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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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Installez des policiers et, tout de suite, c'est le bordel
vendredi 24 déc. 2010
Jusqu'ici la circulation à Juba était une anarchie où chaque conducteur tentait de s'imposer. Maintenant, il y a des policiers... L'anarchie a, finalement, du bon

Ne cherchez plus. Cette année, le miracle de Noël s’est déroulé à Juba : des embouteillages à tous les carrefours. Malgré ses quelque 250 000 habitants, la capitale du Centre-Equateur n’a jamais eu de problème de trafic routier. Pour deux raisons principales : il y a très peu de voitures et encore moins de routes bitumées. Et pourtant.

Mini-bus, 4x4 d’ONG ou d’officiels : tous au point mort sur des dizaines de mètres. Même les bodas-bodas (chauffeurs de moto-taxi) ont mis pied à terre, geste quasiment tabou dans la profession. La faute à qui ? A la fièvre consumériste de Noël qui fait sortir tout le monde pour acheter les derniers cadeaux, gâteaux en prévision du Réveillon ? Que nenni ! Alors quoi ? Alors, les policiers.

Début décembre, 5 700 policiers ont intégré les forces de l’ordre du Sud-Soudan après un an de formation intensive. Lise Grande, la représentante permanente pour les affaires humanitaires au Sud-Soudan, considère ce renfort de policiers comme un bon moyen d’appliquer la loi. Erreur.

Car, des règles, il n’y en a pas, pour circuler à Juba. Ou plutôt, si, une : ne jamais s’arrêter ou alors juste pour céder sa place à une voiture officielle. Hormis cette loi d’airain, les routes de Juba, c’est le monde de Jack Kerouack : liberté absolue. Jusqu’à ces derniers jours (à prendre au sens propre et figuré).

C’est hallucinant de constater à quel point il est rapide créer un embouteillage avec un simple plot en plastique planté au milieu d’un carrefour et deux policiers. Attention, il ne s’agit pas de blâmer les hommes en uniforme. Ils font leur travail. Tentent de le faire serait plus exact. Mais les chauffeurs sont encore loin d’avoir pris le pli. Il faut les comprendre. Les possesseurs de véhicules se divisent grossièrement en quatre catégories :

Le chauffeur de bodas-bodas : Il cherche à se faufiler partout où il peut, chemin de terre, route bitumée, qu’importe. Sa devise : « Mais si ça passe. »
Le conducteur de mini-bus : Il s’arrête là où la quinzaine de passagers qu’il transporte lui dit de s’arrêter, là où les clients attendent. Le véhicule est donc susceptible de s’arrêter à n’importe quel moment, n’importe où. Des places de stationnement ? Invention pas encore arrivée jusqu’ici. Sa devise : « Plus je m’arrête, plus j’ai de chance d’alpaguer des clients, plus je gagne de l’argent. »
Le chauffeur de voitures officielles : Son véhicule est immatriculé GOSS ou SPLM, du nom, respectivement, du Gouverment du Sud-Soudan et du Mouvement populaire de libération du peuple soudanais (principal parti politique du Sud-Soudan). Ce qui lui suffit pour ne pas se soucier du reste. Sa devise : « Les responsables sont dans ma voiture, donc, je fais ce que je veux. »
Le chauffeur d’ONG – le chauffeur de taxi pour expatriés : Les seuls du lot à jouer la prudence. Généralement, ils sont originaires des pays voisins (Kenya, Ouganda, etc.) Leur devise : « Anticiper, toujours anticiper. »

Et jusqu’ici, ces quatre mondes vivaient en harmonie. Enfin, plus ou moins. L’hôpital principal de Juba possède une aile dédiée aux pilotes de bodas-bodas accidentés de la route, surnommée « Bodas-bodas row ». Mais tout le monde connaissait les (non) règles. Mais là, que faire quand un homme en uniforme lève sa main ? S'arrêter ? Bof.

Du côté de ces nouveaux policiers chargés de la circulation, l’apprivoisement de cette faune urbaine ne va pas de soi non plus. Au lieu d’occuper le centre du carrefour, de s’imposer devant les automobiles, le représentant des forces de l’ordre préfèrent rester, sagement, dans un coin du carrefour. Disons, également, qu'il met dans son geste autant de conviction qu’une hôtesse de l’air d’une compagnie low-cost au moment d’indiquer où se situe le gilet de sauvetage (sous le siège).

Bref, rouler à Juba est devenu un beau bordel à cause d’une mesure censée améliorer la vie en collectivité. Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, il paraît. Mais est-ce qu’il y a des parcmètres aussi ?

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