses de téléphones éparpillées partout sur leur table. Trois soudures et mon portefeuille plus léger d'un billet de 20 pounds plus tard, je suis de nouveau raccordé avec le monde. Waaaouououhhh !

Mes semelles de chaussures, par contre, se retrouvent raccordées à pas grand chose. Malakal, toujours (pour l'instant, je ne vous en dirai pas plus, le traumatisme est encore trop grand. Peut-être après vingt ans d'analyse). Direction : Custom market et mon pote James, Ougandais et vendeur de vêtements féminins de son état. Il m'indique une petite échoppe de cordonnier. On se partage une boisson américaine gazeuse aux couleurs foncées bien fraîche en regardant les autres trimer sur le marché. C'est moche mais ça donne un goût encore plus réconfortant au Coca (oups, j'ai cité la marque). James me confirme que les affaires ne vont pas très forts. Les gens n'ont pas d'argent et Noël approche. Dur pour le business. Pas le temps de m'attarder, le cordonnier à déjà fini.

Mon estomac me rappelle que, manger, quand il est trois heures passées et que je n'ai qu'un café soluble dans l'estomac, n'est pas forcément la pire des idées. J'écoute (je peux être très obéissant à certains moments). Et là, pur plaisir : poulet frit, frites à la baraque au coin de la rue. Et bière au bar à chicha qui jouxte l'ambassade US.

Je suis prêt à rentrer aux tentes pour la tâche la plus ennuyeuse de la journée. Si, pire que l'attente à la banque. Lavage de caleçons. Ah oui, j'aurai dû vous prévenir, rien ne vous sera épargné dans ce billet. Pas même ça, donc. Et c'est sous un soleil de plomb et le regard amusé de mes voisins (je vous rappelle qu'une personne s'occupe de laver notre linge, c'est inclu dans le prix) que je m'attelle à la tâche.

Ensuite, rendez-vous pour un sujet potentiel à 17 heures. Dans un hôtel pour expat'. Rencontre par hasard avec les autres membres de Tazameni partis sur un autre reportage. Direction : le bar, off course. Là, miracle. Un Ecossais (qui ré-apparaît ici), du Red Label et de l'Absolut. Je vous laisse imaginer la fin de cette journée peu productive, mais qui m'a fait réaliser que Juba est ma ville. Au moins pour les trois mois à venir.

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